Au Poste! | Comme à son habitude, Quentin Dupieux surprend avec ce nouveau film
Au Poste! | Comme à son habitude, Quentin Dupieux surprend avec ce nouveau film

Publié par Clara Bich le Ven. 19 octobre 2018 à 17h00 - Contenu original
Cinéma, Axia Films, Benoît Poelvoorde, Comédie, Comédie policière, Entrevue, Film de genre, FNC, Grégoire Ludig, Orelsan, Portrait, Quentin Dupieux, Suggestions de sortie

Crédit photos: Site officiel du Festival du Nouveau Cinéma

Quentin Dupieux marque son grand retour au cinéma avec son nouveau film Au Poste!, une œuvre à mi-chemin entre la pièce de théâtre et l’objet purement métafilmique : de quoi surprendre, faire rire et éblouir. Récipiendaire du Prix du Public Temps Ø au Festival du Nouveau Cinéma (FNC), Au Poste! est en salle depuis vendredi 19 octobre. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig et le rappeur Orelsan, mais aussi des caméos d’Alain Chabat et de Michel Hazanavicius, cet objet filmique inhabituel vous fera passer un moment de cinéma loufoque et assez surprenant !


Du théâtre au métafilm

Dans Au Poste!, Fugain (Grégoire Ludig) donner sa déposition au commissaire Buron (Benoit Poelvoorde) après avoir fait la découverte d’un cadavre en bas de son immeuble. L’interrogatoire va alors durer toute la nuit et des intermèdes narratifs surprenants vont surgir au fur et à mesure de la narration. En ne sortant pas du commissariat, vous rentrerez dans les souvenirs de Fugain grâce à des artifices cinématographiques maîtrisés. Étonnement, ce film extrêmement métafilmique utilise beaucoup de codes théâtraux. Quentin Dupieux nous en dit davantage : « Je savais que j’écrivais une sorte de comédie à texte qui fonctionne comme une pièce de théâtre. On ouvre les portes, on les referme et au final on est entre deux personnages qui discutent : c’est une pièce de théâtre. Sur un film comme ça – comme au théâtre – on ne peut pas improviser. Je ne suis pas friand de l’improvisation, qui est un domaine à part entière. C’est un mode d’écriture particulier et on ne peut pas s’improviser improvisateur. Dans Au Poste!, l’improvisation n’a jamais été prévue. En revanche, la naturalisation, le fait que le texte soit très écrit et que le comédien se l’approprie pour le rendre naturel, ça oui. Tous les jours il y avait un travail de naturalisation pour que les dialogues aient l’air réalistes et confortables dans la bouche des acteurs. »

Finalement, bien que Quentin Dupieux nous livre un film fascinant dans la forme et loufoque dans le fond, l’idée d’une pièce de théâtre semble présente. Il nous précise : « Je n’ai jamais écrit des pièces et je ne pense pas en écrire dans le futur. Je ne connais rien à la mise en scène de théâtre et je ne me sentirais pas légitime de faire du théâtre, alors qu’en cinéma, mon outil je le forge depuis que j’ai 15 ans. À chaque film, j’apprends des choses et j’ai l’impression de les maîtriser. Mais j’aimerais bien que quelqu’un fasse une mise en scène théâtrale d’Au Poste!, ça oui ! »


Un non-sens spatio-temporel : découverte d’un univers absurde et captivant !

Dupieux nous transpose dans un univers complètement fictif, hors du temps, où internet, les machines à écrire, les styles vestimentaires des 1970's, les teintes « café au lait » et les personnages à un seul œil se mélangent. Cet espace-temps bien à lui s’aligne avec la folie de ses précédents films et nous montre à quel point Quentin Dupieux est un artiste complet et autodidacte. En plus d’être le réalisateur, le scénariste et le monteur de ses films, il nous détaille son processus de création : « Il y a plusieurs étapes. Au début, le film c’est du texte, il est fantasmagorique. Après, il faut le faire. Pour la création de cette dimension 1970's, j’ai fait des essais caméras pour définir mon mode de prise de vue car je suis également mon propre chef opérateur. J’ai essayé des objectifs différents et je me suis arrêté sur un vieux zoom des années 1980, qui fait cette image un peu sale, jaunâtre. Donc ce n’est pas un travail de post-production, tout a été fait au tournage, ce qui m’amuse beaucoup. En parallèle, ma femme fait les décors et la direction artistique. On avait envie de mettre des objets charmants qui nous rendent un peu nostalgiques d’une époque, et finalement, pourquoi s’ennuyer à reproduire la réalité ? C’est un film, autant s’amuser à créer des choses, c’est plus sympa quand même. »

En plus d’être réalisateur, Quentin Dupieux est également connu sous le nom de Mr. Oizo, un musicien français, avec neuf albums de musique électronique à son actif. Vous pouvez d’ailleurs retrouver ses créations musicales dans Steak, Rubber ou Wrong Cops, ses précédents longs-métrages. Quentin Dupieux semble finalement être un homme méthodique, cartésien et féru de travail. Aujourd’hui, il nous explique ne plus vouloir mélanger ses différentes casquettes : « Tous mes anciens films, jusqu’à Réalité, disposaient de ma musique. C’était chouette et marrant de faire communiquer les deux univers et de créer une passerelle pour lier les deux publics : à la fois ceux qui étaient là pour la musique de Mr. Oizo et ceux qui étaient là pour le film de Quentin Dupieux. Maintenant, je ne veux plus polluer mes films avec ma musique. »

Au Poste!, ce huis clos d’une heure, est fascinant de par son écriture. Bien que le montage rajoute du rythme dans les dialogues et les plans, c’est en effet un film théâtral. Dupieux nous en dit davantage : « Personne ne réalise à quel point c’est compliqué de faire simple, car ça ne se voit pas. Mon cinéma est artisanal. Cet aspect simpliste et minimaliste, cette clarté et cette pureté dans ce film n’est vraiment pas simple à obtenir. C’est un film où je devais faire du montage avant même le montage en post-production, pendant le scénario et sur le plateau. Au Poste! c’est une partition précise, avec un récit linéaire et construit. »

Avec ce nouveau film extravagant dans sa simplicité, vous rirez à de multiples reprises ! On notera les performances des acteurs qui sont toutes à la hauteur de l'univers loufoque du film. Benoît Poelvoorde, comme il sait si bien le faire, nous convainc grâce à sa franchise et sa justesse. Grégoire Ludig est quant à lui la belle révélation du film. Orelsan dans le rôle de Sylvain est infantilisé et surprendra plusieurs de ses fans et, finalement, Alain Chabat livre un cri final qui vous fera comprendre un lien surprise avec le film Réalité !


En salle le 19 octobre 2018, Au Poste! est un moment de cinéma un peu fou à savourer avant l’arrivée du nouveau film de Quentin Dupieux, Le daim, avec Jean Dujardin. Ce prochain film, dont il parle comme « un nouveau chapitre de sa vie », sortira en parallèle de son nouvel album en 2019. atuvu.ca vous conseille de suivre la carrière de Quentin Dupieux de près car il va vous surprendre !