Les Retournants : Michel Moatti présente son dernier livre
Les Retournants : Michel Moatti présente son dernier livre

Publié par Roxane Labonté le Lun. 21 mai 2018 à 11h15 - Contenu original
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Crédit photos: Roxane Labonté

Le 11 mai dernier, autour des assiettes spectaculaires du salon de thé Le Parloir à Montréal, atuvu.ca a rencontré Michel Moatti lors de sa tournée québécoise. L'auteur a parlé de son dernier livre Les Retournants paru le 3 mai chez HC Éditions. Il s'agit d'un roman noir historique, qui relate les péripéties de deux déserteurs. Nous avons discuté de la violence (dans les médias en particulier), de son travail en sociologie, de ses inspirations et de son processus créatif. Pleins feux sur cet auteur français, encore trop peu connu au Québec!

« J'adore le Québec! », dit Michel Moatti, tout sourire. « C'est la troisième fois que je viens ici. Les gens sont accueillants. J'apprécie qu'ils prennent le temps de venir me rencontrer, ils sont bien moins stressés que la majorité des gens en France... C'est une très bonne expérience », commence-t-il.

(Crédit photo: Roxane Labonté)


Un auteur primé se dédiant aux phénomènes de société

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Michel Moatti est un universitaire et écrivain français, journaliste de formation depuis 16 ans. Il a été correspondant de l’agence de presse britannique Reuters, et est également docteur en sociologie à l’Université de Montpellier III, où il enseigne. « La sociologie m'a amené Retour à Whitechapel (2013), mon premier roman », dit-il. À souligner: celui-ci s'est vendu à plus de 10 000 exemplaires en France (en trois éditions: HC, Pocket, 10/18).

Il mentionne également que son livre Tu n’auras pas peur, paru en 2017, est « presque le contenu de mon cours de master qui a été mis en roman ». Ce livre raconte l'histoire de deux journalistes qui traquent un assassin. L'une est moderne, écrit pour un site web, tandis que l'autre est très old-school et privilégie la presse papier. Tu n’auras pas peur a gagné le Prix du meilleur roman francophone au Festival Polar de Cognac. « Je suis très surpris et très touché d'avoir reçu ce prix... Ça fait de la publicité, il y a même eu un re-tirage du livre, mais ça ne change pas ma manière d'écrire. Certains auteurs peuvent recevoir de très gros prix, comme le Goncourt, et ça peut alors soit mettre de la pression ou créer un boost... Mais un livre, c'est tout d'abord la rencontre entre celui qui lit et celui qui écrit ». Voici d'ailleurs une critique de ce livre, juste ici!

Il a sorti deux autres romans: Blackout Baby (2014), Alice change d’adresse (2016) ainsi que deux essais: La vie cachée d’Internet et L’Effet-Médias - Pour une sociologie critique de l'information. Ses sujets de prédilection? L'opinion publique, les médias et la violence sur internet. En outre, comment expliquer le succès du polar? « La spectacularisation de la violence par les médias peut être une source d'angoisse, mais aussi de fascination ». En effet, on peut se retrouver accro sans comprendre comment, ressentant une bien étrange forme de plaisir et de désensibilisation vis-à-vis des images violentes, propagées un peu partout...


(Crédit photo: lettres-it-be.fr)


Les Retournants : hybride de vestiges et d'imagination

Ce roman noir historique raconte l'histoire de deux déserteurs, Jansen et Vasseur, deux lieutenants qui ont scellé leurs destins en quittant le front de la Somme en août 1918. Ils se connaissent peu à peu, et le premier se rend rapidement compte que le deuxième est un psychopathe trouvant un plaisir obscène dans les crimes qu'il commet. Ils se réfugient, sous de fausses identités, dans une propriété loin de la guerre et du monde, le domaine d’Ansennes, où vivent un vieil industriel ruiné, sa fille Mathilde et la domestique Nelly Voyelle. Toutefois, un capitaine de gendarmerie et traqueur de déserteurs, nommé François Delestre, suit la piste des deux hommes. Et s'il devait résumer son livre en quelques mots, quels seraient-ils? « Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles ont l'air d'être... Il y a un monde derrière le monde. » Il dit aussi que le travail d'un écrivain, c'est d'aller voir plus loin que la surface, d'approfondir les choses.


(Crédit photo: babelio.com)


Questionné à propos de ses sources d'inspiration, l'auteur répond que c'est d'abord l'actualité qui captive son attention, mais qu'il plonge aussi dans ses souvenirs pour trouver ses sujets. Son arrière-grand-père Chéri (oui, c'est son vrai nom) lui racontait des histoires avant de dormir; mais ces « contes » ne semblaient pas de tout repos : la substance était tirée du vécu de Chéri, lui qui fut soldat de la Première Guerre mondiale! Ces courts récits, dans lesquels s'animaient les mêmes protagonistes au fil des années, ont éventuellement inspiré à Michel Moatti certains des personnages de son nouveau livre. L'auteur a grandi près de lieux où il y avait des trous d'obus, et mentionne qu'il avait un désir de parler de la Première Guerre : « Je sentais qu'un “grand” livre sur les traumas de la guerre n'avait pas encore été fait ».

Par ailleurs, Arthur Conan Doyle l'inspire beaucoup également. Il dit avoir lu et relu les « Sherlock Holmes » depuis plusieurs années, même s'il les connaît par coeur. En vrac : Edgar Allan Poe l'a aussi considérablement influencé, et, dans le roman noir, Jean-Patrick Manchette. L'oeuvre controversée American Psycho a également été « une véritable claque à la tête » pour lui.


Comprendre la sociologie à travers des personnages

Lorsqu'il travaille sur un roman, le processus de recherches de Michel Moatti est exhaustif, de longue haleine. « Je fais d'abord un premier plan de deux ou trois pages. Je sais déjà la fin du roman. Ensuite, quand tout est en place, j'entame les recherches », explique-t-il. Cela peut être plus ou moins long, selon le sujet et les besoins d'accumuler du matériel. Ensuite, l'auteur travaille sur la structure. « Les Retournants a été écrit en environ sept ou huit mois, un peu comme Tu n'auras pas peur. » Il mentionne d'ailleurs avoir fait des recherches intenses pour Retour à Whitechapel, un roman qui relate l'histoire de Jack l'Éventreur, d'un point de vue mi-policier, mi-historique. Entre autres, il a été consulté les National Archives de Londres pour voir des photos et des documents officiels. « C'est très important pour moi, les détails comme le type de robe que la victime portait. »


(Crédit photo: Michel Moatti)


(Crédit photo: Michel Moatti)


Prochaine oeuvre: exploration des limites de l'exofiction

Le prochain roman de Moatti est déjà très avancé. « Le deux tiers du livre est déjà écrit, mais on attend d'avoir une date d'office [NDLR: date à laquelle on procède à la mise en vente d'un livre]. Il reste à le blinder juridiquement, car il s'agit d'une exofiction, inspirée d'un fait divers contemporain français. » Alors, est-ce que la citation qui mentionne que « Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite » sera insérée en début de l'oeuvre? « J'ai envie d'écrire le contraire, en mettant cette citation de Shakespeare: “Tout ce que j'écris ici est vrai, même ce que j'ai inventé”! » (rires) Le tout est sous embargo au moment d'écrire ces lignes, mais il y a déjà une date de sortie et la couverture est en production. On a hâte d'en savoir plus!

Vous pouvez vous procurer Les Retournants ici, ou dans plusieurs librairies québécoises.