Bientôt 10 ans pour La SAMS | Quand artistique et communautaire rallient leurs forces
Bientôt 10 ans pour La SAMS | Quand artistique et communautaire rallient leurs forces

Publié par Marie-Ève Boisvert le Jeu. 7 février 2019 à 17h30 - Contenu original
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Crédit photos: Amélie Fortin

Cette année, La Société pour les Arts en Milieux de Santé (SAMS) célèbrera son 10e anniversaire et atuvu.ca a saisi l'opportunité pour aller à la rencontre de sa directrice générale et artistique, Françoise Henri. Retour sur cet échange qui a permis de mieux cerner les fondements et les fonctionnements de cet organisme semant du bonheur partout où il passe...


La SAMS, organisme de bienfaisance créé en 2009, est le plus grand réseau de musiciens professionnels offrant des concerts en milieux de santé au Québec. Ayant comme objectif premier l’accès à l’art pour les aînés séjournant en établissement de santé ou en résidence, ce projet s’inspire de la Health Arts Society, premier organisme du genre au Canada qui aura d’ailleurs permis la naissance de plusieurs autres SAMS à travers le pays.

Il semblait de plus en plus évident qu'il y aurait une forte demande pour ce genre de services, à la vue des résultats impressionnants qu’a obtenus l’organisme au tout début de ses opérations: « Dès la première année, on programmait 400 concerts au calendrier. Pour 2019, La SAMS essaie d’en faire 800. Il faut dire qu’on a obtenu un gros volume immédiatement, non seulement parce que le directeur des CSSS de l’époque, David Levine, a cru au projet et y a vu son potentiel, mais surtout, parce que le besoin était là. Et il l’est toujours », souligne Françoise Henri.

Aujourd’hui, La SAMS a produit plus de 6000 concerts dans 200 établissements de type résidence de retraite, CHSLD ou encore centre hospitalier, et ce un peu partout dans la province. D’ailleurs, pour Françoise Henri, toutes les régions sont accessibles pour accomplir la mission de La SAMS: s’il y a une demande dans une ville, il y a certainement des musiciens locaux afin de combler celle-ci; c’est par cette logique qu’elle se charge de créer des ponts afin que les rencontres se produisent. Une idée qui semble tomber sous le sens, car l’organisme opère maintenant de Montréal à la Beauce, et élargira bientôt son offre jusque dans le Bas-Saint-Laurent!

Pour la directrice, c’est toutefois au-delà des chiffres qu’on peut mesurer l’ampleur du succès de l’entreprise de bienfaisance: « La SAMS, c’est avant tout un organisme de gens, dans lequel on crée des rencontres un peu improbables entre des milieux très différents. Puis ça, ça crée de la joie et ça fait des étincelles », expliquait-elle.

Car, autant du côté des musiciens que de celui des personnes âgées, la réponse est là. Les artistes, qui sont environ 150 à offrir régulièrement des prestations pour La SAMS, voient d’abord dans ce modèle une manière de faire leur part, en offrant de leur temps à une portion de la société stigmatisée et dans le besoin. En effet, les aînés sont malheureusement trop souvent limités par des conditions de santé difficiles. Mais les musiciens y voient aussi une façon de sortir des lieux communs de leur métier, car les concerts qu’ils y offrent, à la frontière de l’artistique et du communautaire, les emmènent effectivement à la rencontre de publics tout aussi atypiques que généreux. Françoise Henri nous confiait que, en CHLSD, l’énergie du public est toujours variable, les musiciens pouvant tout aussi bien avoir affaire à des résidents turbulents qu’à un public plutôt somnolent, suite à la prise de médication par exemple. Il n’est pas rare non plus que l’entièreté de l’audience soit en fauteuil roulant. Bien qu’on serait porté à croire que de telles conditions soient difficiles pour les artistes, la majorité d’entre eux considèrent au contraire leur participation à La SAMS comme leurs meilleurs concerts, en ce qu’ils y retrouvent une authenticité comme il ne s’en fait pas ailleurs. Car les aînés qu’ils y rencontrent n’ont pas de filtre: quand ils aiment, c’est avec générosité et amour, exprimant aux artistes le bien réel que la séance leur a apporté; quand ils n’aiment pas, c’est en quittant qu’ils l’expriment, tout simplement. Ainsi, dans ces petites salles intimes où ont lieu les concerts d’une quarantaine de minutes, la place n’est pas aux faux-semblants, mais plutôt aux rencontres enrichissantes.

Les bénéficiaires, quant à eux, tirent de ces rencontres des bienfaits tangibles: « On le voit, à notre arrivée, ils sont plus recroquevillés et semblent retirés dans leurs pensées. Or, dès la première note, ou même dès le premier bonjour qu’ils entendent, on va les observer se redresser et prêter attention. C’est fascinant de voir les effets physiques et psychologiques que produisent les interventions sur les personnes dans l’audience! », souligne celle qui est à la tête de l’organisme. Ces concerts, qui sont considérés comme faisant partie des loisirs des résidents, apportent leur lot d’effets positifs dans l’immédiat, et font également effet avant et après. Il n’est pas rare que les dames, par exemple, se fassent une beauté pour la prestation, tandis que les préposés notent qu’après l’activité les résidents font moins d’anxiété, sont ravivés et discutent ensemble de ce qu’ils ont vécu. Ce n’est pas sans surprise, donc, que plusieurs de ces lieux d’hébergement demandent à recevoir les musiciens de La SAMS tous les mois.

Afin d’offrir une programmation variée et stimulante, Françoise Henri varie les types de spectacles présentés chaque mois qui, en plus du classique, incluent le jazz et la musique du monde. Elle observe de plus en plus d'intérêt pour ces autres genres musicaux, ainsi que pour le traditionnel et la chanson, au fur et à mesure que l’offre s’étend géographiquement et qu’une transition de génération s’effectue dans les maisons d’hébergement. Bien que la musique classique reste la marque de commerce de La SAMS, elle se dit toujours ouverte aux propositions originales ou multidisciplinaires. La dernière en liste? Un duo de chant et de scie musicale!

Dans un désir de reconnaissance du travail des musiciens qui œuvrent pour La SAMS, qui sont pour la plupart des professionnels, l’organisme s’engage à leur remettre un cachet, qui prend également en compte la réalité des lieux de performances. Bien que les centres aient à débourser une petite somme, celle-ci est fixe, ce qui demande à La SAMS d’absorber la différence financière entre les cachets offerts et les frais payés. Ainsi, bien que les subventions soient d’une grande aide pour l’organisme, la nécessité de trouver des fonds afin de permettre son bon fonctionnement fait partie intégrante de sa mission. C’est dans ce cadre que sera organisé le 1er mai prochain un concert bénéfice au Théâtre Corona.

2019 étant une grande année pour l’organisme qui fête son 10e anniversaire, ce sera également lors de celle-ci que sera organisé un grand concert intergénérationnel, une réadaptation du conte musical Pierre et le loup qui sera présentée dans les CHSLD et à laquelle seront invités les enfants d’un même quartier. Pour Françoise Henri, qui a également consacré une partie de sa vie à travailler pour les enfants défavorisés, c’est l’amalgame de deux causes qui lui tiennent à cœur : « Cette initiative de La SAMS se veut une façon de tendre la main à une nouvelle génération, en permettant par le fait même de démystifier la réalité qu’est celle des CHSLD. On est un petit OBSL au grand cœur, c’est-à-dire qu’on fait le maximum avec ce qu’on a, en essayant de semer le plus de bonheur possible sur notre passage », concluait-elle.


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