« Nos Batailles », drame sociétal juste et sincère | Entrevue avec le réalisateur Guillaume Senez
« Nos Batailles », drame sociétal juste et sincère | Entrevue avec le réalisateur Guillaume Senez

Publié par Clara Bich le Mar. 13 novembre 2018 à 15h55 - Contenu original
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Crédit photos: Page Facebook de Cinemania

Nos Batailles est le second film du réalisateur franco-belge Guillaume Senez. Ce long-métrage sur la responsabilité et la paternité met en scène Romain Duris en père monoparental. Avec deux enfants à charge et un travail à temps plein dans un entrepôt, Olivier (Romain Duris) va essayer de maintenir ses vies familiale, professionnelle et amoureuse, entouré de différentes femmes qui vont le faire grandir. Guillaume Senez s’est livré à atuvu.ca dans le cadre du festival Cinemania, où son film était projeté en première nord-américaine avant de sortir en salle le 9 novembre.


Guillaume Senez, avec son premier film Keeper sorti en 2016, nous avait déjà démontré sa direction d’acteurs hors pair dans ce film sociétal, franc et juste. Cette année, avec Nos Batailles, Senez nous livre un cinéma rempli d’émotion et d’empathie comme il sait si bien le faire : « J’essaye de faire un cinéma sociétal plutôt que social. J’aime que le spectateur fasse son propre chemin et qu’on ne lui montre pas les choses frontalement mais en filigrane, comme l’est la répercussion du monde du travail sur les personnages dans Nos Batailles. »

Avec un processus d’écriture et de réalisation bien à lui, Guillaume Senez nous précise son travail : « Quand j’écris, je ne pense pas aux acteurs, j’aime bien être dans mon imaginaire. Dès que j’ai une structure narrative, alors je me demande qui pourrait incarner un personnage et j’aime bien me surprendre. Avec Romain Duris, on s’est rencontrés et on a parlé de ma façon de travailler. Il était très emballé. Il faut savoir que je ne donne pas de dialogues aux comédiens. Ils sont écrits donc ce n’est pas de l’impro, mais c’est plus subtil que ça. On commence par de l’improvisation et on arrive aux dialogues: c’est une étape de travail. L’idée c’est de sublimer le scénario, de le rendre meilleur. On garde une spontanéité de quelqu’un qui chercher ses mots ou bien de personnes qui se parlent en même temps. Ce sont des choses qui se passent dans la vie de tous les jours et qu’on a tendance à gommer au cinéma. J’aime retrouver ce côté un peu naturaliste dans mes films, ça me plait beaucoup. »

Avec deux enfants sur le plateau qui incarnent Rose et Eliott, les enfants d’Olivier, Guillaume Senez revient sur sa direction d’acteurs : « On dit toujours que la direction d’acteurs c’est difficile, car les comédiens doivent être connectés. Là, ils sont obligés d’être connectés car ils ne savent pas ce que l’autre va dire. Ils sont obligés de se regarder, de s’écouter, d’être ensemble, et ça, ça marche particulièrement bien avec les enfants. Ça crée une espèce de synergie qui est assez intéressante. »

Alors qu’Olivier se fait quitter par son épouse du jour au lendemain, il se retrouve entouré de femmes comme il ne l’avait jamais été, que ce soit dans son milieu professionnel ou familial. Coécrit avec la scénariste Raphaëlle Valbrune-Desplechin, Nos Batailles se concentre sur les difficultés que vit un homme avec un point de vue assez féministe. Guillaume Senez nous en dit davantage : « Ce qui a été super avec Raphaëlle, c’est qu’on a tout de suite rêvé du même film. C’était assez magique, tout a été simple et on est vite arrivés à une première version de scénario où le personnage d’Olivier est entouré de femmes qui le font grandir dans son cheminement d’être père. Il va essayer de reproduire la dualité perdue qu’il avait avec sa femme Laura, avec sa sœur, puis sa mère et sa collègue. Raphaëlle, ma coscénariste, a certainement apporté un point de vue féminin dans l’histoire, mais il y avait une volonté, dès le départ, de faire un film féministe. La volonté de parler de la liberté de la femme et de ne jamais la juger par rapport à son départ. Aujourd’hui, c’est encore quelque chose d’hyper tabou, une femme qui abandonne ses enfants. Quand on a commencé à écrire, on s’est rendu compte de l’ampleur du sujet, à quel point il pouvait être violent et tabou. Mais alors, il fallait en parler et le montrer. »

Bien que Guillaume Senez livre un film naturaliste et sociétal, il n’en est pas moins esthétique. Nos Batailles est un film bleu. Complètement bleu. « Dans ma façon de travailler, je laisse énormément de liberté de mouvements à mes comédiens, sans savoir ce qu’il peut se passer. Plus les comédiens ont de la liberté, plus nous avons des contraintes techniques. Ainsi, la caméra à l’épaule et le zoom deviennent une nécessité, car on ne sait pas ce qu’il va se passer, ce qui limite grandement l’esthétisme. Bien que j’aimerais faire un film très formel et très beau un jour, la direction d’acteurs est prioritaire pour moi. Dans Nos Batailles, comme on n’éclaire pas les comédiens, on amène de l’esthétisme avec les couleurs, les décors et les costumes. C’est une vraie volonté de faire le plus beau film possible. » En effet, un camaïeu de bleus s’installe tout au long du film et vient souder les personnages entre eux en les ancrant dans des espaces bien précis.


Avec ce deuxième film, Guillaume Senez prouve qu’il est un grand réalisateur. Sa direction d’acteurs, sa caméra, les émotions de ses personnages et l’esthétisme des plans : tout fonctionne. En salle depuis le 9 novembre partout au Québec, ce drame franco-belge vous bouleversera par sa justesse. Un sans-faute !