Leave no trace : la contemplation d’une relation père-fille anéantie par la nature
Leave no trace : la contemplation d’une relation père-fille anéantie par la nature

Publié par Clara Bich le Mer. 11 juillet 2018 à 14h47 - Contenu original
Cinéma, Ben Foster, Debra Granik, Film, Leave No Trace, Nature, Nouvelles, Suggestions de sortie, Thomasin McKenzie

Crédit photos: Page IMBD de Leave No Trace

Après son très réaliste Winter’s Bone, Debra Granik nous offre son second long-métrage de fiction Leave No Trace. Adapté du roman de Peter Rock My Abandonment sorti en 2009, cette adaptation met en scène Ben Foster et Thomasin McKenzie, tous deux magistraux dans leurs performances. À la manière de The Revenant (Iñarritu), Leave No Trace prône les bienfaits et les difficultés que la nature apporte aux humains qui souhaitent la traverser et se l’approprier. La réaliste expose quant à elle sa nécessité de représenter une mère nature où ses personnages s’y perdent.


Will, vétéran, est le père de Tom, une jeune fille de 13 ans. Installés dans un parc dans l’Oregon et vivant dans une tente, nous comprenons rapidement que leur périple a commencé depuis la plus tendre enfance de Tom. Nous avons accès à leur adaptation dans ce parc et leurs habitudes de vie de sans domicile fixe, avant qu’ils se fassent découvrir par la police. Arrêtés, ils se retrouvent alors dans l’obligation de se sédentariser dans une petite maison de campagne. Tom va à l’école et Will trouve un travail. Ils doivent vivre entre des murs, avec du chauffage et la télévision. En s’accommodant de ces nouvelles conditions, c’est à ce moment-là que leur relation père-fille commence à se dégrader.

Du côté de la réalisation, Debra Granik sait représenter ses personnages et leur environnement. Avec une caméra relativement fixe, elle met en scène un père (Will) toujours mouvant qui semble fuir les mécanismes de son passé de soldat et les machineries qu’il a dû affronter durant la guerre. À travers une recherche ancestrale d’un retour à la nature, jusqu’à faire du feu manuellement alors qu’ils ont un barbecue électrique, Will ne semble pas accepter l’espace et le temps qui l’entourent.

La caméra reste proche des protagonistes, à la façon d'un documentaire. On note plusieurs séquences démonstratives de cette proximité, lorsque Will travaille ou bien avance dans la forêt enneigée.

Quant aux sons, leur traitement strident accentue un malaise. À la fois dans la ville par l’accumulation des bruits mécaniques, mais également dans la nature par la hantise des souvenirs, le personnage de Will semble perpétuellement indisposé et entraine sa fille dans son mal-être.

Alors que Debra Granik nous rapproche au plus près des ressentis et du mode de vie de ses personnages, certaines questions restent tout de même sans réponse : pourquoi vivent-ils dans ces conditions ? Quelles ont été les motivations de Will ? Comment peut-il rester si immuable face à sa fille lors du dialogue final ? Le manque de réponse à ces questions vient apporter un certain manque de crédibilité dans la profondeur du scénario qui, néanmoins, est excusé par la performance des deux acteurs principaux.

En effet, leur interprétation tient pour beaucoup dans la réussite du film. Thomasin McKenzie incarne une fille de 13 ans, éduquée par un père seul. Son personnage extrêmement mature et déjà maternelle transperce l’écran jusqu’à la scène finale où son évolution est culminante. Ben Foster quant à lui donne le deuxième grand rôle de sa carrière après The Program, sorti en 2015. Son personnage marqué par la guerre est mortifié jusqu’à s’affliger des privations volontaires de confort. En infligeant cette situation à sa fille, les deux protagonistes vont voir leurs rôles s’inverser et vont évoluer tout en restant sincères et authentiques.


Leave No Trace sort ce vendredi sur nos écrans. Ce très bon film, qui est passé de peu à côté du chef-d’œuvre, reste tout de même à voir. À la fois pour les performances d’acteurs et la réalisation de Debra Granik sans fausse note, proche de ses personnages et immergée dans la nature.