Dans la chambre des merveilles | L’exposition s’installe à Pointe-à-Callière
Dans la chambre des merveilles | L’exposition s’installe à Pointe-à-Callière

Publié par Marie-Ève Boisvert le Mer. 20 février 2019 à 15h45 - Contenu original
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Crédit photos: Musée Pointe-à-Callière

C’est cette semaine à Pointe-à-Callière que le cabaret des curiosités ouvrait ses portes aux visiteurs. Une exposition décrite comme un hommage à l’étrangeté et à la beauté du monde, et qui restera en place pour toute l’année à venir au sein du musée montréalais. Dès nos premiers pas dans cette « chambre des merveilles », on y a retrouvé un amalgame foisonnant d’objets rares, souvent exotiques et parfois insolites, parvenant à suspendre le temps et à nous immerger dans l'univers éclectique des découvertes exploratoires.


C’est après avoir visité cette exposition pour la toute première fois au Musée des Confluences en France, et après avoir eu pour celle-ci un sincère coup de cœur, que la directrice générale de Pointe-à-Callière, Francine Lelièvre, s’est lancé l’ambitieux pari de la faire voyager jusqu’à Montréal. Bien qu’ayant laissé quelques-unes de ses plumes en France, près de la moitié de la collection qu’y avait découverte Mme Lelièvre s’est ainsi transposée dans les salles du musée montréalais. Le second tour de force de ce projet? La provenance de l’autre portion d’objets venue s’amalgamer à cette collection de départ européenne, qui est effectivement entièrement canadienne et principalement québécoise. C’est ainsi qu’on retrouve tout aussi bien un orignal albinos qu’un oiseau exotique, au cœur de la section intitulée « Entre réel et imaginaire » de l’exposition! Cet exemple n'en est qu'un parmi tant d’autres, et on découvre beaucoup d'autres assemblages improbables aux détours de cette nouvelle mouture de Dans la chambre des merveilles.

Une activité faite sur mesure pour les yeux et les esprits curieux

Le parcours que les visiteurs sont invités à suivre est divisé en six sections, la première permettant d’abord de comprendre l’origine de ces cabinets de curiosité dont sont inspirées l’esthétique et la conceptualisation de l’œuvre muséale. Pour ce premier arrêt, on se transporte en Europe, aux XVIe et XVIIe siècles, époque où les aristocrates cherchaient à comprendre le monde par le biais, notamment, d'objets culturels et d'éléments naturels qu'ils amassaient en tentant de recréer de véritables microcosmes. Comme l’explique Mme Lelièvre, « Il ne faut pas oublier que les cabinets de curiosité sont les ancêtres des sciences et des musées d’aujourd’hui. Par cette exposition, nous voulons rendre hommage aux explorateurs, aux savants et aux collectionneurs de toutes les époques, passionnés par cette quête de la connaissance, de la diversité des cultures, des régions lointaines et de l’objet rare, parfois mystérieux ou exotique, qui saura susciter l’admiration ou l’étonnement de celui qui l’observe. » Ainsi, on y découvre ces naturalia et artificilia – respectivement éléments de la nature et objets créés de la main de l’homme –, ces trésors qui sont rapidement devenus plus que de simples symboles de prestige, leurs trouvailles s’étant faite de concert avec l’élaboration de la connaissance et, finalement, de la science.

C’est d’ailleurs à cette période charnière, celle des Lumières et du XVIIIe siècle, qu’est dédiée la cinquième section des installations. On y retrouve ainsi plusieurs des instruments qui sont apparus à cette époque où l’émerveillement a fait place à l’organisation de la pensée scientifique.



Mais on ne pourrait certainement pas en arriver à cette étape de l’histoire occidentale, qu’on pourrait qualifier de plus cartésienne, sans d’abord s’attarder à quelques vestiges qui représentent la période qui l’a précédée. Une période marquée non seulement par l’éveil pour le voyage et ses joyaux exotiques, mais également par un intérêt pour l’étrange, la légende et les mythes surnaturels. C’est ainsi qu’on découvre, au cœur de la deuxième salle du parcours, un espace dédié aux artefacts de l’Égypte et de l’Antiquité grecque et romaine, ainsi qu’à certains objets rares dénichés lors d’expéditions aux quatre coins du globe. Les visiteurs sont ensuite invités à faire un saut à la frontière du réel et de l’imaginaire, dans une quatrième section entièrement consacrée à tout ce qui fascine et dégoûte à la fois, avec des objets qui s’amusent à tromper nos sens: « monstruosités animalières » – entités prétendument magiques – et curiosités de la nature se côtoient dans cette salle fascinante.

Quand l’éclectique se fait esthétique

Bien que la fonction principale des cabinets de curiosité de l’époque était de permettre la compréhension du monde par le biais d'objets amassés à travers le temps et l’espace, leur réalisation était également prétexte à la composition d’arrangements d’une grande richesse esthétique. Une tradition à laquelle fait honneur l’avant-dernière salle de la visite, LA chambre des merveilles! Point culminant de l’exposition, celle-ci met l'accent sur la nature, et émerveille par ses fresques aux murs (et même au plafond!) composées de nuées de papillons, d’oiseaux multicolores et de bien d’autres naturalia et artificialia. Cette salle immersive parvient, à elle seule, à saturer les sens – pour notre plus grand plaisir – avec sa panoplie d’éléments rappelant la beauté de la diversité naturelle.


C’est donc une exposition tout aussi fascinante qu’éblouissante à laquelle sont conviés les visiteurs du musée Pointe-à-Callière, qui se conclut sur une note plutôt ludique avec sa dernière section entièrement consacrée à l’univers de collectionneurs québécois. Des collections qu’on trouve d’ailleurs parfois aussi bien ordonnées que peut l’être la tenue de livre d’un comptable discipliné, quoique certaines puissent être plus farfelues et aléatoires que d’autres!

Une création ancrée dans l’histoire, pour mieux conscientiser au présent

Derrière l’élaboration de cette salle, l’équipe du musée de Pointe-à-Callière avait également l’intention de développer une réflexion chez les visiteurs, en mettant en scène ces spécimens naturalisés qui se veulent également les témoins de notre histoire, un récit de plus en plus marqué par l’anthropocène. « On souhaitait provoquer des réactions en rappelant la beauté de notre écosystème, qui va de pair avec la fragilité de sa biodiversité. Si cela peut amener ne serait-ce qu’une poignée de visiteurs à s’interroger sur cette question capitale, la chambre des merveilles aura en quelques sortes contribué à cette nécessaire conscientisation collective », concluait la directrice générale du musée, Mme Lelièvre.


Dans la chambre des merveilles, un parcours muséal à voir absolument! Présenté dès maintenant et jusqu’en janvier 2020 au musée de la Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Port de Montréal.