François Morelli donne de l'oxygène
François Morelli donne de l'oxygène

Publié par Esther Hardy le Ven. 6 octobre 2017 à 15h00 - Contenu original
Exposition, 1700 La Poste, Esther aux premières loges, François Morelli, Les éditions de Mévius, Multidisciplinarité, Peinture, Sculpture

Crédit photos: Guy L'Heureux

« Assez fou pour être vraiment talentueux! », voilà ce que son professeur new-yorkais dit de François Morelli. Une judicieuse rétrospective des œuvres de cet artiste montréalais, talentueusement multidisciplinaire, est exposée à la galerie 1700 La Poste jusqu’au 17 décembre.


François Morelli
feuilletant ses cahiers


Cet artiste prolifique a un univers riche et très varié: de la sculpture, des peintures, des estampes, autant que de l’aquarelle, du pochoir, de l'encre...Et même des objets quotidiens qu’il sculpte au gré de son imagination, comme des ceintures ou du fil de fer. Les médiums n’ont pas de limite à son inspiration, et sa liberté de création est étonnante!


La femme loup (2015)
Encre et tampon encreur sur papier



L’exposition nous fait voyager dans son monde de couleurs et de formes sur de magnifiques murales, de gigantesques peintures où le macrocosme et la minutie du microcosme se côtoient harmonieusement. Ses sculptures de métal trônent au-devant de ses murales. Ses aquarelles fascinent par la richesse des couleurs, autant que sa suite de peintures monochromes qu’il utilise pour s’exprimer autrement. On peut aussi découvrir une sculpture de forme imaginaire qui illustre sa conception de l’union des sexes, et qu'il a portée sur son dos à travers plusieurs continents! L’exposition réunit donc les œuvres issues de ses nombreuses années de création, et réalisées par le biais de différents médiums.


À la frontière entre deux mondes XXXI (recto et verso, 1989)
Encre sur papier



Dans un esprit de discipline libre, François Morelli dessine chaque jour dans un cahier, cumulant ainsi un impressionnant nombre de créations au fil des ans. Parmi cette effervescence, des cahiers choisis font partie de l’exposition. Compte tenu de la quantité phénoménale produite en plus de quarante ans de pratique, une judicieuse sélection s’imposait parmi toutes ses œuvres.


La variation de son désir de création l’a amené tout autour du monde, et nous avons le loisir d’en découvrir une grande part au 1700 La Poste.


Pour vous donner un avant-goût, voici une vidéo de l’exposition : François Morelli




Rares sont les artistes qui ont la capacité d‘être talentueux, autant sur de très grandes surfaces que dans le fin détail de lignes d’une peinture. Son talent se confirme avec justesse dans ces univers opposés qui, sur ses toiles, se fondent et deviennent parfaitement complémentaires. La finesse des formes et des lignes s’agence parfois à un dessin ou à une forme plus brute qui, au final, produit des contrastes harmonieux. Plusieurs de ses peintures sont d’ailleurs ornées de fleurs rouges qui, pour lui, symbolisent la vie et la joie de vivre. Capable de les peindre sans tomber dans le déjà-vu, il prône la liberté de création sous tous ses aspects, même dans ce qui a déjà été fait à maintes reprises. Non pas par mimétisme, mais bien pour la pure liberté d’expression et de création, sans aucun préjugé et selon ses désirs du moment!


Belthead I (1998)
Ceintures, rivets, bloc de béton et miroir



François Morelli ne craint pas l’immersion de son art aux formes inusitées dans la rue, créant et s’inspirant du contact avec les gens qu’ils croisent… Et les souvenirs mémorables ne manquent pas, lorsqu’un artiste audacieux fait le tour de plusieurs pays avec une œuvre sur son dos. Parmi les aventures que son geste audacieux a suscitées, il a croisé un homme qui lui a offert de lui acheter la sculpture qu’il transportait, simplement pour ne plus le voir la trimbaler!


