Savoir compter – CTD’A | Un casse-tête envoûtant
Savoir compter – CTD’A | Un casse-tête envoûtant

Publié par Alix Genevrier le Ven. 17 novembre 2017 à 14h30 - Contenu original
Théâtre, Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, Marianne Dansereau, Michel-Maxime Legault, Savoir compter, Suggestions de sortie

Crédit photos: Sandrick Mathurin

Initialement prévu du 7 au 25 novembre, et maintenant prolongé jusqu’au 1er décembre, le spectacle Savoir Compter est présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Marianne Dansereau s'y met en scène avec sept autres comédiens, dans une pièce de théâtre qu’elle a écrite de sa propre plume.
La première minute, avec l’entrée du narrateur en costume de dauphin sur scène, suffit à faire rire le spectateur et à l’immerger dans une tonalité humoristique qui ne le quittera pas. La deuxième minute, avec les premières interventions des comédiens, transporte le spectateur dans toute la profondeur des sujets traités. Puis durant 1h10, huit comédiens nous font nous questionner, à travers leur histoire, sur la légitimité des conventions qui dictent le sens de nos vies. Et on finit par réellement se poser des questions, de par l’intensité de l’histoire et des points soulevés par le texte, la mise en scène et les personnages.


  • Des questions existentielles…

Le texte est comme une étude sociologique sur les conventions et leur effet sur l’homme. Pourquoi catégorisons-nous tout dans deux groupes, celui de ce qui est bien et celui de ce qui est mal ? Pourquoi faisons-nous des documentaires animaliers dans lesquels on expose des comportements animaliers que l’on qualifierait de « déviants » s’ils étaient perpétrés par des humains, mais que l’on trouve « naturels » chez les animaux ? Pourquoi juge-t-on un homme parti vivre son histoire d’amour avec un dauphin ? « Moi, je juge pas ça. Si le gars il aime les dauphins, c’est son affaire, il a ben le droit ! C’est ben mieux qu’il vive son amour avec un dauphin qu’il ait une blonde qu’il aime pas ! », pense Q-tips, le personnage interprété par Marianne Dansereau.


  • … Dans une mise en scène composite

Ce qui se passe sur la scène est aussi désordonné qu’ordonné. Ordonné d’abord au niveau de la forme, nous avons sept personnages et un narrateur; les sept personnages jouant, saynète après saynète, des répliques annoncées par le narrateur, dans un contexte spatial également défini par celui-ci. En fait, le narrateur, « Dollydascalies » fait partie intégrante de la pièce. Il donne les didascalies à voix haute, commente non sans humour, avec un ton parfois agacé, assis sur sa chaise, habillé en dauphin. Parce que pourquoi pas ?

Désordonné, ensuite, au niveau du fond. La pièce n’a pas de repère temporel: bien que le narrateur nous dise où l’on est à chaque début de saynète, il ne mentionne pas quand nous sommes. Il semble que ce soit au spectateur de mettre les pièces dans l’ordre et de prendre l’histoire en route, car évidemment, elle ne commence pas au début (ce serait trop beau). Il y a donc sept personnages faisant partie d’une même histoire (mais ça aussi, c’est à nous de le comprendre), qui, en dialoguant en duo, écrivent l’histoire dont le public intègre et conserve chaque élément comme une pièce de puzzle collector qui l’aidera à comprendre l’intégralité de l’histoire, une fois la pièce terminée.

La pièce se déroule dans trois décors différents, annoncés par Dollydascalies mais n’existant que dans l’imaginaire du public. Ces trois lieux sont un McDo, la nuit, « quand les employés sont encore plus scraps que les clients », un cabinet de gynécologue « avec des images de trompes de Fallope sur les murs », et un salon avec un divan de cuir.


  • Les huit pionniers de l’histoire


Les personnages sont nommés selon des caractéristiques qui leurs sont propres, en fonction du contexte de la pièce: « le gars de chez Vidéotron qui cruise les filles en file chez McDo », « la fille qui se demande combien », « Q-tips », « le gars qui a arrêté de calculer », « la fille qui compte sur ses doigts », « la femme qui a de la misère avec son forfait illico » et enfin, « l’homme qui dit ‘quand c’est rose, c’est beau’ ». Leur rôle est explicité au fur et à mesure que l’histoire se déroule, et on comprend la nature ainsi que l’origine de leur surnom.


Ces sept personnages, accompagnés du narrateur, content un passage de leur vie dans un ordre aléatoire plutôt que chronologique. Ils plongent le public dans la résolution d’un casse-tête sur le déroulement de l’histoire, et sur le bien-fondé de classer des événements dans deux cases: ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Est-ce congénital, chez l’être humain, cette approche dichotomique de certaines choses ?

Savoir compter se joue encore jusqu’au 25 novembre, avec des dates supplémentaires jusqu’au 1er décembre, au CTD’A. Pour prendre vos billets, cliquez ici.