Doktor Glas | Un bijou de texte, livré de façon magistrale !
Doktor Glas | Un bijou de texte, livré de façon magistrale !

Publié par Luce Langis le Lun. 30 avril 2018 à 10h00 - Contenu original
Théâtre, Doktor Glass, Krister Henriksson, Peter Bjurman, Place des Arts, Printemps nordique, Théâtre suédois


Dans le cadre du Printemps nordique, qui s'est tenu à la Place des Arts du 4 au 29 avril, le Théâtre dramatique royal de Suède présentait Doktor Glass les 27 et 28 avril. Ce texte fort, livré avec un talent exceptionnel par le très grand comédien Krister Henriksson, soulève des questions humanistes essentielles et existentielles. Jusqu'où doit aller l'empathie ? Est-ce que « le devoir » doit toujours primer sur le désir ? L'exigence du devoir peut-elle faire en sorte que l'on passe à côté de sa vie ? L'aide apportée à quelqu'un doit-elle toujours être totalement désintéressée ? Jusqu'où les dérives de l'amour peuvent-elles nous mener ?


C'est face à toutes ces questions d'éthique que se retrouve confronté le Docteur Glass, au mitan de sa vie. Interprété avec brio par le comédien suédois Krister Henriksson (très connu pour son rôle du célèbre inspecteur Wallander dans la série télé suédoise), il livre, seul en scène et pendant une heure et demie, ses réflexions sur son rôle de médecin, sur son amour secret pour l'une de ses patientes et sur son désir caché – et de plus en plus ouvert – de faire disparaître le mari de la femme qu'il convoite, Mme Gregorius. C'est donc à cœur ouvert – et sans filtre – que le médecin vieillissant nous livre ses secrets les plus intimes. Alerte, très expressif et maîtrisant parfaitement son rôle, ce personnage solo nous tient en haleine du début à la fin de son récit.

Doktor Glass est une pièce de théâtre suédoise adaptée du roman de Hjalmar Söderberg, publié en 1905. Elle a connu un immense succès dans les pays nordiques, en Angleterre... et maintenant, au Québec. Elle est présentée dans sa langue originale, le suédois, et un grand pan de mur, à l'arrière de la scène, nous offre la traduction simultanée en français et en anglais. Le spectateur doit être particulièrement attentif, s'il ne veut pas perdre une phrase de ce récit intense, poétique, alliant suspense et humour sinistre.

Installé dans un grand carré en fibre de verre couvrant toute la scène, le Docteur Glass fait le point sur sa vie et sur un épisode particulièrement marquant et dramatique de sa vie d'homme et de médecin. Il nous raconte l'histoire d'un couple dont le mari et la femme, tour à tour, viennent s'épancher dans son cabinet de médecin. Le mari est un pasteur à la retraite et sa femme, très belle, hante les pensées du Doktor Glass... Ce dernier en est tombé follement amoureux, dès le début.

Le mari, M. Gregorius, se plaint que sa femme lui refuse des rapports sexuels. Il considère qu'étant sa femme, elle lui appartient et doit consentir à son « devoir conjugal ». Sa femme, par contre, le trouve d'une laideur insupportable et éprouve à son endroit une vive répulsion. De plus, elle fréquente un autre homme dont elle est passionnément amoureuse.

Doktor Glass tente donc de convaincre le mari de ne plus assaillir sa femme car, ment-il, elle est malade et doit demeurer abstinente. Se rendant compte que le stratagème ne fonctionne pas, il change alors son discours pour convaincre le mari qu'il est lui-même cardiaque, et qu'une relation sexuelle peut le tuer sur le coup. Il envoie aussi son patient dans un centre de santé, afin de l'éloigner de sa femme. Cependant, lorsque ce dernier revient, le problème se pose à nouveau. Que faire alors pour en finir une fois pour toutes avec ce pasteur gênant (pour sa femme et pour lui) ?

Ne reste que la solution du meurtre...


Doktor Glass est mis en scène par le grand dramaturge Peter Bjurman, un collaborateur régulier de Robert Lepage, et un membre important de l'équipe de création de la pièce La face cachée de la lune. Pour en savoir plus sur la programmation saisonnière de la Place des Arts, cliquez ici.