Martin Perizzolo: dénonciateur de l'absurdité
Martin Perizzolo: dénonciateur de l'absurdité

Publié par Roxane Labonté le Mer. 4 octobre 2017 à 17h20 - Contenu original
Humour, Critique sociale, Martin Perizzolo, Nous, Place des Arts, Suggestions de sortie, Théâtre Maisonneuve

Crédit photos: Archives, La Presse

Le spectacle solo de Martin Perizzolo, Nous, avait lieu en première à Montréal, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts hier soir, le mardi 3 octobre. Il s'agissait du coup d'envoi d'une tournée de 26 dates à travers le Québec, qui se poursuivra jusqu'au mois d'avril 2018. Les textes signés Perizzolo et Simon Cohen ont évidemment fait rire le public, mais ont aussi invité ce dernier à s'interroger sur la surconsommation, la dépendance au numérique et l'importance de la santé. Retour sur cette soirée à la fois comique et sérieuse, où cet Italien au visage de marbre a transmis son énergie pourtant contenue et réfléchie, tout en réussissant à faire plier de rire une audience captivée. Fascinant paradoxe!


Charme intellectuel captivant

À notre arrivée dans la salle, petite surprise: sur chaque siège est disposé le programme du spectacle, rigolote affiche jaune avec la figure détourée du protagoniste, dans lequel il remercie le public ainsi que toute son équipe. Après un bon 15 minutes d'attente, le fameux pince-sans-rire arrive enfin! Le voilà chaussé de Converse, vêtu d'un costume noir sobre, arborant toutefois au dos un gros écusson tape-à-l’œil: un poisson rouge – auquel il fera mention plus tard, lorsqu'il parlera de notre statut de consommateurs impuissants.

Le diplômé de l'École nationale de l'humour (1995) débute son premier spectacle solo en demandant aux gens d'où ils le connaissent. Les Beaux Malaises? Publicités de fromages du Québec? L'Gros Show? Expédition extrême? Il brode pendant environ 20 minutes sur cette dernière émission, expliquant la confusion « extrême » qu'il a vécue lors du tournage de l'épisode – déshydratation, manque de nourriture, manque de sommeil... Le public est très participatif! Il anticipe même certaines blagues, riant à l'avance de celles-ci. Belles réactions; la salle est déjà conquise par le charme intellectuel de Perizzolo.


« Si tu étais un(e) acteur(trice), quelle sorte de rôle t'offrirait-on? »

Ensuite, il parle du fait qu'il a souvent des rôles de « tata », et que c'est parce qu'il a une face de « tata ». Il improvise en demandant aux gens « Si tu étais un acteur, quelle sorte de rôle t'offrirait-on? ». Il invective notamment un Yvon et une Mélanie, spectateurs des premières rangées, en mentionnant qu'ils seraient respectivement un « marin ou un capitaine » et une « fausse laide, un personnage de film de bal de finissants ». Cela met le public un peu mal à l'aise, il semble patiner un peu, mais se reprend quand même habilement.

Il poursuit ensuite en parlant des apparences, ainsi que les exigences de la mode et de sa difficulté à suivre celle-ci. Il soutient par ailleurs que les laids n'existent plus (en contradiction avec ce qui vient de se passer...) et que tout le monde peut avoir du style, de nos jours. Il fait braquer les lumières sur son public et proclame que « Tout le monde est fourrable! ». Il sait tout de même édulcorer ses propos, lorsqu'il parle « d'une grosse », mais ça laisse quand même planer un petit malaise. Les gens ne tiennent pas nécessairement à entendre du fat-shaming, même s'il est léger.


Cesser de faire l'autruche

Par la suite, il dénonce la surconsommation et l'obsolescence programmée des objets. Il parle notamment d'un moment où il s'est rendu dans un magasin pour acheter une télévision, pour « remplacer son ancienne à gros cul ». Le reportage qui joue alors sur les écrans à vendre explique pourquoi le dauphin du fleuve Yangtsé, en Chine, est disparu depuis quelques années. Il fait mention de l'absurdité de la chose; lui et le vendeur comprennent la même chose en même temps. Ce dernier veut lui vendre une télévision qui a contribué à faire disparaître une espèce... Quelle tristesse. C'est réellement saisissant...

Perizzolo parle ensuite de santé en général, révélant encore des choses absurdes, dans notre alimentation, les médicaments « pansements », les pesticides... Il nous somme, en gros, d'écouter notre corps et de vivre dans la modération. Le public ne semble pas trop louanger ces propos, toutefois, peut-être voulant continuer à faire l'autruche. Le « problème », c'est que Martin Perizzolo veut réveiller, pas endormir, et certains ne semblent pas encore prêts...


La dépendance au numérique

Après, il parle des habitudes, notamment de celle d'être constamment courbé sur son téléphone. En effet, c'est étrange de constater que cette position quasi-fœtale est celle qui nous « ouvre sur le monde des communications »... Et que la sélection naturelle ne favorisera pas les « personnes à gros doigts » – comment se débrouilleront-ils, quand absolument tout sera numérique? Pour conduire, appeler, texter, payer leurs emplettes... Il parle aussi de la dépendance aux appareils électroniques et du fait qu'on peut presque tout faire sans avoir de réel contact humain. Il déplore aussi le fait que les mots sont de plus en plus remplacés par les hiéroglyphes modernes que sont les émoticônes — et qu'il cherchait plus longtemps, dans une conversation, quelle serait la bonne émoticône à mettre, plutôt que le bon mot! D'ailleurs, l'éclairage/scénographie, assuré par Yves Aucoin, est minimal mais intéressant: la lumière diminue peu à peu tout au long du spectacle, et il finit avec seulement la lumière de son téléphone, qui éclaire son visage...

Perizzolo le militant

Au final, l'Italien aux larges mains et au visage de marbre a offert une réflexion poussée et une critique sociale, livrées sur fond inhabituel – un spectacle d'humour. Vraiment, cette personnalité engagée a le potentiel d'écrire des manifestes, de rallier des troupes à ses causes, envers les grosses compagnies, de créer des mouvements d'envergure. À sa façon, il nous incite à militer contre les géants, et à prendre notre place, dans le rire, en soulignant les contradictions humaines. Mais pourquoi ne sourit-il jamais? Sans doute a-t-il une conscience trop aiguë du monde insensé et saugrenu dans lequel on vit... Bref, avec Nous, Perizzolo a allumé notre conscience sociale, avec toutes ces réflexions qui mettent en lumière les travers de notre société moderne...

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