Les plaisirs de Versailles et Actéon | Un divertissement… royal!
Les plaisirs de Versailles et Actéon | Un divertissement… royal!

Publié par Daniel Raymond le Mar. 9 octobre 2018 à 15h50 - Contenu original
Musique, Actéon, Clavecin en concert, Les plaisirs de Versailles, Luc Beauséjour, Marianne Lambert, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Musique classique, Salle Bourgie

Crédit photos: Page Facebook de Clavecin en Concert

Ce vendredi 5 octobre, Clavecin en Concert présentait Les plaisirs de Versailles et Actéon, deux charmants opéras de chambre, petits bijoux méconnus du compositeur et chanteur (haute-contre) Marc-Antoine Charpentier (1643-1704). À cette occasion, la splendide Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal a vibré aux harmonies de la doucereuse musique baroque.


Les plaisirs de Versailles ont été composés en 1682 pour – rien de moins que – l’inauguration des appartements du roi Louis XIV qui, de toute évidence, se plaisait à pendre la crémaillère avec faste. Sur une note du programme, on pouvait lire que « … ce divertissement met en scène une dispute entre la Musique et la Conversation qui finiront par se réconcilier ».

Le décor sobre et dépouillé était composé de trois longues et larges bandes de tissu beige suspendues au-dessus de la scène et percées de silhouettes de fleurs, ainsi que d’un somptueux rideau suspendu à l’avant-centre bifurquant vers la droite de la scène.

Les costumes noirs étaient généreusement agrémentés d’accessoires stylisés dans des tons de beige et semblaient être faits de carton, inspirés de l’art de l’origami. L’harmonie des couleurs entre les décors et les costumes était frappante et témoignait d’une recherche d’esthétisme, d’élégance raffinée et évocatrice de l’époque représentée.

Les coiffures des différents personnages rappelaient leur identité. Ainsi les coiffes de la Musique et de la Conversation arboraient respectivement une lyre et des lettres de l’alphabet. Quant au Jeu, son chapeau et son costume étaient rehaussés de cartes à jouer, et ainsi de suite pour les autres protagonistes.

Durant les quelque 30 minutes qu’a duré cet agréable divertissement, les six chanteurs ont tiré profit d’une mise en scène privilégiant la fluidité et le mouvement. Tous m’ont semblé être totalement investis dans leurs personnages et plutôt en voix. Les danseuses se sont distinguées par leur pertinence et leur performance et ont généreusement contribué à l’action.

La distribution se composait de la soprano Jacqueline Woodley (la Musique), de la mezzo-soprano Stéphanie Pothier (la Conversation), du baryton Pierre Rancourt (Comus et chœur), du contreténor William Duffy (le Jeu, le Plaisir et chœur), la soprano Ariadne Lih (chœur), du contreténor Nicholas Burns (chœur) et des deux danseuses Marie-Nathalie Lacoursière et Stéphanie Brochard.

Après la pause, c’est Actéon (composé en 1684) qui nous a fascinés durant 35 – trop courtes – minutes.

Cette tragédie raconte le sort tragique réservé au chasseur Actéon, qui a malencontreusement aperçu Diane – déesse de la chasse – se baignant nue en compagnie de ses nymphes. En effet, changé en cerf suivant l’impitoyable volonté de la déesse, il mourra dévoré par ses propres chiens.

Le décor était réduit à cinq bandes de tissu tendues de haut en bas de la scèneen formant un triangle, et à quatre éléments abstraits posés sur le sol et représentant des arbres.

Les chasseurs, vêtus de noir, portaient tous un plastron beige arborant le dessin d’une tête de cerf. Par-dessus leurs vêtements noirs, les nymphes portaient une robe longue scintillante de couleur or rappelant une toge romaine, tandis que Diane portait une longue et chatoyante robe or et était coiffée d’un diadème.

Tous les chanteurs et chanteuses ont été vocalement à la hauteur et ont joué leur rôle avec énergie et conviction.

La distribution réunissait le ténor Philippe Gagné (Actéon), la soprano Marianne Lambert (Diane), la mezzo-soprano Stéphanie Pothier (Junon et Hyale), la soprano Ariadne Lih (Aréthuse et Daphné), les danseuses Marie-Nathalie Lacoursière et Stéphanie Brochard, et dans le chœur des chasseurs ou des nymphes, on retrouvait la soprano Jacqueline Woodley, l’alto Marie-Nathalie Lacoursière, les ténors Bernard Cayouette et Philippe Gagné, le contreténor William Duffy, le baryton Pierre Rancourt et la basse Léo McKenna.

Mention toute spéciale pour la ravissante soprano Marianne Lambert et l’élégant baryton Pierre Rancourt dont je cours les prestations depuis leur stage à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. J’ai eu le plaisir de les voir et de les entendre à de multiples reprises et ils m’ont constamment impressionné par l’indéniable qualité de leur voix et le vérisme de leur jeu. Encore une fois, et entourés de collègues fort talentueux, ils ont brillamment été à la hauteur des attentes qu’ils ont eux-mêmes suscitées et auxquelles ils nous ont habitués.

Luc Beauséjour, directeur artistique de Clavecin en concert, était au clavecin et à la direction d’un orchestre réunissant dix-sept musiciens. Jamais la musique n’a été envahissante et préjudiciable aux voix. Toujours elle s’est fait évocatrice, portante, complice et accompagnatrice de l’action. Le maestro a dirigé de main de maître et nous a servi une musique des plus lyriques.

Tous ces talentueux artistes ont évolué dans des décors et costumes de Marc Sénécal, une mise en scène et chorégraphie de Marie-Nathalie Lacoursière pour Les Plaisirs de Versailles, une chorégraphie de Stéphanie Brochard pour Actéon, et sous la régie et les éclairages d’Audrey Janelle. Ces derniers font partie de la compagnie Les Jardins chorégraphiques fondée en 2007.

En conclusion, l’ovation debout a été longue, chaleureuse, bruyante et surtout fort méritée.


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