Passagers à la TOHU | Un voyage hors du temps
Passagers à la TOHU | Un voyage hors du temps

Publié par Laure Neria le Ven. 23 novembre 2018 à 17h15 - Contenu original
Cirque, 7 doigts de la main, Acrobaties, Activités familiales, Colin Gagné, Jonglage, Passagers, Spectacle multidisciplinaire, Suggestions de sortie, TOHU

Crédit photos: Andrew Miller

Jusqu’au 5 janvier 2019 à la TOHU, la compagnie Les 7 doigts de la main présente Passagers, sa nouvelle création inspirée d’un voyage en train, mêlant acrobaties et histoires humaines.


C’est sous l’étendard québécois que la TOHU fête cette année son quinzième anniversaire, quinze ans dédiés à l’amour du cirque qui se concrétisent dans une programmation soucieuse de mettre en avant les talents québécois. Pour cette première mondiale, l’édifice culturel fait peau neuve et se transforme en gare, projections vidéo et sons à l’appui, afin d’accueillir le dernier spectacle de la compagnie des 7 doigts qui a ouvert en 2018 son propre centre de création et de production, au cœur du Quartier des spectacles.

Avant même d’entrer en salle, l’horloge centrale trône au plafond et des rails traversent tout le hall de la TOHU. Bruit de roulement, cloche de gare et sifflements de train envahissent l’espace avant d’entraîner les spectateurs dans un voyage envoûtant. Sur scène, huit personnages plongés dans une lumière tamisée respirent en cadence et nous embarquent dans leur wagon imaginaire. En hauteur, un long écran horizontal recouvert de papiers froissés projette des paysages lointains, vastes plaines et visages contemplatifs dans lesquels s’abandonner. Le ton est donné: cette envolée ne sera pas tant un désir d’ailleurs, qu’une réflexion empreinte de nostalgie composée d’un ensemble d’histoires de fuites, de regrets et de rencontres.

Au fil des numéros tous plus aériens les uns que les autres, les passagers s’illustrent au ruban, cerceau, jonglage, trapèze ou encore à l’art du funambule, dévoilant ainsi le contenu de leurs bagages et de leur vie au public. Des paysages défilent en mapping vidéo sur les murs de la TOHU, et donnent à voir les kilomètres traversés par ces corps qui bougent sans cesse. Le mouvement est partout, constant, mais heureusement parfois le temps s’arrête. La grâce s’empare alors de la scène, comme le réussit très bien l’artiste Maude Parent qui livre une performance mémorable. Tandis que résonne Creep de Radiohead, la jeune femme se contorsionne à la manière d’un démon facétieux qui joue avec le temps et ses compagnons de voyage. Sa puissance théâtrale s’illustre aussi au micro, où quelques minutes plus tard, elle troque son sourire de joker pour celui d’une sensuelle chanteuse à la voix alto.

Autour, un ballet gracieux de lumières mouvantes s’agite, portées par les artistes eux-mêmes. La création musicale de Colin Gagné rythme le spectacle entre piano et violons lancinants, swing et tango. La musique, qui alterne entre session tantôt langoureuse, tantôt dynamique, accompagne le brassage de thèmes aussi divers que les adieux ou la frontière.

Dans l’empreinte des corps, le temps se dilate, les mouvements restent suspendus à la mélancolie du voyage. Ainsi, un des artistes énonce une parole qui semble résumer la pièce: « Pas de destination, pas d’arrivée, pas de dénouement ». Nous sommes spectateur d’un hors-temps, où l’on regrette parfois les textes qui manquent de fluidité, mais où les corps eux réussissent le pari de se suspendre à nos yeux.


Direction et chorégraphie
Shana Carroll
Assistance à la direction artistique
Isabelle Chassé
Sur scène
Sereno Aguilar, Freya Wild, Louis Joyal, Conor Wild, Maude Parent, Samuel Renaud, Brin Schoellkopf, Sabine Van Rensburg
Conception des décors
Ana Cappelluto
Conception lumière
Éric Champoux
Conception des costumes
Camille Thibault-Bédard
Direction musicale
Colin Gagné
Conception vidéo
Jean Ranger
Régie
Charlotte Legault
Direction de production
Sabrina Gilbert
Entraîneur chef
Francisco Cruz
Direction technique
Simon Lachance
Entraîneuse duo trapèze et tissus
Véronique Thibault