Coco; la perfection est un mensonge dangereux
Coco; la perfection est un mensonge dangereux

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Jeu. 31 août 2017 à 15h45 - Contenu original
Théâtre, Coco, Mathieu Quesnel, Maude St-Pierre Léonard, Nathalie Doummar, Suggestions de sortie, Théâtre de la Licorne

Crédit photos: Annie Éthier

Après avoir été jouée en février dernier à la Petite Licorne, la pièce Coco de Nathalie Doummar revient sur scène jusqu’au 19 septembre 2017. Dans une mise en scène de Mathieu Quesnel et admirablement interprétée par cinq comédiennes chevronnées, Coco soulève les plus grandes émotions à travers le lien indestructible de cinq femmes à l’aube de la trentaine.


« Alors, mes filles, voici la bonne nouvelle, celle que je n’ai moi-même pas encore été capable d’assimiler : la perfection est un mensonge dangereux. Sacrez-vous patience, mes amours, parce que personne ne va le faire à votre place. Et c’est là que commencera la réelle guérison, je crois. »

-Nathalie Doummar, auteure de la pièce Coco


Coco est le premier texte de l’auteure Nathalie Doummar, comédienne vue dans plusieurs séries télévisées, pièces de théâtre et récemment au cinéma. Sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2011, Nathalie Doummar travaille présentement à l’écriture d’un court-métrage et de deux nouvelles pièces. Dynamique et contemporaine, la pièce Coco a ému le public en hiver dernier et son succès se poursuit en ce moment à la Petite Licorne.

L’auteure utilise les voix de cinq femmes, de leur enfance à la trentaine, unies par leur amitié parfois fragmentée, mais toujours aussi sincère. Vivianne, Simone, Katya, Maggie et Coralie (Coco) se connaissent depuis qu’elles sont toutes petites. Elles ont grandi en partageant leurs rêves, elles ont grandi avec la voix de la petite fille en elles, celle qu’elles ont été et seront toujours, qui leur rappelle leurs espoirs d’antan.

À travers le journal intime d’une des leurs, Coco, elles reprennent la route de leur enfance, se souviennent de certains moments qui ont marqué leur amitié, des mots qui ont frappé, des émotions qui ont débordé. Chacune réalise le chemin parcouru de cette petite fille qui est demeurée intacte en elles, mais qu’elles n’ont pas toujours écouté et pire, à qui elles ont menti. Il est maintenant temps de prendre la main de cette petite fille et de la consoler, de la rassurer, de lui montrer que même si elles n’ont pas fait ou dit ce que la petite fille en elles voulait, rien n’arrive pour rien, rien n’est parfait et surtout, rien n’a à être parfait, encore moins l’image que l’on veut projeter ou celle que l’on croit devoir être.


Écrire sa propre histoire

Les amies se retrouvent au fil des années dans une maison de campagne, lieu de confidences, d’expériences, de bagarres et d’utopies. Malgré les discordes qui ont parfois lieu, elles respectent les aspirations, les convictions et les illusions de chacune.

Elles dessinent leur destin à travers l’amour, la sexualité, l’amitié, elles écrivent inconsciemment leur propre histoire à travers leurs confidences, jetant parfois de l’ombre les unes sur les autres, mais toujours dans un désir d’aller plus loin dans leur quête d’identité, dans leur quête d’absolu.

« À travers les mots de Coco, ces filles aussi franches que différentes plongent dans leurs Coco, c’est une rencontre avec une gang de filles. Une comédie dramatique qui se penche ouvertement sur nos différents rapports à l’amour: de la naïveté à la sexualité précoce, de l’abstinence aux aventures débridées, du romantisme à l’infidélité, des désirs aux désillusions, en passant par l’homosexualité, la solitude, l’image corporelle et, surtout, le rêve de la maternité. »

La mort frappe le clan alors que personne ne s’y attendait. Mélange de drame et de comédie, la vie n’aura pas le dernier mot. La mort d’une des leurs confronte les quatre survivantes à leur propre vie. Est-ce que leur vie correspond à ce qu’elles font miroiter? Que se cache-t-il derrière leurs larmes, leurs rires, leurs débordements intérieurs? Où en sont leurs rêves, sont-elles fidèles à elles-mêmes, acceptent-elles ce qu’elles sont foncièrement?

Le lien entre elles demeure indestructible même lorsque les masques s’enlèvent. La tendresse, la folie et la vulnérabilité des cinq femmes sont palpables à tout moment et bien que les mots dépassent parfois la pensée, il demeure un respect de tout ce qu’est l’autre, une confiance inconditionnelle les unes envers les autres, une mise à nue complète de tout ce qu’elles osent et n’osent pas s’avouer.

Elles ont toutes eu des rêves et des idéaux, et parfois les premiers ont été brimés par les deuxièmes; toutefois ensemble, toutes les cinq comme les cinq doigts de la main, elles forment un tout imparfait mais ô combien beau, elles peuvent être tout, que ce soit dans la réalité ou dans leurs fantasmes, elles sont capables de tout et ont le pouvoir d’écrire leur propre histoire, même si le destin brouille les pages. Les cinq grandes-petites-filles continuent de gribouiller ce que leur enfance leur dicte… elles l’écoutent maladroitement, mais elles l’écoutent!

La superbe et naturelle Sylvie De Morais-Nogueira interprète une Coco extrêmement touchante, à la fois fragile et incroyablement forte. La candeur de l’actrice rend son jeu franc et puissant, et apporte une énergie toute douce et parfois électrisante aux différentes scènes de la pièce.

Kim Despatis nous offre une Katya adorable dans ses crises existentielles et ses réactions démesurées. Son personnage fait preuve d’une très grande authenticité et l’actrice lui rend grâce dans toute son intensité.

Anne-Marie Binette interprète la naïve Vivianne, pleine d’empathie et hypocondriaque. Le jeu de l’actrice est plein de douceur et de légèreté, alors que Marie-Ève Perron nous offre une Maggie à l’opposé de la belle Vivianne, une Maggie franche et directe, qui frappe avec les mots et défie ses amies par ses interventions, telles des intempéries.

Finalement, il y a l’unique Simone interprétée par Sarah Laurendeau qui, en peu de répliques, arrive à demeurer un personnage central de la pièce Coco. Son amour inconditionnel pour Coco depuis leur tendre enfance ne se décrit pas en mots, mais en ressentis. La chair de poule. L’actrice est discrète à travers Simone, mais révèle magnifiquement son attachement pour son amie Coco à travers les différents tableaux, à travers le temps qui passe.

La pièce Coco est une ode à la vie, à l’amitié, au temps qui défile mais qui n’efface rien. Le texte de l’auteure Nathalie Doummar est un cadeau à s’offrir et à partager avec nos proches. C’est une histoire de gang où les cinq amies écrivent ensemble leur vie, où l’enfant qu’elles ont jadis été crie plus fort que l’adulte qu’elles croient être devenue.

Il n’y a certes rien de parfait en ces cinq femmes, mais c’est justement cela qui leur donne toute la beauté du monde. Merci infiniment à l’auteure et aux cinq comédiennes pour ce présent qui nous ramène à l’amour de soi, à l’ouverture aux autres et finalement, au respect de l’être tout simplement.


COCO
Production Théâtre Osmose en collaboration avec Lez Spread the Word et en codiffusion avec La Manufacture
Texte Nathalie Doummar
Mise en scène Mathieu Quesnel
Assistance à la mise en scène Maude St-Pierre Léonard
Avec Sylvie De Morais-Nogueira, Kim Despatis, Sarah Laurendeau, Anne-Marie Binette, et Marie-Eve Perron.