La vie utile | Éloge du temps perdu
La vie utile | Éloge du temps perdu

Publié par Léa Arthémise le Ven. 27 avril 2018 à 11h00 - Contenu original
Théâtre, Christine Beaulieu, Espace Go, Évelyne de la Chenelière, Festival TransAmériques, FTA, Jules Roy Sicotte, Louis Negin, Marie Brassard, Sophie Cadieux, Suggestions de sorties

Crédit photos: Caroline Laberge

La création d’Évelyne de la Chenelière est présentée à l’Espace Go jusqu’au 1er juin 2018.

À l’orée de sa mort, Jeanne tente de négocier un sursis. Son passé ressurgit alors, saturé de préceptes, de doctrines bibliques et de voluptueuses sensations. Défiant la mort, Jeanne s’immerge dans cet entrelacs de souvenirs assouplis, déformés par le prisme de la mémoire et de la langue.

Sur scène, dans sa chambre, Jeanne se transpose au cœur de la forêt et au centre de la relation platonique qu’entretiennent ses deux parents. Sa mère, esthète normative et psychorigide, et son père, homosexuel mélancolique, vouent un culte troublant à Jeanne d’Arc, figure martyre qui sert de canevas à l’adolescente rebelle, pétrie de pulsions contradictoires. Les images et les enseignements s’entremêlent dans un chœur de voix d’outre-tombe, dans lequel Jeanne s’immerge, humant « le parfum augural de la décomposition ».


(Crédit photo: Véronique Rapatel)

La mise en scène de Marie Brassard exploite habilement le décor de la forêt, sa charge onirique et son symbolisme religieux. La forêt est l’espace de tous les dangers, du déploiement des forces obscures. C’est un lieu d’éternité, dans lequel le temps se dilate et Jeanne tombe de cheval. Sa chute infinie étire la durée de sa « vie utile », la part de son existence piégée dans les injonctions productivistes de la société. Dans la forêt, les morts et les vivants sont unis dans une « indétermination permanente », une zone grise entre le passé et le présent, plastiquement fixée entre l’origine du monde et les paradis artificiels.

La vie utile est inspirée du chantier d’écriture d’Évelyne de la Chenelière réalisé à l’Espace Go. Pendant trois saisons, elle s’est appliquée à recouvrir le mur du café-bar de mots, de collages et de dessins superposés. Ce palimpseste a nourri sa réflexion sur le temps que l’on « perd » à réfléchir, créer, en pleine conscience.

La démarche d’Évelyne de la Chenelière s’inscrit dans une logique de construction et d’appropriation d’un espace-temps unique, soumis par le processus de création à des reconfigurations permanentes. La langue, celle que l’on apprend, celle que l’on pratique, clame Jeanne, confère un « caractère définitif au réel ». La langue, justement, parlons-en. Sur scène, la langue déliée d’Évelyne de la Chenelière prend corps dans un texte saturé de sensations et de poésie métaphysique, porté par des interprètes épatants. « La langue commune », annonce Jeanne, n’est rien d’autre qu’une « source permanente d’incompréhension ». Effectivement. Au fil de la pièce, on se perd dans les énumérations agitées qui forment un point de rupture du sens commun, dans lequel l’expérience théâtrale prend finalement tout son sens.

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(Crédit photo: Véronique Rapatel)

Texte : Evelyne de la Chenelière
Mise en scène : Marie Brassard
Avec : Christine Beaulieu + Sophie Cadieux + Evelyne de la Chenelière + Louis Negin + Jules Roy Sicotte
Assistance à la mise en scène : Emanuelle Kirouac
Scénographie : Antonin Sorel
Assistance au décor et aux accessoires : Alex Hercule Desjardins
Lumières : Sonoyo Nishikawa
Costumes : UNTTLD (José Manuel St-Jacques + Simon Bélanger)
Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti
Musique et conception sonore : Jonathan Parant
Sonorisation et traitement sonore : Frédéric Auger
Réalisation film-vidéo : Karl Lemieux
Intégration vidéo : Guillaume Arseneault
Une coproduction : ESPACE GO + Festival TransAmériques (FTA)
Avec la collaboration d’Infrarouge