Lignes de fuite de Catherine Chabot | Le bonheur, c’est pour les autres
Lignes de fuite de Catherine Chabot | Le bonheur, c’est pour les autres

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Ven. 15 mars 2019 à 16h00 - Contenu original
Théâtre, Catherine Chabot, Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, Lamia Benhacine, Léane Labrèche-Dor, Lignes de fuite, Quête identitaire et sociale, Sortie culturelle, Suggestions de sorties, Victoria Diamond

Crédit photos: Valérie Remise

L’auteure et actrice Catherine Chabot nous propose sa dernière pièce, Lignes de fuite, au Centre du Théâtre D’Aujourd’hui, du 12 mars au 6 avril 2019. On y rencontre trois couples de jeunes trentenaires et amis depuis le secondaire, réunis dans un loft de St-Henri. Qu’est-il advenu de leurs rêves depuis cette époque, de leurs valeurs? Qui sont-ils à l’intérieur d’une société en plein mouvement, sont-ils fidèles à leurs aspirations ou contraints à ce que leur environnement attend d’eux?


Catherine Chabot se fait d’abord connaître comme comédienne au théâtre (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Tribus) et comme actrice à la télévision (Il était une fois dans le trouble, Unité 9, O’). Alors qu’elle vient de sortir du Conservatoire d’art dramatique en 2013, Catherine écrit avec ses amies la pièce Table rase, qui se démarque pendant plus d’un an sur les planches de l’Espace Libre. Le scénario surprend, les sujets sont plus actuels que jamais et les actrices sont stupéfiantes.

Catherine Chabot revient sur scène avec Dans le champ amoureux en 2017 et, encore une fois, les spectateurs et la presse ne tarissent pas d’éloges quant aux talents d’auteure et d’actrice de Catherine Chabot. Cette pièce est la première production de la compagnie de théâtre Corrida, fondée par Catherine Chabot, Maude-St-Pierre et Laïma Abouraja-Gérald en 2017.

Cette fois, Lignes de fuite s’inscrit dans l’optique de cette jeune compagnie montréalaise qui, à l’intérieur de ses œuvres, expose à la fois les idéaux politiquement corrects du Québec contemporain et les débats auxquels il fait face. Sur quoi nous basons-nous pour évaluer notre réussite sociale, personnelle et professionnelle?


Quête identitaire versus quête sociale

« Une ligne de fuite est un “devenir”, une ligne d’émancipation qui n’a de finalité que le processus. La destination est inconnue. On devient une pulsion, un désir, une force qui rompt avec l’ordre établi. » - Catherine Chabot

Zora (Lamia Benhacine) reçoit ses amies du secondaire, Gabrielle (Léane Labrèche-Dor) et Raphaëlle (Catherine Chabot), dans son loft de Saint-Henri qu’elle partage avec sa douce amoureuse, Olivia (Victoria Diamond). Zora a étudié en finances et gagne très bien sa vie. Elle aime sa vie à Montréal avec sa belle Olivia, artiste visuelle.

Gabrielle travaille à Radio-Canada et Raphaëlle travaille au Barreau. Elles sont accompagnées de leur conjoint respectif et le souper se passe bien, jusqu’à ce que les répliques deviennent des coups de couteau et que la jalousie de l’une devienne cible pour l’autre.

Qu’est-il advenu de leurs rêves d’adolescentes, de leurs aspirations? Sont-elles fidèles à ce qu’elles sont intrinsèquement, à ce qu’elles désiraient devenir? Elles se comparent les unes aux autres, égratignent leur conjoint au passage, s’élèvent à un niveau supérieur pour éviter les attaques, renouent leur amitié pour mieux écorcher la politique, la génération Y, les médias, les autres filles aussi.

Prisonniers des dogmes sociaux, les personnages se questionnent, se positionnent, se remettent en question par rapport aux attentes extérieures. Ils se tolèrent dans leur sarcasme jusqu’à un événement inattendu, une étincelle qui brûle les filtres et donne lieu à des débats personnels et généraux. Leur amitié est-elle assez solide pour survivre aux mots prononcés, aux révélations choc?


Six acteurs de grand talent

Benoît Drouin-Germain, Maxime Mailloux et Victoria Diamond, les conjoints des amies de la pièce, offrent un reflet délicat des failles et des forces de chacune, ce qui amène des comparaisons intéressantes.

Les trois actrices personnifiant les amies de la pièce sont d’une aisance désarmante sur scène; Catherine Chabot (Raphaëlle) est mordante et troublante, pleine de contradictions et de fragilité malgré les apparences de son personnage. Lamia Benhacine (Zora) a un jeu fort et délicat, avide d’authenticité. Finalement, Léane Labrèche-Dor (Gabrielle) offre une performance divertissante et appuyée.

Le texte de Catherine Chabot est poignant, réaliste et judicieux. Les acteurs s’harmonisent avec naturel et justesse dans une mise en scène impeccable et précise. Le public semble très réactif au discours des personnages, chaque sujet étant abordé avec vérité et ironie à la fois. L’auteure va au fond des choses, révélant les visages troubles de ses personnages et exprimant les angoisses d’une génération victime de sa propre interprétation de la réussite dont le leitmotiv « le bonheur, c’est pour les autres » fait écho à leurs attentes déçues. Une pièce à voir absolument.

Lignes de fuite sera présenté jusqu’au 6 avril 2019 au Centre du Théâtre D’Aujourd’hui. Dépêchez-vous, car les billets se vendent très rapidement depuis la première représentation! Merci pour la précieuse collaboration de l’équipe du CTD’A.


Lignes de fuite
De Catherine Chabot
Avec Lamia Benhacine, Victoria Diamond, Benoît Drouin-Germain, Léane Labrèche-Dor, Maxime Maillou
Du 12 mars au 6 avril 2019
Centre du Théâtre D’Aujourd’hui