« Une vie violente » : vision macabre de la jeunesse Corse
« Une vie violente » : vision macabre de la jeunesse Corse

Publié par Émilie Stern le Jeu. 29 mars 2018 à 16h45 - Contenu original
Cinéma, Henri-Noël Tabary, Jean Michelangeli, Marie-Pierre Nouveau, Nouvelles, Suggestions de sortie, Thierry de Peretti


Une vie violente (2017), réalisé par Thierry de Peretti, présente le voyage d’un jeune corse au cœur du militantisme de la fin des années 1990.

Dans Une vie violente, le spectateur témoigne de la vie de Stéphane, réfugié à Paris, qui retourne en Corse pour assister à l’enterrement de son meilleur ami. Lors de ce périple, il se remémore les choix et actions qui l’ont mené à devenir nationaliste, délinquant et radical politique. Sa vie débute en tant qu'étudiant bourgeois, afin de l’amener à subir une menace de mort constante, due à ses valeurs politiques. Entre violence, introspections, émotions, histoire et réflexions politiques, le long métrage offre un témoignage difficile et réaliste de la vie violente que vivent les jeunes corses perdus et insatisfaits dans les années 1990.

Afin d’en découvrir davantage, voici la bande annonce d'Une vie violente :



Ce film est réalisé par le corse Thierry de Peretti, après Les Apaches (2013). En vedette, on y retrouve Jean Michelangeli, Henri-Noël Tabary, Cédric Appietto, Marie-Pierre Nouveau et Délia Sepulcre-Nativi.


Jeunesse à la dérive

Malgré un excellent scénario et fil conducteur, ainsi qu’une véritable manifestation de la difficulté identitaire des jeunes, Une vie violente possède quelques éléments imparfaits. En effet, les dialogues manquent parfois d’énergie, les acteurs de réalisme, les personnages de profondeur, et la trame narrative, d’explications contextuelles. Il peut ainsi être ardu pour le spectateur de comprendre la totalité du film, ou de prêter attention à chaque détail pourtant non négligeable. Par ailleurs, le film semble présenter la noirceur d’un aspect politique de la Corse et de la jeunesse en s’adressant aux corses, ou aux plus érudits du sujet. Donc, ceux pour qui l’histoire de la Corse ou même de la France n’est qu’un lointain souvenir anecdotique, risquent de s’y perdre. Toutefois, le long métrage permet d’offrir une connaissance d’un sujet parfois méconnu, et présente une vision forte et pertinente d’un aspect néfaste mais omniprésent de la société.

Le film présente habilement la dérive de la jeunesse corse. Sans jugement ni paternalisme, mais en toute objectivité, le réalisateur réussit à transmettre la vérité d’une descente aux enfers. Lorsqu’un jeune homme se sent perdu, vit beaucoup de colère, et décide de se retrouver, il lui est facile de trouver une appartenance dans le nationalisme. Que celui-ci soit faible, petit, inutile, illégal, terroriste ou absurde importe peu. Les idéaux politiques et le vœu de protéger sa patrie et son peuple semblent être suffisants pour détruire une vie. Des vies.

En conclusion, Une vie violente, malgré des airs de téléfilms imparfaits, offre une introspection poignante des difficultés identitaires et politiques de la jeunesse corse de la fin du XXe siècle, afin de présenter un témoignage bouleversant des raisons existentielles ou des futilités qui mènent un jeune bourgeois à la clandestinité, en passant par la violence et le militantisme.


Afin de découvrir un univers sombre, violent et déprimant mais pourtant commun et puissant, ne manquez pas Une vie violente.. Le film a été présenté pour la première fois à la Semaine de la critique de Cannes, et il prendra l’affiche le 20 avril prochain au Québec.