Arthur H aux Francos, et tout l’monde chante
Arthur H aux Francos, et tout l’monde chante

Publié par Judith Bonnard le Lun. 18 juin 2018 à 18h00 - Contenu original
Musique, Arthur H, Chanson française, Club Soda, Festival, Francos, Francos de Montréal, Musique pop

Crédit photos: Francos de Montréal / Victor Diaz Lamich

Le spectacle d’Arthur H, au Club Soda samedi dernier, était tout en humanité. Avec sa simplicité et son humour, comme d’habitude, mais aussi avec la transparence de son deuil paternel, qu’il porte sans honte et qu’on partage avec lui. On était comme dans un grand salon, et on le laissait nous raconter des histoires.


Une foule bigarrée remplit le Club Soda près d’une heure avant le début du spectacle, question d’avoir les places assises le plus près possible de la scène. Ce sont des amateurs de tous les âges, de 8 à 78 ans. Quant aux retardataires, ils se tasseront directement devant la scène, presque collés au piano d’Arthur.

Sous un jeu d’éclairage intéressant et mouvant, Arthur H arrive avec chapeau, chemise exotique et lunettes de soleil. Le vacancier s’installe au piano, détendu, et sa voix grave typique nous enveloppe comme si on venait de s’asseoir tous, entre amis, pour discuter et rire.

« Sa grande voix »

Première pièce au programme, « Brigade Légère » positionne d’emblée le souvenir d’Higelin qui planera sur les interprétations de la soirée, alors qu’Arthur H chante de sa grande voix celle de son père qui « résonne encore une dernière fois ». Et on parle de l’hommage à Higelin qui sera rendu en clôture des Francos, un jour de Fête des pères, et auquel participera Arthur H, avec émotion et fierté.

La voix de H est fascinante, elle sait disparaître dans un rauque feutré, dans le grave d’une chanson, et revenir, bien claire, sur la montée d’une gamme. Il nous fait voyager de New York à Tokyo, on s’apprivoise.

Alors, Arthur nous explique que « la poésie, c’est un jeu avec la langue qui est nécessaire », avant de nous présenter celle qu’il a longuement lue à son père sur la fin de sa vie. Le public, suspendu à ses lèvres et curieux, veut savoir, entendre l’histoire qui accompagne le poème et ce partage père-fils. Généreux, Arthur hésite, ouvre la bouche, et craque doucement : « Non, je n’y arriverai pas », nous souffle-t-il de sa voix d’une grande douceur.

Et il entonne « Le passage (Gong Song) » : « Plus léger que la neige, tu n’emportes qu’un rire, un cœur qui s’apaise. » Et dans le silence attentif du public aux yeux mouillés, on entend des sanglots discrets qui montent de certaines gorges.

L’émotion est dense, palpable, quand Arthur H enchaîne presque immédiatement avec « La boxeuse amoureuse ». Le public applaudira longuement un Arthur H debout, reconnaissant.

H, le rassembleur

Arthur entonne « Il/Elle » de son piano sautillant, entraînant, qui donne des fourmis dans les pieds et le sourire aux lèvres. « Sois toi-même, homme et femme », on veut bien, mais ça se complique quand il nous demande de chanter avec lui. « Elle est beau, il est belle » est un véritable tourne-langue qu’il n’aura de cesse de nous faire répéter, espérant qu’on finisse par y arriver.

Arthur H est accompagné de deux musiciens seulement, guitare et batterie, en format minimaliste donc, mais c’est peut-être parce que le public est intégré au spectacle. Il le fait participer, il le fait chanter, et pas qu’un peu. Il arrête ou prolonge la musique, nous encourage, pour s’assurer que nos voix accompagnent la sienne, et c’est sur le fond sonore de la foule – qui se transforme en choriste – qu’il nous fera quelques belles harmonies vocales.

Chaleur et intimité

On plane un long moment sur « La Dame du lac », non sans apprécier l’écriture de H, toute en allitérations, quand la Dame sort « de sa tanière » et que « ses maléfices s’effacent ». On l’écoute parler d’amour quand il chante « J’ai déjà oublié comment ne plus t’embrasser », dans « Reine de cœur ». Il a toute notre attention quand il nous raconte le duel de corridor du Château Untel à Québec, pour introduire le western de « Est-ce que tu aimes ».


Intemporel, ce qu’on retient, ce n’est pas une performance : c’est le partage d’une soirée passée en compagnie d’Arthur H, et un voyage merveilleux.