BIS + Ode to the Attempt | Un programme double audacieux de Jan Martens à l'Usine C
BIS + Ode to the Attempt | Un programme double audacieux de Jan Martens à l'Usine C

Publié par Clara Bich le Mer. 27 février 2019 à 20h40 - Contenu original
Danse, Danse contemporaine, Jan Martens, Prix de la Danse Montréal, Truus Bronkhorst, Usine C

Crédit photos: Pierre Planchenault

Metteur en scène et chorégraphe belge né en 1989, Jan Martens n’est plus à présenter dans le milieu de la danse contemporaine. Actif depuis 2009 à travers le monde, il nous rendait visite à l’Usine C du 20 au 22 février 2019 le temps de trois dates pour présenter son programme double BIS + Ode to Attempt. Bien qu’une petite semaine ait passé depuis, nous y étions et il fallait vous en parler!


Les projets de Jan Martens explorent « la possibilité́ d’un équilibre parfait, d’une symbiose entre la narration et le conceptualisme », comme il le précise sur son site internet. Lors de son double programme à l’Usine C le 20 février, il présentait des moments de danse contemporaine fascinants!

BIS

En première partie, BIS mettait en scène un solo créé et interprété par la star de la danse contemporaine des années 1980 et 1990 aux Pays-Bas, Truus Bronkhorst. Jan Martens en est le concepteur scénique depuis 2012. Cette performance brute est un portrait hypnotisant d’une femme qui s’attaque à ses démons.

Arrivée sur scène en jogging coloré, la danseuse a écrit à la craie « STAY » « LEAVE » et « COME BACK » au sol, sur du hard rock à pleine puissance. Puis, elle s'est dévêtu pour nous dévoiler son âme, simplement parée d’un body en dentelle noire, et elle a commencé sa performance debout sur un tabouret de bois. Éclairée d’une lumière menée à la perfection, Truus Bronkhorst a incarné, selon nous, une mère endeuillée qui espère pouvoir survivre et revivre malgré cette peine.

La mise en scène minimaliste ramène le spectateur au plus près de ses émotions. Certaines images métaphoriques sont également touchantes comme la figure de l’envol (que l’on peut également interpréter comme un flottement) réalisée dos au public, symbole de l’adieu. De même, la circularité semble être un parti pris majeur de création, autant chez Truus Bronkhorst que chez son concepteur scénique Jan Martens. Avec un mouvement circulaire effectué sur son tabouret, puis sur scène, l’interprète a représenté son rapport au temps en tournant sur elle-même, sans fin. Enfin, c’est sur les paroles suivantes: « It is so hard to go to the city / You wanted to be the sky / Maybe I could stay here » qu’elle a laissé son public sortir de la salle.

Avec cette performance sur le recommencement et la force de continuer sans abandonner, Truus Bronkhorst interprète un cri de survie d’une mère en deuil. C’est bouleversé que l'on sort de la grande salle de l’Usine C le temps d’une vingtaine de minutes, afin que Jan Martens prépare sa scène.


Ode to the Attempt

Jan Martens « ne cherche pas à créer un nouveau langage chorégraphique, mais façonne, recycle et recontextualise des idiomes existants, pour que de nouvelles idées puissent émerger », dit-il. Déjà fasciné par l’importance des réseaux sociaux dans notre vie occidentale, il dressait le portrait de notre génération dans I Can Ride a Horse Whilst Juggling So Marry Me en 2010. Puis, en 2011, il mettait en scène un programme double sur les relations hommes-femmes avec son spectacle Love Duets.

Cette année, Jan Martens présentait à l’Usine C un nouveau programme double avec un autoportrait numérique. En voilà un court extrait:


Dans ce solo d’une trentaine de minutes, Jan Martens contrôle la musique, la lumière et son ordinateur est relié à l’écran en fond de scène. On y voit son logiciel Word, des autoportraits pris avec sa webcam ou encore sa playlist musicale. Il nous présente 13 points qu’il écrit en direct sur Word tels que « tenter de commencer à bouger », « interlude » et « créer une image qui reste dans les esprits ».

C’est avec énormément d’humour et de dialogue avec ses spectateurs qu'est dévoilée la virtuosité de Jan Martens. En totale maîtrise de son corps, il est clairement l’un des plus grands danseurs contemporains de sa génération. À travers ce solo, il réussit à représenter sa génération où « les téléphones intelligents et les ordinateurs sont presque devenus des parties du corps ».

C’est avec un goût de « trop peu » que nous avons quitté l’Usine C. Avec ce solo moderne, cohérent et d’une extrême beauté, Jan Martens nous a transportés dans son univers visuel et chorégraphique qui semble avoir fasciné toute la salle!


Jan Martens est un chorégraphe talentueux, certes, mais il est également un performeur exceptionnel. Avec son double programme BIS + Ode to the Attempt joué à l’Usine C du 20 au 22 février 2019, il mettait en scène des performances contemporaines, actuelles, connectées et drôles! Suivez de près cet artiste sur son site internet en cliquant ici, pour ne rien louper de la suite de sa carrière.