Le Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal
Le Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal

Publié par Ève Christian le Mer. 1 novembre 2017 à 17h30 - Contenu original
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En 2005, on célébrait Montréal, capitale mondiale du livre. Pour l’occasion, le Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal a été mis sur pied afin de valoriser la littérature auprès des jeunes, et pour souligner aussi l’excellent travail fait par les auteurs et illustrateurs québécois pour la clientèle de 0 à 17 ans.


Mode de sélection

Pour être éligibles au Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal pour 2017, les livres doivent respecter certains critères dont la qualité du texte et des illustrations, et le fait que l’œuvre soit remarquable et puisse traverser le temps.
Tout au long de l’année dernière, en 2016, les employés des 45 bibliothèques de Montréal ont proposé des livres qu’ils ont jugé marquants selon ces quelques critères. Sur ces 83 ouvrages, cinq ont été retenus par un jury formé de cinq bibliothécaires jeunesse. Ces finalistes sont annoncés quelques semaines avant le dévoilement du Prix en octobre.
Le 26 octobre dernier donc, le lauréat de la 13e édition du Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal a été choisi.


Voici les finalistes (STOP! Interdit de sauter à la fin de mon texte pour connaître tout de suite le gagnant… Patience!)


Une cachette pour les bobettes
Texte: Andrée Poulin, Illustrations: Boum, Éditions Druide


Ce livre fait partie de la collection Motif(s) que j’adore, car elle a pour objectif de ne pas mettre les mots dans la bouche des jeunes lecteurs, mais plutôt de leur permettre de lire entre les lignes et d’en tirer leurs propres conclusions. C’est un album avec des textes courts et de grandes illustrations qui les complètent bien.

L’histoire. Parce que son frère a été inattentif en sortant les vêtements de la sécheuse, Jacob se retrouve à l’école avec une paire de bobettes qui dépasse du bas de son pantalon. Rapidement, afin que personne ne la remarque, il la cache sous un banc.

Mais Cédric, un élève espiègle, la découvre et cherche son propriétaire. Évidemment, Jacob, honteux, ne dit mot. Julia, sa voisine de classe, voit bien son embarras et n’aime pas les railleries de Cédric. Elle avise le concierge, M. Angelo, de ce qui se passe. Est-ce que les bobettes retrouveront leur propriétaire?

Mon avis. J’aime beaucoup l’écriture d’Andrée Poulin qui décrit l’histoire du point de vue de quatre personnages: Jacob, Cédric, Julia et M. Angelo. Il est intéressant de remarquer comme le même récit vécu par différentes personnes n’a pas toujours la même allure…


Azadah
Texte et illustrations: Jacques Goldstyn, Éditions de la Pastèque



Cet album vise les jeunes, mais ce qui est raconté touchera assurément un plus vaste public.

L’histoire. Azadah signifie espoir; mais c’est aussi le prénom d’une fillette qui habite un village en Afghanistan.

Il est temps pour elle de faire ses adieux à son amie, une photographe venue de l’occident pour son travail. Pour Azadah, ce départ est douloureux; elle voudrait l’accompagner dans son pays. Il faut dire que grâce à elle, la fillette afghane a découvert une tout autre réalité que celle que vivent les petites filles de son âge, dans son pays. Pour Azadah, l’occident est synonyme de liberté mais aussi de livres, de musées, de cinéma et surtout d’école, car elle est importante pour apprendre un métier. Dans son village, l’école est détruite…

Mon avis. Goldstyn fait référence à la photojournaliste allemande Anja Niedringhaus qui a parcouru le monde pour couvrir différents conflits en ex-Yougoslavie, en Irak, en Israël, en Turquie, en Afghanistan… C’est d’ailleurs là qu’elle a été assassinée en 2014, alors qu’elle assurait la couverture médiatique de l’élection présidentielle afghane.

Ne pas connaître cette photographe n’enlève rien au livre qui est très touchant. Il fait réfléchir sur les conditions que vivent les filles dans ces pays de l’orient; sur leur enfance qui est si loin de celle que vivent nos enfants.

Les mots sont peu nombreux, mais bien choisis. On comprend qu’Azadah ne veut pas fuir son pays, mais plutôt y revenir une fois qu’elle sera outillée pour aider son peuple: formée, cultivée et instruite. Belle idée que cette fin ouverte permettant aux lecteurs de poursuivre l’histoire selon leur imaginaire.


Louis parmi les spectres
Texte: Fanny Britt, Illustrations: Isabelle Arsenault, Éditions de la Pastèque



Ce roman graphique de grand format soulève un thème qui est rarement traité dans les livres pour les jeunes du niveau primaire: l’alcoolisme d’un parent et ses conséquences sur le noyau familial.

L’histoire. Louis et son petit frère surnommé Truffe ont des parents séparés depuis un peu plus d’un an. Quand les deux garçons vont chez leur père, ils le voient souvent pleurer... et boire. Il habite à la campagne, seul, dans la maison qui fut jadis familiale. Leur mère a loué un petit appartement à Montréal, sur le bord de l’autoroute Métropolitaine.

Louis a un ami, Boris, à qui il se confie; et une copine de classe, Billie, à qui il aimerait bien avouer son amour. Mais le courage lui manque et de toute façon, dans la famille, l’amour n’est pas joyeux, pense-t-il. Contrairement à lui, Billie est frondeuse et n’a pas froid aux yeux. Il aimerait être comme elle…

Malgré certains bons moments passés avec sa famille, Louis dénote la tristesse dans les yeux de ses parents. Un espoir de réconciliation serait-il possible? L’alcool est une ennemie sournoise…

Mon avis. J’aime beaucoup la complicité entre les grandes illustrations et les courtes phrases de cet album, les unes complétant à merveille les autres. En portant attention, on remarque que la police de caractère des bulles des dialogues est différente selon l’interlocuteur.

