I Musici | Portraits de femmes : Hommage à la beauté de l'âme féminine
I Musici | Portraits de femmes : Hommage à la beauté de l'âme féminine

Publié par Luce Langis le Mar. 23 octobre 2018 à 17h00 - Contenu original
Musique, Ana Sokolovic, Anne-Marie Cadieux, I musici, Maison Symphonique, Musique sacrée, Portraits de femmes

Crédit photos: Site de la Place des Arts

Dans le cadre de ses « Grandi Concerti », l'Orchestre de chambre I Musici présentait, sous la baguette de son chef Jean-Marie Zeitouni, le grand concert Portraits de femmes. Ce 21 octobre dernier, la Maison symphonique résonnait de toutes ces voix de femmes qui, tels des appels de sirènes, appelaient à l'harmonie, à la beauté et au sacré de l'essence féminine. Retour sur un spectacle réunissant tout un bouquet de talents.


Ce concert exceptionnel visait à rendre hommage aux femmes qui, à travers les âges – et souvent contre vents et marées – ont réussi à donner à l'humanité de si belles pièces musicales ou d'autres créations artistiques. La littérature occupait, de ce fait, une place de choix dans ce concert hors-norme qui a enchanté les mélomanes présents. Ainsi, entre chaque pièce musicale, la comédienne Anne-Marie Cadieux récitait, avec tout le talent qu'on lui connaît, des extraits littéraires provenant de grand(e)s poètes et écrivain(e)s.

En ouverture de programme, l'Orchestre de chambre, accompagné du Chœur de chambre Schulich, nous a offert la très belle Symphonie de l'harmonie des révélations célestes de la religieuse Hildegarde von Bingen. Ce magnifique recueil de monodies sacrées, dans le style grégorien, nous a magiquement transportés dans l'atmosphère recueillie des monastères bénédictins du XIIe siècle. Un voile de paix, de silence et de recueillement s'est alors doucement déposé sur les spectateurs présents, les préparant ainsi au festin de beauté qui allait suivre.

La voix d'Anne-Marie Cadieux, vibrante et expressive, nous a ensuite livré un extrait du roman Femmes qui courent avec les loups de la romancière contemporaine Clarissa Pinkola Estes. Cette dernière, également conteuse et psychanalyste, est à l'origine du concept de « femme sauvage » et du processus d'individuation et de connaissance de soi nécessaire au développement de toute femme. C'est donc une figure phare du féminisme contemporain. La comédienne a par ailleurs interprété divers textes importants de la littérature féministe et féminine, tels des extraits de la poésie de Marie Uguay, ainsi que « La lettre de suicide à son mari » et « Une chambre à soi » de Virginia Woolf, pour ne nommer que ceux-là.

Pendant la première partie du concert, plusieurs grandes pièces du répertoire classique ont été présentées. Mentionnons entre autres La naissance de Vénus de Respighi, le « Cosi fan tutte, Acte 1 » de Mozart où les solistes Cécile Muhire (soprano) et Mireille Lebel (mezzo-soprano) ont ébloui la salle de leurs voix de cristal. La pièce Les Sirènes de Lili Boulanger, interprétée par la soliste Florence Bourget (mezzo-soprano) accompagnée du chœur, a quant à elle transporté les auditeurs dans la grande intériorité de l'âme féminine.

Même si les femmes ont eu du mal à faire entendre leurs voix avant l'avènement de la Renaissance, heureusement, elles sont de plus en plus nombreuses à pouvoir enfin exprimer leurs talents. Ainsi, I Musici a voulu faire connaître l'œuvre Svadba (Mariage) de la compositrice montréalaise d'origine serbe, Ana Sokolovic. Cette pièce, de loin la plus originale du concert, a été conçue pour six voix féminines a cappella et une percussion. Renouant avec ses origines, Sokolovic s'est inspirée des chants traditionnels des Balkans pour évoquer du point de vue féminin ce rite de passage que constitue le mariage, ou plus précisément « l'enterrement de la vie de jeune fille ». Ainsi, deux groupes constitués de trois solistes passent cette ultime nuit avant le mariage de l'une d'elles, en se racontant des blagues et en s'interpellant de façon très amusante.

Il est impossible de décrire ici toutes les pièces marquantes de ce concert, mais je soulignerais la magnifique pièce du compositeur contemporain Éric Champagne, intitulée Le chant des matières : Tombeau de Louise Viger. Cette création dédiée à la mémoire de la sculptrice québécoise Louise Viger, décédée récemment, est certainement l'une des plus belles du concert. Livrée par six voix féminines accompagnées par l'orchestre de chambre, elle évoque la beauté aérienne, la douceur incarnée et la pureté de l'âme féminine. Les six voix se répondent, s'enchaînent et s'enroulent, tel un long foulard de soie dans la galaxie des vents...


En quelques mots, ce concert fut un vrai régal musical et littéraire, qui laissera sans nul doute un souvenir prégnant dans le cœur des mélomanes présents.