Fanny et Alexandre : l’enfance de l’art
Fanny et Alexandre : l’enfance de l’art

Publié par Léa Arthémise le Sam. 2 février 2019 à 12h22 - Contenu original
Théâtre, Ingmar Bergman, Suggestions de sorties, Théâtre Denise Pelletier

Crédit photos: Gunther Gamper

Du 30 janvier au 23 février 2019, le Théâtre Denise-Pelletier accueille la pièce Fanny et Alexandre, adaptée du roman éponyme d’Ingmar Bergman et mise en scène par Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin.

Bergman a dit : « Fanny et Alexandre représente la somme totale de ma vie en tant que réalisateur ». Le roman, tiré du scénario de son film éponyme, a jeté les bases du travail de Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin.

Le texte de Bergman plonge avec force détail dans l’enfance, un univers onirique, sensoriel qui oscille entre la réalité et le fantasme. Quelque part en Suède, Émilie et Oscar Ekdahl dirigent un petit théâtre de village. Lorsqu’Oscar meurt, la famille éclate. Emilie et ses deux enfants quittent le théâtre pour intégrer le monde réel et la famille d’un évêque rigoriste. Alexandre a 10 ans et une imagination débordante. A travers ses mensonges et ses défiances, il scrute l’âme humaine pour comprendre le jeu de la douleur, le paradoxe de la morale et le pouvoir de l’art. Alexandre, être en devenir et créateur en puissance, est l’avatar de Bergman.

Le théâtre et le prisme de l’enfance

« Le théâtre, c’est de la merde, du désir, de la saleté ». Le ton est donné. Les personnages du théâtre de la famille Ekdahl sont grandiloquents, imbibés de la même passion pour les tirades, les masques et la vie.

Dans Fanny et Alexandre, le jeu théâtral et l’enfance sont deux notions intrinsèquement liées. Le théâtre nourrit l’imaginaire des deux enfants, développe la propension au drame et à la fabulation. Les deux notions forment un même bouclier contre le réel, imposant une interprétation sensorielle de l’humain et de sa place dans le monde. Ce monde, qui joue devant Fanny et Alexandre comme sur une scène perpétuelle, exhibant ses masques et ses faux-semblants. Dans cette articulation, la dichotomie entre le mensonge et la vérité n’a pas lieu d’être : tout n’est que théâtre, tout n’est que fantasme, dans la bouche d’Alexandre et celles des adultes, dont les masques et les rôles ne cessent de changer.

Une adaptation réussie

L’adaptation au théâtre d’un roman tiré d’un film est une entreprise intéressante qui frôle la mise en abyme. Sophie Cadieux confiait notamment dans une entrevue au Devoir que, si « Bergman a fait un film sur la beauté du théâtre. […] nous, on essaie de faire du théâtre sur la beauté de son film. »

Le film transposé sur scène est abondamment évoqué dans le texte. La mécanique théâtrale bien huilée recrée les multiples lieux – où se juxtaposent la réalité et les fantasmes d’Alexandre dans une fresque ininterrompue. Chaque scène se déverse astucieusement sur l’autre, modulant la projection, jouant habilement sur les différents plans et sur leur signification, jusqu’au tomber de rideau qui extraie les personnages de l’espace scénique. La mise en scène est excellente, accompagnée par une interprétation juste – Gabriel Szabo, ses traits candides et sa fureur insufflent l’énergie nécessaire au personnage d’Alexandre.

D'après Ingmar Bergman
Traduction : Lucie Albertini et Carl Gustaf Bjurström
Mise en scène : Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux
Distribution : Luc Bourgeois, Rosalie Daoust, Annette Garant, Ariel Ifergan, Renaud Lacelle-Bourdon, Steve Laplante, Patricia Larivière, Ève Pressault, Gabriel Szabo
Production Théâtre Denise-Pelletier