La face cachée de la lune | Nous ne sommes pas le centre de l’univers
La face cachée de la lune | Nous ne sommes pas le centre de l’univers

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Lun. 8 avril 2019 à 14h15 - Contenu original
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Crédit photos: David Leclerc

Jouée dans plus de 65 villes du monde depuis 2000, la pièce La face cachée de la lune de Robert Lepage fait son grand retour à Montréal. Rendez-vous, donc, au Théâtre Jean-Duceppe du 3 avril au 11 mai 2019, avec déjà 3 supplémentaires qui ont pris l’affiche afin de répondre à la demande des spectateurs! L’acteur Yves Jacques, qui interprète les personnages de la pièce depuis 2003, arrive encore à nous émouvoir, nous faire rire et nous charmer dans cette pièce culte du théâtre québécois nous propulsant aux confins de l’univers et de notre être profond.


« Jusqu’à l’invention du télescope et aux premières observations de Galilée, le monde croyait que la lune était un immense miroir et que les montagnes et les océans que l’on pouvait distinguer sur sa surface lumineuse n’étaient en fait que la réflexion de nos propres montagnes et de nos propres océans. »

La face cachée de la lune est l’histoire de deux frères, Philippe et André, qui se retrouvent suite au décès de leur mère. Philippe est passionné par tout ce qui touche l’espace et étudie en philosophie de la culture. André est annonceur au Canal Météo, riche, insouciant. Selon Philippe, André était le préféré de sa mère. La rivalité des deux frères se juxtapose à celle des Américains et Soviétiques qui, à la fin des années 1950, tentent d’être les premiers à marcher sur la lune. Les Américains déploient alors des moyens financiers et scientifiques substantiels afin de « battre » les Soviétiques dans le défi lancé par la Nasa, celui de poser un équipage sain et sauf sur la lune pour démontrer leur supériorité et s’inscrire dans l’Histoire des techniques spatiales.

Philippe s’intéresse depuis son enfance au cosmonaute russe Alexeï Leonov, qui a été le premier homme à sortir de sa capsule pour marcher dans l’espace et qui aurait pu être le premier homme à marcher sur la lune si les Américains n’avaient pas relevé le défi.

Philippe admire Alexeï Leonov pour sa résilience, car lui n’arrive pas à se sortir de son rôle de victime passive; il a toujours eu l’impression d’être le deuxième dans le cœur de sa mère et en veut à son frère cadet, André, d’avoir occupé la première place après le décès de leur père.

« Comment tu fais pour trouver la motivation de continuer à vivre quand t’as accompli de grandes choses mais que, bon, l’Histoire va se souvenir de toi comme d’un numéro deux, comme de quelqu’un qui a manqué sa chance [...] »

Comment peut-on faire la paix avec nos rêves (d)échus, nos espoirs, nos désillusions? À qui devons-nous pardonner, si ce n’est qu’à nous-mêmes?




Se contempler dans le vide

« C’est probablement le dernier lien de sang encore vivant que j’ai sur terre, alors je sens le besoin de me réconcilier avec lui, mais j’arrive pas à trouver la motivation, c’est tout. »

Si Philippe peut sembler plus fragile que son frère de prime abord, on constate que tous les deux sont aussi forts et aussi vulnérables l’un que l’autre. Le texte de Robert Lepage suggère aux spectateurs l’idée que l’autre est le reflet de nos propres luttes intérieures, de nos propres interprétations, de nos propres sentiments d’échec et / ou de réussite.

Il y a, certes, une jalousie fraternelle entre Philippe et André, une rivalité qui émane de chacun face au succès de l’autre, mais dans leurs cris, on entend l’écho d’une affection solide, un désir de réconciliation avec l’autre, mais surtout avec soi. Si chacun critique l’autre, on peut reconnaître la peine que chacun éprouve face à ses propres difficultés, sa face cachée, celle que l’autre fait éclater au grand jour.

« Chaque fois que j’essaie de t’aider, c’est toujours la même chose, t’essaies toujours de me désamorcer. Tu sais c’est quoi ton problème? T’as trop d’amour-propre, mon gars. T’es trop orgueilleux. »

Chacun cherche une reconnaissance extérieure, un regard d’amour sur lui. La comparaison avec la course que se sont livrés les Soviétiques et les Américains pour la conquête de la lune nous reflète que dans les faits, la véritable quête de l’Homme n’est pas d’arriver le premier d’un point de vue historique, mais de s’inscrire premier dans sa propre histoire. Pour cela, il faut cesser de se regarder le nombril et admettre que nous ne sommes pas le centre de l’univers!

Robert Lepage, qui était présent en ce 4 avril pour la soirée-bénéfice du Théâtre Jean-Duceppe, a créé un véritable chef-d’œuvre en 2000 avec La face cachée de la lune. Le texte porte tant de beauté en lui seul qu’on ne saurait que s’émouvoir devant les mots et la justesse de l’interprétation d’Yves Jacques, dont la spontanéité du jeu et l’harmonie de ses chorégraphies ne se sont nullement estompées depuis 2003, alors qu’il prenait la place de Robert Lepage sur scène.

Intégrant marionnettes, costumes, vidéo, poésie et humour, Lepage offre aux spectateurs à la fois un visuel multimédiatique digne du grand art du cinéma, mais aussi une mise en scène précise et calculée à la seconde près, incluant des personnages dans l’action et dans l’observation.


Saisissez la chance de voir (ou de revoir) cette incroyable pièce au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 11 mai 2019. Merci encore une fois à l’équipe du Théâtre Jean-Duceppe pour leur précieuse collaboration avec atuvu.ca!

La face cachée de la lune

Théâtre Jean-Duceppe
Une production Ex Machina
Conception et mise en scène Robert Lepage
Interprété par Yves Jacques
Du 3 avril au 11 mai 2019
SUPPLÉMENTAIRES : 30 avril, 8 et 9 mai 2019