« La Veuve Joyeuse »… a encore une fois renoncé à son veuvage
« La Veuve Joyeuse »… a encore une fois renoncé à son veuvage

Publié par Daniel Raymond le Mar. 17 avril 2018 à 15h15 - Contenu original
Musique, Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal, La veuve joyeuse, Musique classique, Sinfonia de Lanaudière, Stéphane Laforest, Théâtre Hector-Charland

Crédit photos: Site internet du Théâtre Hector-Charland

Dimanche en matinée, au Théâtre Hector-Charland de l’Assomption, l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal et la Sinfonia de Lanaudière ont remporté un franc succès avec la représentation de l’opérette La Veuve Joyeuse. Retour sur cette version concert qui était offerte sous la baguette de Stéphane Laforest.


Ce joyau de l’art lyrique connait un succès qui ne se dément pas depuis sa création à Vienne en 1905. On le doit au génie de Franz Lehár (1870-1948), un musicien autrichien né en Hongrie qui a débuté sa carrière en tant que violoniste et chef d’orchestre, avant de devenir un riche et célèbre compositeur d’opérettes. On lui doit également, entre autres, les chefs-d’œuvre suivants : Le Comte de Luxembourg (1909), Paganini (1925), Le Tsarévitch (1927), Le Pays du Sourire (1929) et Giuditta (1934).

Le site internet de la Sinfonia de Lanaudière nous rappelle qu’il s’agit de « l’une des opérettes les plus jouées, dont les airs sont les plus connus, mettant en scène les péripéties de la cour de Marsovie autour du destin amoureux de la belle veuve d’un riche banquier. L’action s’inspire du Monténégro et de son élite qu’il était fréquent de tourner en dérision en raison de la faillite du petit état à l’époque. »

Parmi les inoubliables « vers d’oreille » qu’on y retrouve, mentionnons les très lyriques airs « de Vilja », « Viens dans ce joli pavillon », « Heure exquise » et « Ah les femmes, femmes, femmes ! »

Les artistes qui se sont investis à fond dans leur rôle sont les sopranos Lauren Margison (Missia Palmieri) et Chelsea Rus (Nadia), le tenor Rocco Rupolo (Camille), les barytons Max van Wyck (Danilo) et Nathan Keoughan (Lerida), ainsi que le polyvalent jack of all trades Isabeau Proulx Lemire, metteur en scène en résidence, dans les multiples rôles de Popoff, d’Estillac, de marionnettiste et de narrateur.

Crédit photo : page Facebook de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal


Dans la photo ci-dessus, prise durant les répétitions, on peut apercevoir, dans l’ordre habituel : Isabeau Proulx Lemire, la soprano Lauren Margison, ainsi que les barytons Nathan Keoughan et Max van Wyck qui se sont tous deux distingués par leur voix justes, articulées et puissantes à souhait.

Les deux sopranos ont été égales à elles-mêmes. Qu’est-ce à dire ? Qu’encore une fois elles ont été excellentes voire exceptionnelles, conformément au souvenir que j’en ai conservé suite à leurs prestations antérieures dans le cadre des activités de l’Atelier lyrique. J’ai d’ailleurs récemment été charmé par l’éblouissante performance de Chelsea Rus dans son rôle de Lena de l’opéra Svadba d’Ana Sokolović.

J’ai particulièrement apprécié la voix chaude et veloutée du ténor Rocco Rupolo que vous pouvez apercevoir, en compagnie de Chelsea Rus, dans la photo ci-dessous.


Crédit photo : page Facebook de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal


Rocco est un solide ténor qui a chanté avec autant d’aisance que de puissance, et dont les notes hautes ont été fidèles au rendez-vous.

Le multidisciplinaire Isabeau Proulx Lemire s’est distingué par sa polyvalence et son aplomb dans tous les rôles qu’il a endossés. À titre de narrateur, il lui incombait de résumer l’action tout en lui infusant des accents de modernité et une touche d’humour. Je n’ai cependant pas toujours apprécié ses interventions fréquentes, un peu trop longues et verbeuses à mon goût, ainsi que son utilisation de marionnettes pour illustrer son propos. J’aurais préféré un rôle de narrateur plus formel, moins caricatural, et se limitant à l’essentiel nécessaire pour une bonne compréhension du scénario.

Les sobres costumes évoquaient adéquatement l’époque, et grâce à une mise en scène plutôt dynamique, pour une « version concert », chacun des protagonistes a fort bien tiré son épingle du jeu dans le rôle qu’il défendait. Encore une belle réussite pour l’Atelier lyrique porté par la Sinfonia de Lanaudière.

Le décor minimaliste se résumait quant à lui à un petit théâtre de marionnettes, prestement assemblé par les artistes eux-mêmes dès la levée du rideau, le tout accompagné de deux fauteuils. Cela occupait un peu moins que la moitié gauche de la scène, tandis que la portion droite était occupée par l’orchestre.

Le petit, charmant et confortable théâtre de 620 places a accueilli une foule généreuse et réceptive qui s’est réjouie des retrouvailles du Prince Danilo et de la richissime veuve Missia Palmieri. En conclusion de l’œuvre, leur promesse de mariage a été saluée par des applaudissements nourris et une ovation debout toute aussi spontanée que sincère, après que tous se soient bien volontiers laissé charmer par d’envoûtantes et immortelles mélodies de Franz Lehár.

L’Atelier lyrique ne cesse de me surprendre par la variété et la qualité de ses productions et le vaste éventail de talents qu’il accueille, façonne, contribue à faire grandir et ultimement à rayonner. Je lui lève respectueusement mon chapeau.


Vous pouvez suivre les activités de l’Atelier lyrique en parcourant sa page Facebook, ou encore en visitant son site internet, ici.