Océans | James Hyndman ouvre le FIL et embrase les planches
Océans | James Hyndman ouvre le FIL et embrase les planches

Publié par Luce Langis le Lun. 24 septembre 2018 à 16h45 - Contenu original
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Crédit photos: Site internet du FIL

Le Festival International de Littérature (FIL) s'ouvrait cette année avec l'expression scénique du magnifique recueil de soliloques Océans de James Hyndman. C'est à une salle comble et littéralement suspendue à ses lèvres que le comédien – et maintenant écrivain – livrait, avec sa complice de toujours Evelyne de la Chenelière, le fruit de son travail de réflexion et d'écriture. Pour ajouter à l'envoûtement, le compositeur et pianiste Laurier Rajotte les accompagnait de ses mélodies douces et poétiques.


En ce 21 septembre, la Cinquième salle de la Place des Arts était bondée. On attendait avec fébrilité les deux comédiens de renom, si chéris des Québécois que sont James Hyndman et Evelyne de la Chenelière. Le comédien, à qui nous avons pu offrir nos félicitations après le spectacle, était particulièrement en forme et en verve ce soir-là. C'est qu'il venait de présenter, pour la première fois, ses propres textes réunis sous la forme d'un petit roman nommé Océans. De plus, c'est ce même soir qu'avait lieu le lancement officiel de son livre tout juste sorti des presses, que l'on pouvait acheter sur place. Les gens qui étaient présents à cette magnifique soirée ont donc été doublement choyés.

Nous connaissons tous l'amour que voue James Hyndman aux mots. Depuis 12 ans, il livre au public des lectures de textes au Théâtre de Quat'Sous. Ce que nous ne savions pas, c'est qu'il écrivait, en parallèle, des petits textes sous forme de soliloques, ficelés et ciselés comme des pièces d'orfèvrerie. Ces soliloques – « Discours d'une personne qui se parle à elle-même ou qui pense tout haut », selon le dictionnaire – sont l'œuvre des réflexions personnelles de l'auteur sur des situations de la vie quotidienne ou sur l'espace qui nous sépare de l'Autre. Ce sont ces pensées que l'on garde le plus souvent pour soi, mais qui n'en constituent pas moins la trame de fond de nos réflexions et de notre regard sur la vie et sur les êtres. C'est ce discours ininterrompu avec soi-même, qui tente de combler la part d'incommunicabilité entre deux êtres. C'est cet « océan » d'incompréhension qui perdurera toujours entre les deux rives des continents humains. Comme le disait si bien le grand Gilles Vigneault : « C'est ce pont que je construis de ma nuit jusqu'à ta nuit »...

Les soliloques de James Hyndman portent sur diverses situations de vie, mais surtout sur celles qui prévalent au sein du couple. Certaines m'ont davantage frappée que d'autres. Je repense à ce texte, livré avec tant d'intensité et d'émotion, où l'auteur-comédien nous parle d'un début de relation entre un homme et une femme, où chacun, tout en restant sur son quant-à-soi, tente de s'approcher de l'autre. Les détails, si infimes et si banals en apparence, prennent ici une signification tout autre, revêtus d'une amplitude, d'une complexité démesurée... La bise sociale, amicale, que l'on donne simplement en guise de trait d'union convivial, devient ici à la fois le socle et la pierre d'achoppement de ce début de relation. On s'avance doucement, on se rétracte, on prend la mesure et on analyse tout dans ses moindres détails, dans un fin ballet d'apprivoisement... Et puis, tout à coup, on s'aperçoit que cette personne de qui on avait tant espéré, de laquelle on avait décortiqué dans ses moindres détails la façon dont elle donnait la bise ou non... Eh bien, cette personne, oui cette personne tant espérée, tout à coup ne nous salue même plus, fait semblant de ne pas nous connaître! Ô déception! Ô océan d'incompréhension et de désillusion. Éclat de bulle d'espoir et de désir. Incommunicabilité des êtres.


Pendant un peu plus d'une heure, c'est à cette rencontre intense et poignante que nous ont conviés James Hyndman et sa fidèle complice de théâtre, Evelyne de la Chenelière. Tous deux nous ont livré, tour à tour, chacun des 12 soliloques écrits par James Hyndman. C'est avec une intensité et un talent exceptionnels que l'on a pu goûter à tout le suc de ces réflexions personnelles si vibrantes et parlantes, parce qu'elles touchent à l'universel. Qui de mieux que l'auteur-comédien lui-même pour nous livrer avec autant d'intensité toute la finesse des émotions de ses propres textes? Evelyne de la Chenelière, très éloquente aussi, magnifique de présence et de jeu raffiné, ajoutait la touche alcaline à ce feu incandescent.