En attendant Keven...
En attendant Keven...

Publié par Andrée-Anne Perreault le Mar. 11 juin 2019 à 19h00 - Contenu original
Théâtre, Bonne Fête Keven, Comédie trash, Festival St-Ambroise Fringe de Montréal, Fringe Montréal, Les Précieuses Perdues, Théâtre absurde, Théâtre MainLine

Crédit photos: Les Précieuses Perdues

Le Boulevard Saint-Laurent accueille encore une fois cette année le Festival Fringe Saint-Amboise de Montréal jusqu’au 16 juin. C’est lors de cet événement qu’est présentée la première de la pièce #BonneFêteKeven dans la décontractée salle du Théâtre MainLine. Le collectif Les Précieuses Perdues s’est inspiré pour sa toute première création de la vidéo virale du web québécois qui fête ses dix ans cette année, Un mot pour Kevin. Fait à noter, le spectacle est gratuit pour les dénommés Keven, tous dérivés confondus !

Il y en avait un dans la salle... ce qu'il clamait fièrement en réponse aux comédiens quand ceux-ci interpellaient ledit homonyme. Le Keven jubilaire se voit pour sa part vénéré par ses quatre anciens collègues de l’école secondaire Marie-Pierre, Gaïa, Rick et Silk qui organisent une fête pour son anniversaire. C’est lors de cette retrouvaille que l’on découvre la relation que chacun d’eux entretient avec le culte de Keven, un baume sur leurs affects respectifs qui ressurgissent au fil de cette attente.

Une partie du populaire et quasi vintage jeu de société Destin ouvre le bal d’une série de contes, chorégraphies, chants, monologues sur le passé des quatre amis qui n’ont visiblement pas réussi à trouver la paix. C’est surtout de rapport de pouvoir dont il est question. Celui de l’argent, de l’image, des sexes, du regard de l’autre et celui de Keven, une force supérieure, désincarnée, que l’on apprend à connaitre à travers les souvenirs des quatre personnages.

Cette pièce fait aussi écho à la glorification de soi à travers ses propres luttes et succès. Un égocentrisme qui dilue l’authenticité de l’écoute de l’autre et mène à toute sorte d’abus. Abus de la sensibilité, de la perception et du regard de cet autre. Ainsi la véritable rencontre n’a jamais lieu, tout comme celle de Keven qui ne se pointera pas à la fête. « Le contraire de l'amour ce n'est pas la haine, c'est l'indifférence. » affirme l'un des personnages en début de pièce.

Assurément, on rit. Les représentations, voire décuplements, de Keven (non pas toi, l’autre) sont absurdes et touchantes. On réutilise des codes populaires archi-clichés, mais qui marchent et qui nous ramènent à l’époque de nos innocents 17 ans. Il s’installe dans la salle une atmosphère bon enfant qui laisse place à la spontanéité et l’espièglerie qui se meuvent en un savoureux échange entre les spectateurs et les personnages. Le langage parfois cru du groupe d’amis sur scène déteint sur l’auditoire qui s’en donne à cœur joie. On a entendu quelques blasphèmes bien assumés et pas seulement ceux de Keven.

Les Précieuses Perdues, co-fondé en 2017 par Élodie Paquette et Marina Rousseau, qui tiennent respectivement les rôles de Marie-Pierre et Gaïa, auxquelles se sont joints Marc Donati et David D’Amour-Fortier, Rick et Silk, donnent dans la comédie « trash », inutile de le préciser. Dans un décor épuré mais parsemé d’indices, le collectif réussit à nous faire prendre part à la fête pour encore trois soirs, les 11, 12 et 13 juin. Du bonbon ! Celui qu’on laisse pétiller sur la langue la bouche ouverte.