Les références à Montréal, aux différentes rues, contribuent à nous ancrer dans un milieu connu… Et ce problème d’alcool, qu’on retrouve dans plusieurs familles, est bien amené. J’ai trouvé cette histoire racontée par Louis bien touchante. Le lecteur se sent en quelque sorte, le confident de l’enfant.


Chroniques post-apocalyptiques d’une enfant sage
Texte: Annie Bacon, Éditions Bayard


Le titre de ce roman de 120 pages qui plaira aux jeunes à partir de 12 ans est pourtant éloquent; mais au début, l’histoire n’apparait pas si limpide et intrigue.

L’histoire. Astride, jeune fille sage de 13 ans, est l’une des rares survivantes d’un cataclysme qui s’est produit à Montréal. Son père physicien, ayant prévu la catastrophe, s’assure, avec sa femme, de conseiller adéquatement leur fille pour qu’elle survive; car il sait qu’ils n’auront pas cette chance.

Le récit commence donc le 12 mai, alors que Montréal est en ruines. Astride déambule à travers les rues défigurées… Elle trouve refuge dans la bibliothèque du Plateau Mt- Royal, démantibulée, qu’elle tente d’aménager pour la rendre habitable.

Elle est consciente que quelques autres Montréalais ont aussi survécu (à quoi, se demande-t-on pendant plusieurs pages?!), mais les coups de feu qu’elle entend, les commerces pillés qu’elle voit lui suggèrent de se méfier des autres.

Au fil des jours qui passent, des dates qui s’égrènent, on accompagne Astride dans cette nouvelle vie. Rester discrète, rester en vie, lui avaient conseillé ses parents; demeurer invisible comme une mouche sur un mur.

Bien sûr, elle passe par de grands moments de découragement, mais elle arrive toujours à trouver la lueur d’espoir qui l’aide à continuer. Au 1er juillet, elle avait réussi à se créer une routine… Se trouvera-t-elle aussi un ami?

Mon avis. J’ai rapidement embarqué dans ce récit. Les valeurs véhiculées dans ce roman me rejoignent; entre autres, la monnaie d’échange qu’utilise Astride contre de la nourriture.

J’ai été bonne joueuse et bien patiente avant de connaître l’événement malheureux qui n’était qu’ombrage pendant plusieurs pages avant de se dévoiler au fil de la lecture. De ce fait, j’ai apprécié les divisions du livre. Des pages toutes noires et d’autres sur lesquels des encadrés gris alternent avec les blanches de l’histoire m’ont servi de balises:

  • sur les noires, l’histoire du point de vue des parents: « Heure H moins x minutes »;
  • dans les encadrés gris, des extraits d’un livre intitulé Toute l’humanité expliquée, et des listes dressées par Astride, qui lui sont vitales à sa survie.
La morale est belle malgré le sombre sujet: on peut toujours se sortir d’une catastrophe. L’écriture est fascinante; on voit les mots se transformer en images dans notre tête, comme si un film s’y déroulait.


Le boulevard
Texte: Jean-François Sénéchal, Éditions Leméac


Ce roman de près de 300 pages s’adresse aux adolescents de 14 ans et plus.

L’histoire. Chris se lève le jour de ses 18 ans et constate que sa mère est déjà partie; au travail, pense-t-il. Mais il découvrira que ce n’est pas le cas. Elle l’a en quelque sorte abandonné. Il doit donc se débrouiller seul pour s’organiser au quotidien, trouver un travail, etc.

En tant que lecteur, on comprendra rapidement que Chris est atteint d’une déficience intellectuelle, mais qu’il réussit à sortir son épingle du jeu grâce à son environnement qui s’étale autour du boulevard, à proximité de son appartement.

Entouré de plus ou moins bonnes personnes, il arrivera à être heureux et à s’accepter tel qu’il est. C’est d’ailleurs ainsi qu’on découvre que la communauté tient parfois lieu de famille.

Mon avis. C’est un roman qui décrit bien le quotidien d’un jeune qui ne peut pas suivre les voies usuelles des jeunes de son âge, même si son handicap n’est pas des plus lourds.

L’auteur a choisi de faire raconter son histoire par le personnage principal et d’utiliser un langage très populaire qu’on serait porté à lire tout haut. C’est un récit bouleversant et puissant.


Et le livre gagnant de la 13e édition est…

Azadah!
Bravo à Jacques Goldstyn qui remporte son deuxième Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal en autant d’années! L’an dernier, c’est son Arbragan qui avait été primé.

(Sonia de Bonville, chef de section Bibliothèque Marie-Uguay, Marie-Christine Lamarre, prés. du jury, Ivan Filion, directeur des Bibliothèques de Montréal, Jacques Goldstyn, lauréat, Mme Suzanne Laverdière, directrice Service de la culture, Sophie Kurler, bibliothécaire, responsable du Prix du livre jeunesse, Pierre Lafleur, prés. des Amis de la Bibliothèque de Montréal. Crédit photo : Bibliothèques de Montréal)



Bravo à tous ces créateurs!

La Ville de Montréal a remis à Jacques Goldstyn une bourse de 5000 $, alors que les Amis de la Bibliothèque de Montréal ont donné 500 $ à chacun des quatre finalistes afin de les encourager à poursuivre leur travail de création.
Je vous souhaite de bonnes lectures en cet automne, qui finalement prend tout son sens après un été qui ne voulait pas finir!