RY X au National | De l’art de maîtriser l’apesanteur
RY X au National | De l’art de maîtriser l’apesanteur

Publié par Marie-Eve Boisvert le Mer. 27 mars 2019 à 10h30 - Contenu original
Musique, Charlie Cunningham, Électro-folk, Le Festival international de jazz de Montréal présente, Le National, Musique émergente, Musique pop, RY X, Sortie culturelle, Unfurl

Crédit photos: Kacie Tomita

C’est ce dimanche que les admirateurs du chanteur et multi-instrumentiste RY X avaient rendez-vous avec l’Australien, de passage au National dans le cadre du « Festival international de jazz de Montréal présente ». L’artiste, qui ne cesse de gagner en notoriété grâce à sa musique à la fois puissante et méditative, y a présenté avec habileté les pièces de son plus récent album, Unfurl, pour lequel il est actuellement en tournée mondiale. Un tête-à-tête qui nous aura aussi permis d'écouter la musique de Charlie Cunningham – pour notre plus grand plaisir.


Étonnante première partie

C’est en effet en présence de l’auteur-compositeur-interprète Charlie Cunningham que la soirée a doucement décollé, après une entrée en salle quelque peu brutale: il semblerait que bougies et détecteurs de fumée n'aillent pas toujours de pair! Il faut toutefois plus qu’une alarme d’incendie pour perturber la force tranquille de l’Anglais, et c’est avec toute l’humilité qu’on lui connaît qu’il s’est installé au-devant de la scène, captivant et apaisant l’auditoire dès ses premières notes de guitare. C’est que le musicien maîtrise son instrument à la perfection: son doigté, instinctif et enivrant, guide les sonorités indie-folk et les mélodies mélancoliques espagnoles vers des trajectoires qui, lorsqu’elles s’unissent à sa voix feutrée, chamboulent inévitablement.

C’est sans surprise, donc, que le public a bruyamment fait entendre sa satisfaction après chaque pièce, entre les murs d’un National qui aura vibré au son de pièces telles que « You Sight », « Lights off », « An Opening » ou encore la bien connue « Minimum ». Seul dommage notable, c’est qu’on en aurait pris encore un peu plus de celui qui aurait facilement pu transformer cette première partie en spectacle entier… ce qui risque fort bien de se réaliser dès cet automne, Charlie Cunningham ayant quitté la scène en annonçant qu’il nous retrouverait dès la saison froide. Stay tuned!



Une apparition momentanée et envoûtante

Au cœur de cette atmosphère optimale, RY X s’est par la suite faufilé entre ses deux consoles, tout de blanc vêtu, une tenue qui n’a d’ailleurs fait qu’ajouter à l’énergie quasi spirituelle qui émane du musicien australien. C’est en grattant tranquillement les cordes de sa guitare acoustique que l’auteur-compositeur-interprète a entamé le premier titre de la prestation, « Sweat », une balade qui laissait tout l’espace à la voix épurée et évasive de l’artiste, pour un résultat presque douloureux de beauté. C’est graduellement que les trois musiciens accompagnant RY X sont par la suite sortis de l’ombre, donnant une dimension plus dense aux titres suivants, grâce à l’ajout des sonorités d’une batterie, d’un piano et d’un synthé.

La formation a ainsi alterné entre les différents titres des deux albums du chanteur, soit Dawn puis Unfurl, des chansons qui se sont pour la plupart étirées en de longs jams à la fois précis et organiques. « Shortline », « Salt » et « Yayaya » ont ainsi donné le ton à ce spectacle, dont tout semblait inviter à fermer les paupières pour mieux s’adonner au voyage intérieur que la voix du multi-instrumentiste initiait naturellement. Puis, dans une brève trêve de méditation auditive, RY X aura profité de l’interlude précédant « Coven » pour déclarer au public « I believe this is my first time in here », avant d’ajouter qu’il était content de partager ce moment avec nous. Cette allocution, bien que sincère, fut l’une des seules de tout le spectacle, alors que l’artiste semblait plutôt axer son énergie sur l’exécution de sa prestation musicale. Il faut dire qu’une aura d’autodidacte se dégageait du musicien alors qu’on pouvait l’observer, entouré de ses consoles, ses guitares et son piano. Il alternait entre ses divers instruments tel un véritable maître de cérémonie, avec un calme tout aussi méthodique que déconcertant. Une impression d’apesanteur que mettaient d’ailleurs en relief les magnifiques éclairages d’une mise en scène réfléchie, desquels se détachaient les silhouettes des musiciens dans une ambiance intime et tamisée (car oui, les chandelles ont tenu le coup!). Le temps semblait n’être qu’une donnée abstraite lors de ce spectacle contemplatif, lors duquel on a pu que mieux apprécier la folk-électro minimaliste de ce nouveau venu de la scène internationale.

Un plaisir qui fut tout de même partiellement atténué par certains problèmes d’insonorisation, le National ne semblant pas à même de rendre justice aux sonorités électro de RY X, alors que l’entièreté de la salle vibrait dès que les basses fréquences se faisaient entendre. Une situation qui a peut-être eu son rôle à jouer quant à la durée de la performance du musicien qui fut plutôt courte, avec un total de neuf chansons présentées. Mais tout de même, que ce soit avec « Berlin », « The Water » ou « Howling » (morceaux venus clore la soirée), on aura pu apprécier tout au long du spectacle des arrangements musicaux porteurs d’une charge émotive puissante et d’une qualité exceptionnelle. Par la juxtaposition des réverbérations des loops électroniques, des sonorités acoustiques et des percussions, la musique de RY X a réussi avec brio à nous faire voyager, alors que la totalité des pièces parvenaient à prendre de l’ampleur, semblant occuper tout l’espace du National.



Question de prolonger le plaisir – ou de l’initier , allez faire un tour sur le site de RY X, afin d’accéder à l’entièreté de l’œuvre musicale de cet artiste d’exception. Restez également à l’affût des prochains spectacles de la série « Le Festival international de jazz de Montréal présente » : celle-ci présentera entre autres, dans les prochaines semaines, l’inspirante artiste anglaise d’origine indienne Anoushka Shankar.