Riches et nourrissantes pour lui, l’artiste goûte les anecdotes savoureuses que son art provoque chez l’autre. Appréciant la spontanéité de ces rencontres impromptues, il aime voir se révéler l'impact que ses créations ont sur ces personnes. Plus qu’une étude de mœurs, elles deviennent un lieu d’apprentissage sur la réception de son art, et ce, chez différents publics. De là, l’idée de voyager dans plusieurs pays pour provoquer, voir et connaître ce qui advient de ces rencontres improvisées.


Colossal Head III (2006)
Encre sur papier



Issu de l’ancien quartier italien de la rue Ontario, François Morelli grandit entre une mère très ouverte d'esprit et un père qui lui donne une éducation empreinte d’un grand désir de s’épanouir. Sa mère admire les artistes, et la seule autre profession qu’elle espère lui voir adopter, est médecine. Puisque selon elle, les deux professions donnent de l’oxygène, elle est ravie de le voir entrer aux Beaux-Arts en peinture et dessin à l’Université Concordia. Son baccalauréat en poche, il expose à la galerie Don Stewart et participe à l’élaboration du centre Articule. Puis, c’est à New York au Mason Gross Scholl of the Arts de l’Université Rutgers qu’il poursuit sa maîtrise en installation et performance. C’est à ce moment qu’il cherche la rencontre avec son public dans les quartiers de la métropole new-yorkaise et, ensuite, le goût de voir du pays le propulse un peu partout sur la planète jusqu’à trimbaler ses œuvres de gauche à droite.


Sa démarche artistique est caractérisée par sa liberté de création, alliée à un puissant désir de pousser son travail pour découvrir ce qui est essentiel. Il a l’audace de faire fi des jugements, quitte à avoir l’air d’un hurluberlu en suivant son instinct. Cette étincelle puissante de création provient de l’éducation privilégiée qu’il a reçue, et de l’époque d’effervescence des années soixante dans laquelle il a grandi, où un projet de société et la liberté d’être primaient sur tout!


François Morelli



Ayant acquis une grande compétence dans l’utilisation de ses outils de travail, il ne questionne pas ses habiletés et il a une grande assurance. Ses années d’expérience lui ont appris à avoir une totale confiance en son instinct de création. En pleine possession de ses moyens, il laisse ses véhicules le guider vers où son imaginaire le porte, puis raffine et peaufine l’œuvre jusqu’à sa pleine satisfaction. Autant, il a une liberté de pensée, autant il a confiance et laisse sa main révéler le dessin en ayant l’assurance qu’une création authentique en ressortira au bout du processus.


On saisit son talent exceptionnel d’enseignant. Capable de laisser libre cours à son imaginaire, François Morelli met au monde des artistes en leur enseignant à se libérer de leur propre limitation de création, afin de concevoir en toute liberté et suivre leur inspiration dans tous les recoins de leur imaginaire! Après avoir enseigné à l'Université Rutgers à New York, à l'Université du Québec à Trois-Rivières, il est de retour à l'Université Concordia depuis 1996. Sa pratique personnelle s'est toujours poursuivie en parallèle de sa vocation d'enseignant.


Conscient des univers qui se côtoient dès que le public porte un regard sur ses œuvres, il apprend sur lui-même et se nourrit de ces perceptions et interprétations. Autant il désire s’émerveiller lui-même, autant il désire émerveiller l’autre! Et de là, découle la célébration du moment empreint d’une prise de conscience de l’aspect vital et fragile de l’existence!


À la frontière entre deux mondes XXXI (recto et verso, 1989)
Encre sur papier



Ses œuvres sont nourrissantes, elles apportent une dose d’émerveillement et de beauté… en fait, comme disait sa mère, « elles donnent de l’oxygène! »



À l’occasion de son exposition, les éditions de Mévius publient un livre d’art permettant de découvrir une production inédite des carnets de ses dessins quotidiens. Cet ouvrage richement illustré trace un portrait de la pratique de l’artiste depuis 1974.

À visiter au 1700 La Poste jusqu’au 17 décembre.




Le 1700 La Poste
au 1700 rue Notre-Dame ouest