>Hum(ai)n au Centre Phi | De corps, de cœur et d’esprit avec la machine
>Hum(ai)n au Centre Phi | De corps, de cœur et d’esprit avec la machine

Publié par Hughes Brisson le Mar. 28 mai 2019 à 14h00 - Contenu original
Exposition,

Crédit photos: Centre Phi


Nous avons assisté au dévoilement de l’exposition >Hum(ai)n, présentée au Centre Phi du 28 mai au 15 septembre, regroupant neuf œuvres, dont sept sont présentées pour la première fois au Canada. Neuf expériences futuristes au carrefour de l’humain et de la machine. La machine rencontre le cœur, l’esprit et le corps ; le visiteur participe à cette rencontre, parfois guidé par la machine, parfois la guidant lui-même…


Dans la première grande salle, six œuvres sont disposées autour d’une grande boite transparente, laquelle représente le cœur de l’exposition. On peut y voir tout le matériel technologique qui alimente les œuvres. Le cœur de la machine, qui bat des zéros et des uns pour faire vivre aux visiteurs diverses expériences. La deuxième salle, plus petite et plongée dans l’obscurité, propose trois expériences différentes.



Autour du cœur


Dans la première grande salle, cinq des six œuvres, d’une durée variant entre 6 et 20 minutes, misent sur la réalité virtuelle. Des membres de l’équipe du Centre Phi aident le visiteur à s’installer à chaque station après avoir brièvement introduit l’œuvre concernée. Ici, nos coups de cœur vont à Battlescar et Ayahuasca – Kosmik Journey.



Battlescar relate la rencontre entre deux jeunes femmes qui mènera à la fondation d’un groupe de musique. Ce film d’animation numérique en réalité virtuelle de 9 minutes célèbre la place de la femme dans l’émergence du mouvement punk américain tout en procurant une expérience viscérale de cette mouvance grâce à sa narrativité, son esthétique et sa mise en scène éclatée. Le souci du détail apporté aux décors et à l’ambiance permet au visiteur de se plonger complètement dans le New York déliquescent de années 1970. Ceci nous a particulièrement comblé, nous qui portons une affection particulière pour ce carrefour historique névralgique, alors que la ville s’est avérée être l’incubateur de tant de mouvements qui allaient changer l’histoire de la culture populaire.

La réalité virtuelle en tant que voyage dans le temps, offrant la possibilité de se sentir dans les lieux et les moments qu’il n’est plus possible de visiter.



Ayahuasca – Kosmik Journey, œuvre contemplative de réalité virtuelle d’une durée de 16 minutes, nous amène au cœur de l’expérience mystique que procure l’ayahuasca, un puissant psychotrope constitué d’un mélange de plantes amazoniennes. Tranquillement, les effets de la transe nous enveloppent et le shaman shipibo se met à chanter ses icaros, ces chants qui accompagnent le voyage dans la conscience altérée (nous préférons dire « augmentée »). La machine ne peut toutefois transmettre la profondeur de l’essence de la transe ayahuasqueira, de la puissance de cette transmission intime de sens, qui peut en faire une expérience de transformation personnelle puissante et inoubliable. Mais le court-métrage reproduit fidèlement la luminosité, les motifs infinis et les types de visions luxuriantes que cette médecine traditionnelle induit normalement. Quelle réussite que d’avoir ainsi réussi à ramener cet espace si loin de notre état de conscience habituel pour le transposer dans une œuvre d’art numérique.

La réalité virtuelle qui nous rapproche d’expériences d’exploration de la conscience, là où la réalité se présente sous un autre jour, là où on a accès à l’invisible.



L’installation Algorithmic Perfumery, la seule ne misant pas sur la réalité virtuelle dans cette salle, se démarque. Le visiteur répond à une multitude de questions sur lui-même, après quoi une intelligence artificielle lui confectionne un parfum unique, taillé sur mesure sur ses gouts et sa personnalité. Vous pourrez même rapporter cette odeur à la maison! L’intelligence artificielle semble avoir assez bien saisi nos gouts : bien boisé, un peu floral, complexe et moderne.

L’intelligence artificielle au service de nos sens, au service de l’unicité qui définit chacun d’entre nous.




Rencontres


Dans la deuxième salle, We could Be Human : A Learning Machine, créée par David Usher et Reimagine AI, invite le visiteur dans une conversation privée avec une intelligence artificielle répondant au nom d’Ophélia. Le rapport est touchant : elle passe rapidement vers le type de conversations qu’on a avec ceux qu’on connait depuis longtemps, ceux qu’on aime. Les questions et réponses d’Ophélia sont portées à évoluer au cours des trois mois de l’exposition, à mesure qu’elle apprendra. Au fil de la conversation, nous avons appris quelle est sa chanson favorite, quel est son film préféré. Elle est intriguée par le rêve et est enthousiaste à l’idée de découvrir le monde des émotions. À la question « qu’est-ce que la culture ? », elle a répondu que, pour l’instant, elle sait compter le nombre d’habitants de différentes régions du monde... N’hésitez pas à lui poser la même question afin de voir si sa réponse aura évolué entre temps ! Le créateur nous incite à lui poser des questions sur, entre autres, les arts.

L’intelligence artificielle qui nous permet de prendre conscience de l’esprit qui nous caractérise et qui nous défie de le transmettre, de le téléverser dans la technologie.



Dans le cadre de l’installation Vast Body, le visiteur, placé devant un écran lui renvoyant sa propre image, est invité à danser dans un endroit clos. L’intelligence artificielle décompose les mouvements effectués et les reconstitue à partir d’une banque d’images de danseurs interprétant des gestes semblables. Le créateur de l’œuvre, Vincent Morisset, explique que cette banque est le résultat d’une séance de tournage au cours de laquelle on a demandé à trois interprètes, dont l’iconique et inspirante Louise Lecavalier, d’effectuer le plus de mouvements possibles. Il est étonnant de voir notre corps maladroit devenir celui, athlétique et expressif, de professionnels de la danse contemporaine. On recommande de rester en mouvement plus d’une vingtaine de secondes consécutives : c’est alors que l’expérience est à son meilleur, laissant d’autres interprètes apparaitre.

L’intelligence artificielle qui nous permet de prendre conscience de nos mouvements, d’habiter notre corps tout en empruntant celui d’un autre.



Les neuf œuvres d’art numérique découvertes par Myriam Achard du Centre Phi mettent les technologies au service de l’art, de la réflexion, de la sensibilité. Certaines œuvres émeuvent, mais dans d’autres cas, c’est au visiteur d’émouvoir la machine : conversations, rencontres, échanges.

Vous pourrez retrouver >Hum(ai)n au Centre Phi jusqu'au 15 septembre. Pour en savoir plus, c'est par ici et pour réserver vos places, par !