Songes de Shakespeare | Une enchanteresse rêverie musicale
Songes de Shakespeare | Une enchanteresse rêverie musicale

Publié par Daniel Raymond le Lun. 10 décembre 2018 à 10h45 - Contenu original
Musique, Alexander Shelley, David Dias da Silva, Maison Symphonique, Musique classique, Orchestre Métropolitain, Songes de Shakespeare

Crédit photos: François Goupil

Le jeudi 6 décembre en soirée, l’Orchestre Métropolitain (OM) et Alexander Shelley – son chef invité – nous ont gratifié d’un programme à faire rêver à la Maison symphonique. Ce rendez-vous a remporté un vif succès, notamment grâce à son volet « aviaire ».


Maestro Alexander Shelley est premier chef associé du Royal Philharmonic Orchestra de Londres depuis janvier 2015. Il est également directeur de l’Orchestre du centre national des arts du Canada depuis septembre de la même année.

Pour l’occasion, quatre compositeurs étaient à l’honneur : Felix Mendelssohn, Piotr Ilyitch Tchaïkovski, Richard Strauss et Peter Anders Hillborg, à qui l’on doit un « oiseau rare » du répertoire classique moderne et, par le fait même, le clou de la soirée.

Le concert a débuté par deux œuvres de Mendelssohn (1809-1847) totalisant 17 minutes: l’« Ouverture » pour Le Songe d’une nuit d’été (op. 21) et le « Scherzo » extrait du Songe d’une nuit d’été, musique de scène (op. 61). À remarquer que le génial et précoce compositeur n’était âgé que de dix-sept ans lorsqu’il a complété son « Ouverture » en à peine un mois. Une note du programme en dit ceci : « L’Écriture orchestrale, délicate, aérienne et finement ciselée, se révèle d’une nouveauté absolue, et son influence sera considérable… » Comme le disait si bien Molière dans Le misanthrope, « Qu’en termes élégants, ces choses-là sont dites! » À cela, j’ajouterai seulement que la rêverie, induite chez moi par la musique de Mendelssohn, a été rien de moins qu’exquise.

Ensuite, l’état onirique a été revisité et amplifié par le biais de Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie d’après Shakespeare du romantique Tchaïkovski (1840-1893). Œuvre dramatique spectaculaire et saisissante, s’il en est une, qui nous a procuré vingt minutes de transcendance. « L’atterrissage », c’est-à-dire le dur retour à la réalité de l’entracte, m’a secoué de ma doucereuse torpeur. Mais je ne perdais rien pour attendre, car l’œuvre qui a suivi nous en a mis plein la vue et les oreilles.

En effet, le Concerto pour clarinette (Peacock Tales), Millenium version, d’une durée approximative de 17 minutes, a remporté la palme du divertissement. Cette curiosité du répertoire classique moderne, composée par Hillborg (né en 1954), exige du soliste qu’il déploie une virtuosité certaine et, de surcroît, un talent de mime et de danseur. David Dias da Silva, le soliste invité, s’est distingué autant par sa maîtrise de la clarinette que par l’intégralité de sa gestuelle corporelle. Cette musique, qui se veut être la transposition d’un dialogue entre un paon et un être humain, exige donc de l’exécutant qu’il performe simultanément à plus d’un niveau.

En se basant sur l’ovation debout et les généreux applaudissements qui ont salué sa prestation, David peut légitimement s’enorgueillir d’une autre « mission accomplie! »

La version originale de l’œuvre, créée en 1998, dure 35 minutes et requiert un gros orchestre symphonique, tandis que la « version du millénaire » à laquelle se sont attaqués l’OM et le soliste invité, a été conçue en 1999 et se distingue particulièrement par sa théâtralité, comme nous avons pu le constater.

À mon humble avis, cette composition inscrite dans la modernité vaut surtout pour le divertissement visuel qu’elle procure aux spectateurs. La musique ne m’a pas laissé de souvenir impérissable, mis à part le côté légèrement givré, cocasse, inusité, voire quelque peu burlesque qu’elle requiert du performer. La réaction de la foule a néanmoins semblé me donner tort. En dépit de ce bémol – qui n’engage que moi –, soyez assurés que je me suis bien amusé, même si ma réaction s’est résumée aux occasionnels sourires plutôt qu’aux rires tonitruants.

Afin de vous faire votre propre opinion, aventurez-vous par ici pour voir et entendre David Dias da Silva interpréter cette même œuvre, accompagné cette fois-ci par le Sinfonieorchester Basel.

Crédit photo : François Goupil


En conclusion de ce concert, l’OM nous a offert Macbeth, poème symphonique (op. 23) de Richard Strauss (1864-1949). Une note au programme nous apprenait que « Plutôt que d’évoquer tous les détails de l’action, la musique nous transporte au cœur des tempêtes émotives vécues par les personnages de Macbeth et de Lady Macbeth. » Cette œuvre puissamment évocatrice m’a semblé être pleine de majesté, et a multiplié les temps forts tempérés ici et là par des accalmies provisoires. La salle a fort bien accueilli cette fresque musicale colorée, que vous pouvez d’ailleurs entendre en cliquant ici (interprétation par le Scottish National Orchestra).

Durant cette soirée surprenante, le chef a dirigé avec maestria les quatre œuvres au programme donnant ainsi à l’OM l’occasion de démontrer, encore une fois, sa grande versatilité et son indéniable savoir-faire. Sa prestation a été longuement et chaleureusement applaudie en plus de se mériter une ovation debout.


Pour consulter le calendrier des prochains concerts de l’OM, et possiblement vous procurer des billets, vous pouvez simplement suivre ce lien.