Foirée montréalaise : cont(r)er la stigmatisation et l’ignorance
Foirée montréalaise : cont(r)er la stigmatisation et l’ignorance

Publié par Léa Arthémise le Ven. 15 décembre 2017 à 10h00 - Contenu original
Théâtre, Foirée montréalaise, Montréal-Nord, Suggestions de sortie, Théâtre de la Licorne, Théâtre de la Manufacture, Ubi et Orbi

Crédit photos: Ubi et Orbi

Il arrive parfois que l’on brave le froid, armé de ce qu’il faut de revêtement saisonnier et de l’assurance de passer une bonne soirée. En guise de compagnie : une joyeuse bande de drilles, et d’inconnus familiers, parachutés représentants solennels de l’écosystème de tout un quartier.

Pour saisir le concept de la soirée, il convient de comprendre sa terminologie. Le terme « foirée » tout d’abord, néologisme québécois initié en 2015, désigne « une soirée où l’on a du plaisir, beaucoup de plaisir ». Dans son plein intitulé, la Foirée montréalaise rappelle celui de la Soirée canadienne, et ce n’est pas pour rien. A chaque émission, la Soirée canadienne présentait les talents d’un village. Chaque année depuis 2015, la Foirée montréalaise se donne pour mission de présenter les « talents » d’un quartier de Montréal. Dans son écosystème, chaque quartier représente un membre d’une famille étendue. Une allusion délibérée aux grandes réunions de famille du temps des fêtes.

L’année dernière je participais à ma première foirée, charmée par les histoires drôles et tendres des trublions de l’arrondissement du Sud-Ouest. Cette année, le quartier de Montréal-Nord est à l’honneur.

Dans la salle, la foirée dissipe d’emblée les frontières entre le public et les intervenants : sur scène, autour d’une table ou dans les gradins, on distribue des sablés de Noël, des shots de boisson à l’hibiscus et on se présente chaleureusement à son voisin. Parce que même si on ne se connaît pas, on est ici pour célébrer en famille.

Sur scène, Montréal-Nord se dessine. C’est ce quartier recroquevillé au nord de l’île de Montréal, contre la rivière des prairies. On y voit de merveilleux couchers de soleil, et on y regarde curieusement pousser les maisons individuelles dans des rues tirées au cordeau sur l’autre rive, à Laval.

À Montréal-Nord, on peut croiser des itinérants, des délinquants, des gens de partout, comme partout ailleurs. On peut aussi se faire élire Miss Hawaïenne Tropiques Montréal-Nord à 8 ans, croiser des moufettes « canicides », et Eugène, le grand-père de Michael, qui nous oblige à finir nos assiettes et s’occupe comme il le peut de Pompon, le chien de sa défunte femme. Il y a aussi la grand-mère d’Inès, qui en a traversé des frontières. Et la mère de Martine, qui est polonaise et prépare chaque jour un gâteau pour les enfants du quartier. Sur scène, les voix s’entremêlent, s’enlacent, se heurtent, rythmées par la modération chancelante (à dessein ?) de Pascal Contamine et des sonorités folk/rap/hip-hop.

Dans la salle, Montréal-Nord se déploie dans toute sa complexité. Le quartier se dessine comme un lieu d’affranchissement de générations de réfugiés, le décor de beaux souvenirs et de poétiques premières fois, dont les récits fusionnent en un remède universel contre la stigmatisation et l’ignorance.

Au nord de l’île de Montréal, il est un quartier dont les rues portent des noms de fleurs, qui abrite un bouillon de vie cosmopolite, et c’est une « une full belle histoire ».

Il arrive donc parfois que l’on brave le froid, armé de ce qu’il faut de revêtement saisonnier et de l’assurance de passer une bonne soirée. Rassasié d'histoires humaines et de chaleur festive, on ressort avec la certitude d’un rendez-vous, l’année prochaine.



Production Théâtre Urbi et Orbi en codiffusion avec La Manufacture
Textes Chantal Cadieux, Jonathan Caron, Martine Francke, Ahmad Hamdan, Justin Laramée, Yannick Marcoux, Michael Richard, Audrée Southière, Elkahna Talbi et Ines Talbi
Mise en scène Martin Desgagné
Animation Pascal Contamine
Avec Martine Francke, Émilie Gilbert, Ahmad Hamdan, Philippe Racine, Michael Richard, Audrée Southière, Ines Talbi et Richardson Zéphir
Assistance à la mise en scène Marilou Huberdeau
Éclairages Estelle Frenette-Vallières
Musique Robin Boulianne et Claude Fradette
Direction artistique Yvan Bienvenue