Les Violons du Roy | Une cérémonie des Lumières bénie des dieux
Les Violons du Roy | Une cérémonie des Lumières bénie des dieux

Publié par Luce Langis le Mer. 7 novembre 2018 à 16h55 - Contenu original
Musique, Bernard Labadie, Chœur de la Chapelle de Québec, Karina Gauvin, La cérémonie des Lumières, Lawrence Wiliford, Maison Symphonique, Musique classique, Violons du Roy

Crédit photos: Page Facebook des Violons du Roy

C'est le samedi 3 novembre dernier que l'orchestre de chambre Les Violons du Roy, accompagné du chœur de la Chapelle de Québec et de quatre excellents solistes, présentait, aux mélomanes ravis que nous étions, le concert si justement nommé La cérémonie des Lumières. Dirigé par M. Bernard Labadie, fondateur et chef d'orchestre à la sensibilité exceptionnelle des Violons du Roy, ce concert présenté à la Maison symphonique a été sans contredit l'un des plus beaux et lumineux que j'aie eu la chance d'entendre.


D'entrée de jeu, maestro Labadie nous a annoncé que la soprano Karina Gauvin avait dû remplacer au pied levé la soliste initialement prévue. Pourtant, rien n'y a paru. La première partie du concert se composait de la magnifique Messe du Couronnement (Krönungsmesse) de Mozart, écrite en 1779, et célébrant la dévotion à la Vierge. Le Krönungsmesse comprend les cinq parties traditionnelles de la messe catholique : le Kyrie, le Gloria, le Sanctus, le Benedictus et l'Agnus Dei.

La fébrilité des violons, les nuances des instruments, la qualité et la musicalité des voix des solistes et du chœur, associées à la très grande finesse de Bernard Labadie, ont fait de cette œuvre une véritable fête pour l'ouïe et le cœur.

Le bref Kyrie ouvrait solennellement l'œuvre, et mettait en scène la soprano Karina Gauvin – à la voix plus pure que le cristal –, la mezzo-soprano Mireille Lebel, le ténor Lawrence Wiliford et le baryton Neal Davies, qui rivalisaient de ferveur avec le chœur. L'orchestre, incluant les hautbois, les cors, les trompettes et les timbales, donnait à l'œuvre un éclat et une somptuosité renouvelés. Le Gloria, divisé en trois parties juxtaposées, mettait en relief les deux volets au style engageant qui encadraient une partie plus sombre, et faisait alterner le chœur et les solistes à la manière d'un concerto... Les spectateurs étaient ravis.

Après le dynamique Credo aux forts accents rythmiques, s’en est suivi un court moment de recueillement lors de l'incarnation et de la crucifixion du Christ. La résurrection a cependant apporté la joie à travers un triomphal fugato. Après le Sanctus, toujours majestueux, et l'Hosanna toujours impressionnant de fierté et de solennité, le Benedictus, quant à lui, laissait libre cours à l'épanchement lyrique du quatuor vocal, entrecoupé par des salves de l'Hosanna. Pour terminer, l'Agnus Dei présentait une délicate et tendre prière de la soprano, qui nous a presque tiré des larmes tellement c'était beau. Enfin, les solistes et le chœur ont repris le thème du Kyrie, pour boucler la boucle et chanter la paix retrouvée.

Après tant de beauté et une telle élévation de l'âme, une pause s'imposait pour aller célébrer ces moments de bonheur avec un délicieux verre de vin...

La deuxième œuvre présentée était la Messe Nelson de Joseph Haydn. Composée en 1798, cette messe est sans doute la plus célèbre des six grandes messes composées pendant cette période. Ayant un caractère plus inquiet, plus dramatique, elle reflète probablement les inquiétudes que suscitait en Autriche la prodigieuse ascension du général Bonaparte. Construite avec un effectif assez modeste comprenant un chœur, quatre solistes, cordes, trompettes, timbales et orgue, la tonalité en ré mineur de cette pièce lui donne une grandeur quelque peu tragique. Avec le martèlement des trompettes et des timbales, c'est dans l'inquiétude et la tragédie que commence le Kyrie. Haydn met l'accent sur les chœurs, limite l'intervention des solistes et développe un riche agencement contrapuntique avant le retour du thème du Kyrie.

Les autres parties de la messe nous ont fait vivre tour à tour la joie et la fête, la contemplation dans la tendresse, la profondeur du recueillement, l'imploration du pardon et la force de l'espérance.


En quelques mots, ces deux œuvres grandioses nous ont fait vivre, dans un chassé-croisé intense et ininterrompu, un ballet vocal où les chœurs répondaient avec ardeur aux solistes, appuyés par les instruments qui vibraient de toute leur vigueur et leur sensibilité... D'un doigt magique, maestro Labadie dirigeait cet ensemble qui nous ouvrait, toutes grandes, les portes du ciel. Pour découvrir les prochains concerts des Violons du Roy, cliquez ici.