Le « Champion » de l’Opéra de Montréal m’a mis K.-O.
Le « Champion » de l’Opéra de Montréal m’a mis K.-O.

Publié par Daniel Raymond le Lun. 28 janvier 2019 à 13h45 - Contenu original
Musique, Arthur Woodley, Champion, Michael Cristofer, Opéra, Opéra de Montréal, Place des Arts, Salle Wilfrid-Pelletier, Suggestions de sorties, Terence Blanchard, Victor Ryan Robertson

Crédit photos: Yves Renaud

Le samedi 26 janvier, en première canadienne, la scène de la salle Wilfrid-Pelletier est devenue un lieu d’affrontement historique entre les pugilistes Emile Griffith et Benny « The Kid » Paret. En fait, c’était une vraie arène de lutte d’un ex-champion boxeur contre ses fantômes. En dehors des câbles, la foule manifestement admirative a chaudement ovationné tous les artisans de cette rencontre inusitée entre le sport, l’opéra, le jazz, le gospel et… le langage trivial.


Cet opéra en deux actes, d’une durée totale de deux heures, est l’œuvre du célèbre trompettiste, compositeur et arrangeur de jazz américain Terence Blanchard, et du renommé dramaturge, acteur, scénariste et réalisateur américain Michael Cristofer.

En condensé, le propos se résume au destin du boxeur et champion Emile Griffith qui, en 1962, a envoyé son adversaire Benny « The Kid » Paret au tapis. Son adversaire ne s’en est pas relevé au compte de dix, et même pour le compte de l’éternité. Emile a dû lutter pour le restant de ses jours contre les répercussions de ce dur coup du sort sur sa carrière, sa santé, son union hétérosexuelle et son homosexualité plus ou moins avouée.

À une exception près, tous les chanteurs et chanteuses avaient une voix forte et portante parfaitement audible jusqu’aux dernières rangées. Parmi les rôles principaux de cette distribution de choix, on trouvait :

  • la basse américaine Arthur Woodley (Emile Griffith)
  • le baryton-basse américain Aubrey Allicock (jeune Émile)
  • la mezzo-soprano canadienne Catherine Daniel (Emelda Griffith)
  • le ténor américain Victor Ryan Robertson (Benny « The Kid » Paret)
  • le baryton canadien Brett Polegato (Howie Albert)
  • le ténor sri lankais Asitha Tennekoon (Luis Griffith)
  • la soprano canadienne Chantale Nurse (Sadie et Blanche)
  • la contralto américaine Meredith Arwady (Kathy Hagan)
  • le ténor canadien Sebastian Haboczki (l’annonceur)
  • le baryton-basse canadien Scott Brooks (homme au bar et jeune homme).


J’ai particulièrement apprécié la voix grave et puissante de la basse Arthur « Emile Griffith » Woodley, ainsi que celle du très énergique et articulé baryton-basse Aubrey Allicock dans le rôle d’un Émile plus jeune et au sommet de sa gloire. Les deux ont joué aussi bien qu’ils ont chanté, et le scénario nous les a ramenés fréquemment et simultanément sur scène, lors de retours en arrière durant lesquels le vieux Emile se remémorait différentes étapes de sa vie.

Ceci dit, le chant en général, incluant les arias, a sonné à mes oreilles comme un long récitatif, tels ceux qu’on rencontre régulièrement dans les opéras classiques. Or, ce n’est pas précisément ce que le spectateur a hâte d’entendre. En effet, il anticipe plutôt les mémorables grands airs lyriques générateurs de vers d’oreille indélogeables.


Dans Champion, pas de musiques envoûtantes comme je les aime tant, du genre des arias de La Traviata, de Rigoletto ou de la Forza del destino (tous trois des opéras de Verdi), ou encore de la très planante mélodie de l’intermezzo de Cavalleria rusticana de Mascagni. Je serais bien en peine de vous fredonner de mémoire un seul des airs entendus durant ce musical.

Les musiques et highlights de Champion étant les créations d’un compositeur et jazzman éminemment moderne, les amateurs de « classique » seront probablement désarçonnés par l’entièreté de la partition. À l’opposé, ceux que le traditionnel « classique » indispose – par son caractère qu’ils considèrent pompeux, suranné, d’une autre époque et même carrément ennuyeux – seront agréablement surpris de découvrir une œuvre contemporaine résolument jazzée, chantée en anglais (avec sous-titres français) dans un langage pas piqué des vers. Bref, vous aimerez ou vous n’aimerez pas, comme ces deux couples assis de part et d’autre de mon fauteuil et qui, à l’entracte, ont plié bagage et sont partis pour ne plus revenir.

Ni la musique, ni les arias, ni le texte quelque peu graveleux ne m’ont laissé de souvenirs impérissables. J’ai cependant été impressionné par la qualité des voix et du jeu, et par la scénographie toute aussi pertinente qu’ingénieuse et fonctionnelle, ainsi que par les quelques chorégraphies plutôt mouvementées.


De ma distante rangée X, et n’ayant pas songé à apporter de jumelles, l’expression faciale des différents protagonistes me restera à jamais un mystère. Cependant, même de mon horizon lointain, leur langage corporel m’a semblé être des plus éloquents. L’ensemble de cette distribution colorée s’est donné à fond pour que le Champion triomphe… de son adversaire, de lui-même et d’une salle partiellement dubitative.

Si je me fie à l’ovation debout et aux longs applaudissements récoltés par l’ensemble de la production, ce « genre » d’opéra a son public et, en ce qui le concerne, l’Opéra de Montréal a été en plein dans le mille avec Champion. On ne peut que saluer son audace et son désir de se gagner de nouveaux adeptes parmi le jeune public à l’affût de la modernité.



Chacun de deux créateurs de l’œuvre cumulent une impressionnante liste d’accomplissements. Pour en connaître davantage sur Terence Blanchard, vous pouvez parcourir son site internet par ici. Quant à Michael Cristofer, on peut lire sa biographie détaillée sur le site internet IMDB.com, en cliquant sur ce lien.

Champion est encore à l’affiche les 29 et 31 janvier, ainsi que le 2 février. Pour en apprendre davantage sur cette production et vous procurer des billets, accédez au site internet de l’Opéra de Montréal, ici.