La « Carte blanche à Serhiy Salov » a été… haute en couleurs!
La « Carte blanche à Serhiy Salov » a été… haute en couleurs!

Publié par Daniel Raymond le Ven. 11 mai 2018 à 19h15 - Contenu original
Musique, Dimitri Chostakovitch, Johannes Brahms, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Musique classique, Orchestre Métropolitain, Salle Bourgie, Serhiy Salov

Crédit photos: Site internet du Musée des beaux-arts de Montréal

Le mercredi 9 mai, Serhiy Salov – pianiste en résidence à l’Orchestre Métropolitain (OM) – s’offrait une soirée « carte blanche » à la Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal. Pour l’occasion, il s’était entouré de quatre de ses collègues de l’OM pour nous offrir la séduisante musique de chambre de Johannes Brahms et de Dimitri Chostakovitch. Le résultat? Un feu d’artifice coloré, avec d’évocatrices et enivrantes sonorités.


En effet, se sont joints à lui Yukari Cousineau (premier violon solo de l’OM), Nancy Richard (second violon solo), Elvira Misbakhova (alto solo associé) ainsi que le violoncelliste Christopher Best (violoncelle solo).

La première partie du récital a été consacrée au « Trio pour piano, violon et violoncelle no 1 en si majeur, op. 8 », en quatre mouvements, de Brahms (1833-1897). Le trio a réuni Serhiy au piano, ainsi que Yukari au violon et Christopher au violoncelle.

Nous avons eu droit à environ 38 minutes d’une musique fortement évocatrice, de type pastorale, qui a fait surgir en moi des images de champs de blé ensoleillés ondulant sous la brise caressante, de cours d’eau tantôt paisibles et tantôt agités, tournoyant ou cascadant. Si ce ne sont pas là les paysages qui habitaient Brahms au moment de la composition de l’œuvre, mais plutôt toute autre chose, ça n’a néanmoins nullement altéré le plaisir que j’ai éprouvé à me perdre dans mon imaginaire et à me surprendre moi-même en flagrant délit de vagabondage onirique. J’en tiens Brahms pour responsable!

Ce trio existe en deux versions : l’œuvre de jeunesse de 1854, et la version « mature » revisitée et remaniée par Brahms, 37 ans plus tard en 1891, pour en corriger le caractère d’ingénuité qu’il lui reconnaissait. Comme nous en informait le programme : « […] notre Carte blanche à Serhiy Salov en offre la mouture de 1854 […] nous pourrons goûter la délicieuse juvénilité de la première et découvrir un côté moins connu de Brahms ». Nous avons effectivement découvert, goûté et pleinement apprécié!

Vous pouvez entendre ou réentendre une version de ce petit chef-d’œuvre en vous rendant sur le site internet de la Salle Bourgie, ici.

Après l’entracte, Serhiy s’est avancé au micro pour annoncer qu’il n’y aurait pas de rappel en fin de soirée, mais qu’il y aurait plutôt, avant même de poursuivre avec la deuxième œuvre au programme, récitation d’un texte – s’élevant contre les horreurs de la guerre – par la fille adolescente de l’altiste Elvira Misbakhova.

Malheureusement, Serhiy ne parlait pas assez fort, l’amplification était insuffisante ou déficiente et la réverbération du son n’aidait en rien la compréhension de ses explications. Les mêmes remarques s’appliquent à la prestation de la jeune fille dont 90% du texte a peu ou pas été compréhensible. Elle a tout de même été chaleureusement applaudie.

L’acoustique de cette magnifique petite salle me semble être plus qu’adéquate pour l’audition de musique peu ou pas amplifiée, mais lorsqu’il est fait usage du micro, et donc des haut-parleurs, pour adresser la parole au public, la majeure partie du discours se perd. Espérons que le problème sera éventuellement résolu.

Ensuite, Serhiy s’est remis au piano entouré des deux violonistes, de l’altiste et du violoncelliste, pour nous gratifier généreusement et superbement du « Quintette pour piano et cordes en sol mineur, op. 57 » de Chostakovitch (1906-1975), d’une durée d’environ 35 minutes. Les cinq mouvements fortement contrastés de cette œuvre, résolument plus moderne, nous en ont fait voir de toutes les couleurs… musicales. Elle donne lieu à d’ingénieux dialogues entre les divers instruments et les fait se rejoindre dans de spectaculaires ensembles.

Les notes insérées au programme nous apprenaient que ce quintette a été « très apprécié dès sa création, débordant d’idées mélodiques personnelles et tout à fait représentatif du langage de Chostakovitch ». L’écoute attentive nous a en effet révélé une œuvre des plus originales.

La virtuosité de chacun des émérites musiciens a été au rendez-vous ainsi que les chaleureux applaudissements et l’ovation debout qui les ont légitimement récompensés.


Vous pouvez consulter en ligne, ici, la brochure très prometteuse et étoffée de la salle Bourgie, pour la saison 2018-2019.
Quant aux prochains concerts de l’Orchestre Métropolitain, vous pouvez en prendre connaissance en vous rendant sur son site internet.