L’opéra de Roméo et Juliette, une fresque lyrique
L’opéra de Roméo et Juliette, une fresque lyrique

Publié par Laure Neria le Lun. 21 mai 2018 à 22h00 - Contenu original
Musique, Musique classique, Opéra, Place des Arts, Roméo et Juliette, Salle Wilfrid-Pelletier, Shakespeare, Suggestions de sortie, Tom Diamond

Crédit photos: Yves Renaud

La plus célèbre des histoires d’amour a encore de beaux jours devant elle... En ce moment, c'est la populaire adaptation de Charles-François Gounod qui est à découvrir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. La mise en scène est de Tom Diamond, un des plus grands metteurs en scène d’opéra d’Amérique du Nord, et le spectacle est offert sous les prouesses du chef Giuliano Carella de l’Opéra de Montréal.


Influencé par le film de Franco Zeffirelli réalisé en 1968, dans lequel de jeunes Roméo et Juliette apparaissent nus et s’aiment au rythme de la musique de Nino Rota, le metteur en scène Tom Diamond affirme qu’il retient un chef-d’œuvre qui prend alors réellement vie sous ses yeux.

Ainsi, pour sa propre version Tom Diamond souhaite retranscrire cette passion déchirante et atteindre une forme de perfection. « Je veux la rendre mémorable, raconter l’histoire d’une manière impeccable » dit-il en soulignant le défi de mettre en scène ce monument du répertoire shakespearien joué depuis plus 400 ans.

Pour relever ce pari, il s’entoure d’une distribution en provenance des quatre coins du monde : Roméo alias Ismael Jordi vient d’Espagne, Juliette alias Marie-Ève Munger originaire du Saguenay vient de Paris où elle joue au Théâtre National de l’Opéra Comique. Si c’est la première fois qu’il met en scène le poète britannique, le metteur en scène originaire de Winnipeg affirme une volonté de conserver un style traditionnel romantique, selon le cadre de production instauré par la Place des Arts. L’opéra se tient donc à la Renaissance, époque où Shakespeare a écrit le texte en 1597, inspirant ensuite Gounod à en composer la musique en 1867, au moment de l’Exposition universelle.



À ce titre, l’opéra en cinq actes au vif et long succès met à l’honneur cet amour romantique avec la fameuse scène sous le balcon de Juliette et le réveil au lendemain de la nuit partagée entre les deux amants… Malgré une Juliette annoncée comme « indisposée » par la production, la performance des deux chanteurs principaux incarne à merveille l’amour absolu, passionnel mais cruel qui se livre sur scène. Le ténor Ismael Jordi offre une technique impeccable et nous porte par la richesse de sa voix et les fines nuances de ses interprétations... Ces deux prodiges au succès international côtoient d’autres talents comme le baryton québécois Hugo Laporte dans le rôle de Mercutio et Katie Miller qui incarne le jeune page Stéphano dans la scène du combat. Ce rôle masculin donné à une femme vient surprendre l’auditoire et renforce la couleur impétueuse et l’action comique de cette scène de conflit. Une touche de subversion très appréciée dans ce texte somme toute classique. On reconnaît ici le style de Tom Diamond qui, comme il le suggère lui-même, « [...] laisse toujours les artistes apporter leurs propres idées dans la pièce. »

L’union illégitime, mais admirable par la profondeur de leur amour, est également sublimée par un travail d’éclairage subtil et puissant qui vient tour à tour teinter d’un rouge sang ou d’un bleu Klein toute l’atmosphère d’une scène tantôt tragique, tantôt romantique. Les décors créés par Claude Girard en 1986 conservent toute leur splendeur, avec un premier tableau de style flamand mémorable, bien que la scénographie des derniers tableaux perde en finesse et apparaisse légèrement redondante. On retient également de somptueux costumes et masques vénitiens qui participent à rendre cet opéra on ne peut plus vibrant.


Du 19 au 26 mai 2018 à 19h30, Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Procurez-vous vos billets ici.