Les Choristes : du baume au cœur dans ce monde si fou
Les Choristes : du baume au cœur dans ce monde si fou

Publié par Ève Christian le Jeu. 12 juillet 2018 à 16h30 - Contenu original
Théâtre, Les Choristes, Monument National, Petits Chanteurs de Laval, Petits Chanteurs du Mont-Royal, Spectacle multidisciplinaire, Suggestions de sortie, Théâtre musical

Crédit photos: Ève-Line Montagne

Je me suis rendue à cette soirée sans vraiment connaître l’histoire qu’on allait me raconter, n’ayant jamais vu la réalisation cinématographique Les Choristes du Français Christophe Barratier. Étais-je la seule? Quoi qu’il en soit, j’ai préféré y aller totalement vierge, sans visionner le film au préalable.


Vous ne trouverez donc pas ici des références quant à la précision et à la justesse de ce théâtre musical par rapport au film, mais plutôt mon appréciation générale. Et d’emblée, je vous l’assure : je suis sortie de la salle de spectacle avec le sourire et dans un état de bien-être généralisé, car cette histoire fait du bien.

C’est celle de Clément Mathieu, qui, d’ailleurs, sera celui qui nous la racontera. Ce musicien compositeur devient surveillant, « pion » comme ils disent dans le jargon, à l’internat pour garçons nommée « Au fond de l’étang ». Parmi eux, des orphelins, mais aussi plusieurs qui pourraient être qualifiés de « perdus » : des enfants désobéissants, délinquants, grossiers et insolents. La vie dans cet internat fonctionne sous le régime de la peur. Un jeune fait un mauvais coup? On ne lui explique pas les conséquences ; on l’envoie plutôt au trou pour une période plus ou moins longue selon le méfait. On punit, ne laissant aucune place au pardon.

Mais l’arrivée de Mathieu vient complètement chambouler l’établissement. Ses méthodes sont basées sur la douceur et la fermeté. Sa classe est chahuteuse, il est victime de multiples moqueries, mais, malgré tout, Mathieu vouvoie ses élèves. Il apprend à les connaître et découvre la valeur de chacun d’eux. Il se sert de leur personnalité pour les responsabiliser, les impliquer dans la vie de l’internat et développer leurs aptitudes.

Ceci étant dit, ça ne sera pas simple. Il devra tenir tête au sévère et intransigeant M. Rachin, le directeur de l’établissement désillusionné, qui ne croit aucunement à la réhabilitation de ces jeunes. Comme le dira Henri Chassé, qui interprète avec brio ce sombre personnage : « Pensez-vous que j’aime ça, faire chier tout le monde?... Faut bien que quelqu’un le fasse! » (Le niveau de langage est québécois populaire et non européanisé).

Quoi qu’il en soit, Mathieu, assuré que la musique règle bien des maux, obtient finalement la permission pour mettre sur pied une chorale. Ses alliés seront le professeur Langlois et le Père Maxence.

En un peu moins de deux heures, on vivra une année scolaire à l’internat avec tout ce que ça comporte : insubordination, intimidation, accusation, méfaits, mais aussi plaisirs, amitiés et amour.



Artistes

Sur scène se côtoient des comédiens chevronnés et de jeunes chanteurs ayant peu d’expérience théâtrale; cependant, ils tirent très bien leur épingle du jeu. Deux distributions formées d’un mélange de jeunes hommes des chœurs des Petits Chanteurs de Laval (PCL) et des Petits Chanteurs du Mont-Royal (PCMR) alternent les représentations. Certains jouent un rôle plus important (dont Pépinot, Morhange et Leclerc), mais tous sont de bons comédiens. Chapeau aux directeurs, Philippe Ostiguy (PCL) et Andrew Gray (PCMR), pour avoir mené à bien cet exercice.

D’ailleurs, parmi les moments comiques de ce spectacle, figurent les auditions que Mathieu fera passer aux garçons afin de distinguer les altos des sopranos. Ouf… ils en ont dedans, comme on dit!

Et les moments tendres sont les chansons célèbres du film, si bien interprétées à plusieurs voix : « Vois sur ton chemin », « Caresse sur l’océan » et « Cerf-Volant ». Je vous défie de ne pas les fredonner ensuite pendant quelques heures…

Bravo aux acolytes de Mathieu. Renaud Paradis (le prof Langlois) est hilarant! Il m’a fait rire avec sa façon de rouler les R, ses mimiques et ses « steppettes », alors qu’il se laisse emporter par son amour de la musique. Se débrouillant fort bien au piano, on le sent frustré par l’intense discipline qu’il doit mener à l’internat; c’est pourquoi il épaule avec plaisir Mathieu dans son projet.

Père Maxence, interprété par Gary Boudreault, est un bon vivant que le directeur n’impressionne pas. Les jeunes s’attachent à lui et nous aussi.

Une seule femme fait partie de la distribution : Lynda Johnson joue la mère de Morhange, un des élèves les plus doués. M. Mathieu sera bouleversé par sa rencontre; il lui assurera que son fils a un grand potentiel musical et fera tout pour le diriger vers un avenir meilleur. Les scènes où elle est présente sont vraiment touchantes.


Henri Chassé, en méchant Rachin, est tellement convaincant! Son jeu, excellent, culmine quand il met Mathieu à la porte. Parlez aux spectateurs : ils sont encore sous le choc du réalisme de son personnage.

Et mille bravos à François L’Écuyer. J’espère qu’à l’époque des internats, ou aujourd’hui dans les écoles d’enfants en relative difficulté, il y a des Monsieur Mathieu qui croient au potentiel des enfants et aux méthodes qui sortent des sentiers battus. Il rend à merveille ce personnage et, ma foi, il a une superbe voix!

Décors, projection, mise en scène.

L’histoire se passe en 1949, en Beauce et on s’y retrouve bien par les différents éléments : les costumes, la radio qui diffuse des émissions d’époque, la classe avec son crucifix, le tableau noir, les pupitres à panneau et le chapeau d’âne que portent les élèves punis au coin.

D’ailleurs, les multiples changements de lieux exigés par l’histoire entraînent plusieurs changements de décor. Les jeunes s’en chargent efficacement. On ne perçoit aucune longueur. En quelques secondes, on passe de la classe de M. Mathieu au bureau du directeur, de l’hôpital au parc à l’extérieur de l’internat. Même pour l’excursion en forêt, on a l’impression d’y être.


Les différentes projections et effets visuels ajoutent aussi à l’ambiance. À ce chapitre, l’incendie du pensionnat est impressionnant.

Une bonne mention à Serge Denoncourt pour la mise en scène efficace et simple, mettant en valeur les comédiens et les jeunes chanteurs.

La pièce commence alors qu’un des jeunes, Pépinot, attend comme tous les samedis la visite de son père. Il ne viendra pas – il est décédé, mais l’enfant n’y croit pas.

Et c’est aussi sur un samedi que se termine la pièce. On constatera que, pour Pépinot, les samedis ne se ressemblent pas tous…



Ne manquez pas ce spectacle musical présenté par Juste pour rire : il est un baume au cœur qui permet de conclure que malgré tout, dans la vie, le bien finit parfois par l’emporter sur le mal.

À la Salle Pierre-Mercure jusqu’au 29 juillet. Pour vous procurer vos billets, cliquez ici.