Foirée montréalaise | Le Plateau dans (presque) tous ses états
Foirée montréalaise | Le Plateau dans (presque) tous ses états

Publié par Léa Arthémise le Jeu. 6 décembre 2018 à 9h00 - Contenu original
Conte, Brigitte Saint-Aubin, Foirée montréalaise, Le Plateau-Mont-Royal, Martin Desgagné, Pascal Contamine, Suggestions de sortie, Tatiana Zinga Botao, Théâtre Urbi et Orbi

Crédit photos: Courtoisie Théâtre Urbi et Orbi - LIGHT

Comme chaque année, bravant le froid, je me dirige vers le Théâtre de la Licorne d’un pas guilleret. Ce soir, je participe à un party de grande famille dans la plus stricte des traditions.


Depuis 2015, la Foirée montréalaise se donne pour mission de présenter les « talents » d’un quartier de Montréal. Dans son écosystème, chaque arrondissement représente un membre d’une famille étendue. Une allusion délibérée aux grandes réunions de famille du temps des fêtes.


En 2018, le Plateau-Mont-Royal, ce quartier emblématique dans lequel siège le Théâtre de la Licorne, est à l’honneur. Le Plateau, c’est un bouillon de culture(s), formé et forgé par des sédiments de vagues migratoires, de familles surnuméraires et de courants artistiques. Le Plateau, c’est le berceau d’œuvres fondatrices de la culture québécoise, francophone et anglophone. C’est aussi un terrain de partage imbibé de querelles et d’histoires qui, cerné au nord par la voie de chemin de fer du Canadien Pacifique, et au sud par la rue Sherbrooke, prend la forme d’un piano à queue.




Dans la salle, la Foirée dissipe les frontières entre le public et les intervenants: sur scène, autour d’une table ou dans les gradins, on distribue des chocolats, des « shots » de thé et on se présente à son voisin. Puis, on dresse ensemble l’inventaire des appartements occupés dans le quartier et des faits d’armes d’une communauté de bohèmes et d’immigrants aux prises avec la gentrification, les loyers absurdes et les menaces des tours qui pointent vers le ciel. On évoque avec délicatesse les « waitress en uniformes jaunes », les voisines solitaires et l’écosystème artistique du quartier en perpétuel mouvement.




Forcément, les Français en prennent pour leur grade, avec leur drôle d’accent et leurs manières uniformes de Parisiens arrogants. Dans la Foirée, lorsque l’on traite les clichés, le contrepoids n’est jamais loin, incarné ici par Tatiana Zinga Botao, Belge née au Congo et assimilée malgré elle à ce raz-de-marée migratoire de francophones européens et qui clame haut et fort être plus, bien plus qu’un accent.




Le Plateau est la plaque tournante de l’immigration montréalaise. Si l’on effleure cette notion à travers les portraits esquissés de deux voisines solitaires et d’une serveuse besogneuse, on peine à leur faire prendre vie, à se projeter dans leurs histoires et à retracer leurs pas.

Il manquait quelque chose hier soir: cette densité folle qui fait du Plateau le bouillon que nous connaissons, sublimé par l’oralité enchanteresse des conteurs des Foirées passées.


Production : Théâtre Urbi et Orbi, en codiffusion avec La Manufacture
Textes : Brigitte Saint-Aubin, Eugénie Beaudry, Fabien Dupuis, François Parenteau, Geneviève Labelle, Mélodie Noël Rousseau, Marcel Pomerlo, Julie-Anne Ranger-Beauregard et Tatiana Zinga Botao
Mise en scène : Martin Desgagné
Animation : Pascal Contamine
Avec : Brigitte Saint-Aubin, Eugénie Beaudry, Fabien Dupuis, François Parenteau, Geneviève Labelle, Marcel Pomerlo et Tatiana Zinga Botao
Musique live : Robin Boulianne et Claude Fradette
Assistance à la mise en scène : Hélène Rioux
Direction artistique : Yvan Bienvenue
Illustration : Tresnormal (Joern Schmidt)