Bilan de Marcel Dubé au TNM | Une très belle réussite!
Bilan de Marcel Dubé au TNM | Une très belle réussite!

Publié par Luce Langis le Lun. 19 novembre 2018 à 17h15 - Contenu original
Théâtre, Benoît Vermeulen, Bilan, Guy Jodoin, Marcel Dubé, Suggestions de sortie, Sylvie Léonard, Théâtre du nouveau monde

Crédit photos: Yves Renaud

Quelle merveilleuse soirée j'ai passée jeudi dernier, lors de la première de la pièce Bilan de Marcel Dubé, présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM)! Le metteur en scène Benoît Vermeulen a su garder intact l'esprit des années 1960, époque à laquelle la pièce a été créée (d'abord sous forme de téléthéâtre, celle-ci était présentée au petit écran dans le cadre des Beaux Dimanches). À l'image des deux époques placées en miroir – celle du début de la Révolution tranquille et la nôtre –, la distribution regroupe des comédiens très expérimentés, notamment Guy Jodoin et Sylvie Léonard dans les rôles-titres, et d'autres comédiens de la nouvelle génération.


Le monde de Marcel Dubé, présenté à la télé de Radio-Canada, a constitué une porte d'entrée sur le monde de la culture pour toute une génération, celle des jeunes des années 1960 et 1970. Sans cette série de téléthéâtres présentés de 1968 à 1971 – et plus largement de 1952 à 1972 –, plusieurs parmi nous ne fréquenteraient pas les théâtres aujourd'hui! Pendant deux décennies, les Québécois ont célébré à leur façon leur « messe culturelle » en étant rivés au petit écran le dimanche soir, pour regarder religieusement Les Beaux Dimanches. Que de belles heures passées!

L'œuvre de Marcel Dubé comprend une vingtaine de téléthéâtres – dont Bilan, présenté pour la première fois en 1960 à Radio-Canada –, des feuilletons et de nombreuses pièces de théâtre. Son œuvre est constituée d’une denrée très rare de nos jours : le contenu! Les pièces de Marcel Dubé sont denses, intenses, lucides et sans faux-fuyants. Elles contiennent à elles seules tout un monde.Mettant en scène généralement des familles ou des couples, elles scrutent les âmes sans filtre – mais avec humanité – à la recherche de la vérité brute des êtres. Dans les textes de Marcel Dubé, rien ni personne n'est épargné, et cette honnêteté des sentiments en fait toute sa force et son intérêt. Le drame est donc la matière première de ses textes. Heureusement, le politically correct n'était pas de saison à cette époque et n'aplanissait pas, comme aujourd'hui, toutes les aspérités de la vie. C'est donc à du diamant brut que nous avons affaire avec les textes de Marcel Dubé.



Argument

Campé au début des années 1960, alors que l'Union nationale vient d'être battue aux élections, William Larose (Guy Jodoin), nouveau petit bourgeois prospère, fait un party chez lui afin de relancer ce parti. Il annonce alors qu'il en devient l'organisateur en chef. Aveuglé par les mirages du pouvoir, il ne se rend pas compte que tout ne peut pas se régler à la baguette et qu'il ne peut pas non plus avoir le contrôle sur les gens qui l'entourent. C'est l'époque de la révolte et de la remise en question des adolescents face au pouvoir exagéré des parents. Ainsi, ses trois enfants Suzie (Rachel Graton), Guillaume (Mickaël Gouin) et Étienne (Jonathan Morier) vont lui faire faux bond, chacun à sa façon. Ils choisissent de vivre leur vie comme bon leur semble et de défier ouvertement leur père. Sa femme, Margot Larose (Sylvie Léonard) est le prototype même de l'épouse modèle des années 1960. Mère au foyer, soumise à son mari, son univers se résume à ses enfants et son titre est « reine du foyer ».Elle n'a pas droit au chapitre lorsqu'il s'agit de décisions importantes relatives à son mari et au bien-être de la famille. « Entretenue », ne manquant de rien financièrement, elle s'ennuie ferme au sein d'un couple qui ne lui apporte ni chaleur, ni défi, ni affection. C'est ainsi que son cœur esseulé s'amourache du meilleur ami de son mari.

Trahi ainsi par sa famille et par son meilleur ami, William Larose constate l'échec de sa vie sentimentale et sa profonde solitude. L'élément du décor, constitué de quatre murs nus qui se referment sur lui à la fin, est très éloquent.

Dans ce drame familial, Dubé traite de tous les thèmes relatifs à l'époque du début de la Révolution tranquille. Cette période charnière rompt définitivement avec la période de la Grande Noirceur. On assiste à un clash des valeurs. Ainsi, alors que le premier ministre Maurice Duplessis avait l'habitude de diriger la Province d'une main de fer, et « d'acheter » les journalistes, le héros de Dubé, William Larose, tente aussi « d'acheter » les gens autour de lui... Mais ce stratagème ne fonctionnera plus. En ce qui concerne le sort des femmes, il change également drastiquement. Celles-ci commencent à s'émanciper et à refuser leur rôle traditionnel de femmes soumises.

Benoît Vermeulen a choisi une mise en scène le plus près possible du texte et de l'époque. C'est tout à son honneur. Il respecte ainsi le vœu de Marcel Dubé, qui désirait que la mise en scène ne prenne pas le pas sur le texte de l'auteur. Mariant habilement les séquences vidéo pour rappeler que ce texte avait d'abord été écrit pour la télévision, il marque le temps passé entre les deux époques en prenant des photos, telles des « captures d'écran », tout au long du spectacle. Cet élément était-il nécessaire? J'en doute... mais peu importe : le résultat global est une vraie réussite et un pur délice.



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