« La Mort de Staline » | Apogée de l’art de la satire
« La Mort de Staline » | Apogée de l’art de la satire

Publié par Émilie Stern le Mar. 20 mars 2018 à 9h00 - Contenu original
Cinéma, Armando Iannucci, Comédie satirique, Jason Isaacs, Jeffrey Tambor, La mort de Staline, Michael Palin, Nouvelles, Simon Russel Beale, Steve Buscemi, Suggestions de sortie


La mort de Staline (The Death of Stalin, 2017), réalisé par Armando Iannucci, est une comédie satirique franco-britannique qui prendra l’affiche vendredi prochain. Le film, présentant une multitude d’acteurs extraordinaires, offre une critique cynique d’une nation à la suite de la perte de son leader.


Revoir l’histoire avec humour

S’inspirant de la bande dessinée française La mort de Staline écrite par Thierry Robin et Fabien Nury, le film dépeint les prises de positions, les guerres de pouvoir, la manipulation, l’ambition et la peur au sein des ministres du stalinisme, suite à la mort du leader de l’Union Soviétique en 1953.

Le film présente avec moquerie et humour les séquelles politiques de la mort du dictateur sur ses ministres, son entourage et sa famille. Chacun va tenter de prendre le pouvoir afin de survivre dans un régime ou personne n’est sauf. L’hypocrisie est grande, la peur immense, et l’absurdité, démontrée avec un cynisme glaçant, est omniprésente.

Le long-métrage réalisé par Armando Iannucci, après notamment sa comédie satirique In the Loop (2009), est interdit de présentation en Russie pour cause de moquerie et satire excessives. Le film a connu un grand succès au Royaume-Uni, a reçu de de nombreuses nominations aux British Independant Film Awards, et a été sélectionné au Festival international du film de Toronto en 2017.

Afin d’en découvrir davantage, voici la bande annonce de cette comédie satirique :




Un unique moment de cinéma à ne pas manquer

Entre les acteurs incroyablement talentueux, l’humour grinçant et l’aspect pseudo-historique du film, celui-ci représente une création unique, qui sait revoir l’histoire en usant de situations loufoques et de vérités exagérées.

La qualité de la satire prend place dans sa capacité à présenter des faits quasi-crédibles avec une exagération sans abus. Par exemple, le film débute avec la prestation d’un orchestre, ainsi que la demande tardive de Staline d’obtenir un enregistrement du spectacle. Toutefois, aucun enregistrement n’était prévu et, dans une atmosphère de panique et de peur, la seule option semble être de redonner le concert, reconstruire un public, et espérer que la nouvelle version sera à la hauteur de l’originale.

En vedette dans cette œuvre, on retrouve en Nikita Khrouchtchev un incroyable Steve Buscemi (Reservoir Dogs, 1992; Fargo, 1996; Boardwalk Empire, 2011), dont le talent et l’autodérision rappellent ses prestations dans les chefs d’œuvres des frères Coen. Celui-ci s’oppose politiquement à un mesquin Lavrenti Beria, interprété par Simon Russel Beale. On retrouve également un hilarant Jeffrey Tambor, ainsi que les talentueux Jason Isaacs, Michael Palin, et de nombreux autres grands noms, faisant chacun preuve d’un humour accompagnant un prétendu sérieux aussi éblouissant qu’impressionnant.

En effet, le film impressionne: réaliser une satire d’un homme aussi renommé que Staline et de son régime sanglant, est un défi dangereux. La période présentée, celle suivant la mort d’un des dictateurs les plus terrifiants de l’Histoire, est complexe. Le réalisateur aurait pu aller trop loin et banaliser les horreurs du régime, ou insuffisamment loin, et présenter une œuvre moins critique, tout aussi insultante de l’histoire. Toutefois, sa moquerie n’est jamais abusive et sa vision de l’histoire est suffisamment satirique – et présentée comme telle, avec honnêteté, sans s’en cacher – pour ne pas devenir un faux témoignage.

L’art de la satire est difficile, et pourtant, ici, le film reste une comédie satirique répondant aux critères du genre: drôle, moqueuse, usant l’histoire sans prétendre la représenter, et offrant avec humour et ridicule (mais sans devenir hilare) une vision noire et intelligemment présentée de l’avidité et l'absurdité des hommes politiques du régime soviétique. En conclusion, La mort de Staline ne représente pas un témoignage véridique de l’histoire, mais offre une excellente satire politique d’une histoire complexe.


Afin de bénéficier d'un cynisme satirique unique ainsi que d'une présentation d’acteurs époustouflants, La mort de Staline prendra l’affiche au Québec le vendredi 23 mars, en version originale sous-titrée.