Brel Symphonique : un hommage en dix temps
Brel Symphonique : un hommage en dix temps

Publié par Maxime Hébert-Lévesque le Mer. 20 juin 2018 à 14h30 - Contenu original
Musique, Chanson française, Festival, Francos de Montréal, Hommage, Jacques Brel, Maison Symphonique de Montréal, OSM

Crédit photos: Site de la Place des Arts

Jacques Brel disait : « je suis Belge, mais je me soigne ». C’était sur ce ton humoristique que chacun des dix artistes, le 16 juin dernier à la Maison symphonique, présentait le personnage avant d’interpréter l’une de ses pièces. Brel Symphonique n’était pas seulement une reprise des classiques du grand Jacques, mais un hommage vibrant rendu par des artistes passionnés. L’équipe d’atuvu.ca a assisté au spectacle présenté dans le cadre des Francos de Montréal, et vous propose un tour d'horizon de la soirée.


Un homme et son orchestre

Samedi soir, le spectacle n’était pas dirigé par n’importe qui! En effet, c’est Simon Leclerc qui était aux commandes de l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM). Le chef d’orchestre roule sa bosse depuis plus d’une trentaine d’années, navigant entre le Canada et les États-Unis. Choriste pour Céline Dion au début de sa carrière, il composera par la suite plusieurs comédies musicales dont la production canadienne du classique de Victor Hugo, Les Misérables. Il faut dire que monsieur Leclerc a le souci du détail: pour Brel Symphonique, il a pris la peine de composer une ouverture originale. Un petit geste qui a charmé le public dès le début, laissant présager un spectacle formidable.

Un hommage proche de l’homme

Si l’on craignait d’assister à un hommage fade composé uniquement des meilleures chansons de Brel enchaînées les unes derrière les autres, il n’en fut guère. Le concert était un prétexte pour ressusciter, l’espace d’un moment, l’homme qu’était le grand Jacques. Tour à tour, les dix chanteurs nous racontaient un lien et/ou une anecdote qui les unissaient avec l’artiste belge. Le passage le plus émouvant a été lorsque Danielle Oddera a offert, comme cadeau au public, la lecture d’une lettre provenant d’une correspondance entre Brel et sa sœur Claire Oddera. La sœur de madame Oddera possédait un restaurant (sur la rue de la Montagne), où l’illustre auteur-compositeur-interprète venait manger et passer ses soirées lorsqu’il était au Québec. Par la lecture de cette pièce de collection, on y reconnaissait le personnage que l’on retrouve dans ses chansons – amusant, drôle et à la fois profond et intelligent. Une autre anecdote mémorable, cette fois-ci racontée par Luc De Larochellière, est celle de la chanson « Un enfant ». Elle fut écrite pour la chanteuse britannique Petula Clark, qui dit depuis, à la blague, que Jacques Brel lui a fait un enfant. L’apport de ces petites histoires au cours du spectacle a été significatif. On avait l’impression d’assister un peu à une pièce de théâtre musicale. Le contexte de la chanson était donné, et par la suite, on jouait l’œuvre. Le concept était bien pensé et cela rendait la prestation vivante. Cela permettait au moins d'apprendre à mieux connaître le personnage.

Les dix voix

Chacun des dix interprètes a chanté, en tout, trois morceaux: deux en solo, et une avec les autres chanteurs et chanteuses. Chaque artiste a eu la liberté de choisir les pièces qu’il désirait. Bïa a ouvert le bal et on a tout de suite su que le spectacle allait être à la hauteur de nos attentes ! Tant dans l’interprétation musicale que dans la gestuelle, sa prestation a été géniale. Si l’on peut trouver que dans sa performance de « J’arrive », il manquait un peu de vigueur, celle de la pièce « Amsterdam » était tout simplement juste et brillante. Pierre Flynn quant à lui a choisi de présenter « La bière ». Ce choix est plutôt judicieux puisque son passé de rockeur dans le groupe Octobre lui donnait une certaine crédibilité lorsqu’il entamait le refrain festif de la chanson. La plus grande interprétation de la soirée a été, sans aucun doute, celle faite par madame Danielle Oddera. La grande dame a livré de main de maître le morceau de la « Valse à mille temps ». Cela ne lui a valu rien de moins qu’une standing ovation (la seule de la soirée, avec celle de la finale). Marie-Élaine Thibert, qui avait d'autres obligations et se produisait le soir-même au Théâtre des Tournesols (Cowansville), était absente de la soirée. Cependant, elle a su trouver une très bonne remplaçante ! C’est Andrea Lindsay qui s’est assurée de livrer les deux pièces de la chanteuse québécoise. Ontarienne et anglophone, sa prestation, plus que réussie, du morceau « Les remparts de Varsovie » en a bluffé plus d’un – il était impossible de distinguer un quelconque accent. Là où le public s’est le plus régalé, c’est lors de la chanson « La quête ». L’œuvre demande du coffre car sa fin est en crescendo, et c’est Marc Hervieux et sa voix puissante qui s’en sont chargés. Le spectacle s’est fini avec tous les acteurs sur scène pour immortaliser « Les bourgeois ».


En quittant la salle, une vieille dame m’a interpellé : « Vous n’êtes pas un peu jeune, pour connaître Brel ? » Et pourtant, je l'étais encore bien plus lorsque mon grand-père me l’a fait découvrir et que nous l’écoutions ensemble. Le spectacle était bien plus qu’un hommage, c’était un prétexte pour faire revivre des souvenirs et des gens.