Clôture du FIJM | Bobby McFerrin et la force de la voix
Clôture du FIJM | Bobby McFerrin et la force de la voix

Publié par Judith Bonnard le Lun. 9 juillet 2018 à 17h15 - Contenu original
Musique, Bobby McFerrin, Festival, Festival international de jazz de Montréal, FIJM 2018, Jireh Gospel Choir, Maison Symphonique, Place des Arts


Un concert a capella dans la Maison symphonique, c’est une autre belle occasion de s’émerveiller devant la qualité acoustique de cette salle. Et quand, en plus, c’est avec la force tranquille de Bobby McFerrin, on touche à quelque chose de très particulier : une ode à l’improvisation, à la créativité et à l’instant. Mais surtout, au phénomène communautaire incontournable qui accompagne l’action de chanter.


Bobby McFerrin a une présence chaleureuse et calme. Il est arrivé sur scène détendu, sous les applaudissements et les sifflements d’enthousiasme de la foule. On l’attendait comme une vedette de rock.

Il était accompagné, entre autres, de David Worm, Joey Blake et le Jireh Gospel Choir de Montréal. L’atmosphère s’annonçait estivale et détendue, rien qu’aux vêtements colorés et bigarrés des chanteurs.

McFerrin a tout de suite pris le micro pour commencer des vocalises d’une grande douceur, qui ont résonné avec délice dans la Maison symphonique. Pas étonnant qu’on ait choisi cet endroit plus que tout autre pour ce concert de voix. C’est qu’à la Maison symphonique, on entend tout! De la mesure qui est battue aux semelles des chanteurs, jusqu’au frottement de cymbales. Oh! Mais attendez… il n’y avait pas de cymbales…

Les percussions, elles venaient du micro de David Worm, chanteur oui, mais aussi percussionniste vocal. Ce qu’il arrive à reproduire avec sa voix est absolument renversant. Alors que tout le Jireh Gospel Choir était en action, que chaque voix était amplifiée par un micro unique, Worm prenait la place exacte qui revenait aux lignes percussives par sa seule voix.

Les improvisations de Circlesongs

Aux premières vocalises de McFerrin, on pouvait reconnaître la ligne directrice de l’album Circlesongs, une suite d’improvisations vocales spontanées avec un chœur de 12 chanteurs. Et le spectacle s’est étiré en longues séquences, où McFerrin dirigeait le chœur à travers ses allégories musicales.

On était en pleine exploration d’une espèce de transe des voix. Un genre qui collait parfaitement à ce qu’on attend d’une chorale gospel et du bonheur à l’état pur pour les chanteurs, sur scène et dans la salle. Pour les novices par contre, certains se sentaient un peu dans un cours de chant expérimental, où on découvre l’unité des voix, dans la durée, de motifs répétés. De rares spectateurs ont trouvé peu de plaisir à ces démonstrations et ont quitté assez tôt.

Après environ trois thèmes vocaux différents, le public a eu droit à une pause, et le groupe a été chaudement nourri d’applaudissements. Puis, la séance d’improvisation s’est poursuivie, sous la direction de Worm, qui a mis à contribution le public de la Maison symphonique remplie.

Et alors, toute la salle s’est mise à chanter, avec beaucoup de force. Le son a vraiment voyagé partout autour de nous, il nous a enrobés. La sensation est assez exceptionnelle. Et comme avec le chœur, on a chanté de longues répétitions. Chaque section de la salle avait sa séquence. Au bout de trois minutes seulement, j’avais déjà mal aux cordes vocales. Je ne suis pas une chanteuse. Mais la salle, elle, a continué de résonner avec force jusqu’à la fin de l’impro.

La force du groupe

La plus belle improvisation, structurée et mélodieuse, a été réalisée par Joey Blake qui a fait participer le chœur et la salle. Blake, qui s’est chargé des basses rythmiques pendant tout le spectacle, nous a offert à ce moment une voix particulièrement aigüe, d’une grande douceur. Et la salle s’est perdue sous un « What a joy to love like a sunshine » répété. Les premiers mots de McFerrin sortant des coulisses ont été « This is wonderful! »

J’ai vu de longues ovations. Jamais comme samedi soir. Alors que McFerrin a lancé un chant répété par la salle, il a orchestré une longue sortie de scène dansante avec les chanteurs. Mais la salle n’a pas arrêté de chanter. Toute la Maison symphonique était debout, a chanté, applaudi, sans fatigue, longuement. Une fois les lumières allumées, les gens continuaient de chanter et d’applaudir! Même les techniciens de scène filmaient la scène des coulisses.


Le Jireh Gospel Choir est revenu finalement pour une finale puissante, dirigée par Carol Bernard. Bobby McFerrin, généreux, s’est également approché du public, serrant des mains sous les « I love you Bobby » pour ensuite quitter tranquillement la scène, les bras en l’air, deux doigts levés, signe de paix auquel a répondu tout le public présent ce soir-là.