Le « musical » qu’on appelle affectueusement Les Miz
Le « musical » qu’on appelle affectueusement Les Miz

Publié par Ève Christian le Jeu. 8 février 2018 à 16h30 - Contenu original
Musique, Claude-Michel Schönberg, Comédie Musicale, Herbert Kretzmer, Les Misérables, Matt Kinley, Musical, Place des Arts, Suggestions de sortie, Victor Hugo

Crédit photos: Matthew Murphy

Je me considère vraiment chanceuse d’avoir pu assister à la comédie musicale Les Misérables, un spectacle grandiose présenté jusqu’à dimanche à la Place des Arts. Sincèrement, par moments, j’avais l’impression d’avoir été téléportée dans un théâtre, soit sur Broadway, soit à Londres.


Histoire

Inspirée du roman Les Misérables écrit par Victor Hugo en 1862, cette histoire épique mélange amour, courage et salut avec des thématiques plus dures, comme la révolution sociale, la pauvreté, la prostitution et la mort.

Dans la comédie musicale, on nous met d’abord en contexte. En 1815, en France, Jean Valjean est libéré sur parole après 19 ans de travaux forcés pour avoir volé un bout de pain afin de nourrir sa famille. La rencontre avec l’évêque de Digne qui croit en lui, l’encourage à devenir un homme bon et à commencer une nouvelle vie. Voilà pour le prologue.

Après un saut de huit ans, on retrouve Jean Valjean, maintenant M. Madeleine, maire et propriétaire d’une usine. Il a beau avoir changé de vie, son passé le hante, poursuivi par l’inspecteur de police Javert, celui-là même qui l’avait libéré… Il ressent constamment l’ambivalence du remords et de la trahison, face à l’homme bon qu’il est devenu.

Dans des circonstances désolantes, il promet à Fantine, la mère mourante de Cosette, d’adopter l’enfant et de la retirer des griffes des Thénardier. Ce couple de truands lui rend la vie dure, lui préférant leur fille Éponine à cette orpheline qu’ils ont dû recueillir.

Sans tout dévoiler, sachez qu’une révolution politique étudiante s’installe suite à la mort d’un général empathique aux pauvres. Un amour naîtra entre Marius, l’un des étudiants, et Cosette. La révolution enlèvera la vie de plusieurs personnes, et on célébrera un mariage.

On est loin d’un spectacle lumineux; c’est plutôt sombre.

Crédits photo : Matthew Murphy


Mise en scène, costumes, musiques

Sombre mais pas éteint. Matt Kinley s’est inspiré des peintures de Victor Hugo, dans les teintes de sépia, de gris et de bleuté, pour créer son décor. Grâce à une technologie moderne, des images et des vidéos projetées sur des toiles en arrière-scène créent des effets incroyables : on a l’impression que les artistes font partie intégrante des peintures. À certains moments, le jeu des projections accroît la perspective et accentue le déplacement des personnages; je pense entre autres au moment où Valjean, Marius blessé sur ses épaules, s’enfuit dans un tunnel. Vibrant de réalisme.

Les changements de décor – il y en a plusieurs, nous transportant d’une résidence à une cour intérieure, d’une usine à une chambre d’hôpital, de la barricade au bordel, sont efficaces et rapides. Des panneaux, des toiles ou des échafaudages descendent du plafond ou y remontent, entrent et ressortent des coulisses.

Pour chacune des représentations, les artistes portent près de 400 costumes, incluant une trentaine de perruques et plus de 1800 accessoires.

Et que du bon à dire de l’aspect musical. Les paroles des chansons d’Herbert Kretzmer sont mises sur la musique de Claude-Michel Schönberg. Pour peu qu’on soit amateur de comédies musicales, on reconnaîtra certains des airs, dont « I dreamed a dream » (Fantine), « On my own » (Eponine), « Do you hear the people sing » (étudiants), et « Bring him home » (Valjean)…

Crédits photo : Matthew Murphy


Une production qui perdure

Depuis ses débuts à Londres en octobre 1985, Les Miz accumule les records. Elle est parmi les comédies musicales ayant duré le plus longtemps; les représentations sont souvent à guichets fermés, même 30 ans après la première.

L’aventure a débuté à New York, sur Broadway, en mars 1987; depuis, il y a eu près de 7000 levers de rideau sur cette histoire.

Traduite en 22 langues, Les Misérables a été vue par plus de 70 millions de personnes dans 45 pays. Il n’est donc pas surprenant qu’autant de récompenses aient été accordées à cette œuvre musicale. Si on les cumule toutes, il y en a plus de 140, incluant 8 Tony Awards et 5 Drama Desk Awards.

Parmi les 47 différents enregistrements, deux albums ont remporté des Grammy Awards : l’album de la production originale de Broadway et l’album symphonique.

L’adaptation cinématographique parue en 2012 a, pour sa part, remporté un Academy Award.


Mentions spéciales

  • Les numéros chantés en groupe : WOW! On dirait qu’ils sont une centaine de voix!
  • Les enfants : Cosette, Eponine, et surtout, Gavroche, le petit mendiant qui a de la graine d’acteur de comédies musicales tellement il est intense.
  • Les scènes de la barricade : le décor est monté d’une façon à ce que le public se retrouve derrière la barricade avec les étudiants révolutionnaires. De ce fait, on vit avec eux l’angoisse et la fureur du combat.


Crédits photo : Matthew Murphy


À noter

Il est recommandé de ne pas emmener des enfants de moins de 10 ans à ce spectacle, car il faut une certaine maturité pour comprendre l’histoire. De plus, tout est en anglais incluant les chansons, malgré ce que pourrait laisser croire cette œuvre d’origine française dont les personnages ont gardé leurs noms francophones. D’une durée avoisinant trois heures, incluant un entracte de 20 minutes, la soirée file et ne s’éternise pas.

Il reste très peu de billets; faites vite.

Et prenons note que, la prochaine fois qu’une telle production part de Broadway pour nous visiter, autant ne pas retarder l’achat des billets!