ZH Festival | Un regard sur la méchanceté ordinaire
ZH Festival | Un regard sur la méchanceté ordinaire

Publié par Nina-Rose Cassivi le Jeu. 8 août 2019 à 17h00 - Contenu original
Théâtre, Littérature, Maison de la culture Maisonneuve, Stéphanie Labbé, ZH Festival


Dans la foulée du ZH Festival, la lecture de Faune locale: chroniques de la méchanceté ordinaire a eu lieu hier soir à la Maison de la culture Maisonneuve. Écrites par Stéphanie Labbé, qui est aussi l’une des interprètes, ces chroniques dévoilent la cruauté de l’être humain dans un univers ordinaire bordé par le capitalisme.


« Dans un monde capitaliste et bourgeois, trois couples se confrontent, s’aiment un peu, mais surtout se font du mal en essayant d’atteindre leurs objectifs personnels, tout cela sous le couvert d’une légitimité égocentrique : la poursuite du bonheur. Parce qu’on a juste une vie à vivre ? Right ? »

La lecture s’ouvre sur une présentation enchaînée des six personnages et dès lors, on décèle le ton ironique utilisé pour imager l’égocentrisme qui habite notre quotidien : « Joanie, 35 ans. Pas de plombage, jamais d’acné. Fait du yoga chaud, des choses de qualité. Ingénieure industrielle, un voyage humanitaire au Rwanda, au Guatemala, en Asie. Médaille du gouverneur général... ». Or Joanie, femme d’affaire qui monte les échelons à coups d’hypocrisie, fait partie de ces gens ordinairement méchants qui font tout en leur pouvoir pour performer dans un monde où la gentillesse est rarement prônée.

Tout comme Joanie, les cinq autres personnages ne sont pas monstrueux en soi. Dans leur banalité, on peut comprendre que leur cruauté est liée à leur conditionnement, leur nécessité à se construire un bonheur. Et malheureusement, pour y arriver, ils doivent s’y prendre seuls. C’est pourquoi on voit ces trois couples s’étioler tranquillement à mesure que leur propre bonheur tombe en péril. C’est le cas par exemple de Claude qui perd le contrôle de sa raison lorsqu'il se fait congédier de son travail à 55 ans et en conséquence de ce pas en arrière, dégringole sous le regard de son entourage qui continue leur ascension personnelle.

On comprend très vite que la quête ultime des personnages, c’est le bonheur. Mais au fil de la lecture, ceux-ci se déshumanisent un peu plus chaque fois qu’ils s’approchent de cet objectif, mis sur un tel piédestal que son essence utopique ne mène qu'à une insatiabilité infinie. Les personnages ont une manière très détachée, presque robotique, d’agir quand ce n’est pas pour assurer leurs propres intérêts. Et si les chroniques se font tout en humour, la lecture confronte le spectateur, son univers étant aussi banal et ordinaire que le nôtre. Car si un coyote peut attaquer pour sa survie, l’humain peut aussi sortir ses crocs pour l’achat d’une maison, pour fonder une famille ou pour se sentir aimé.

Les mots de Stéphanie Labbé ont été rendus à leur juste valeur grâce aux interprètes Josée Deschenes, Eric Cabana, Sylvie De Morais-Nogueira, Yannick Chapdelaine et Alexandre Fortin qui ont su faire rire et surtout, réfléchir.


Avec 30 soirées-spectacles, le ZH Festival permet aux artistes émergents et prometteurs d’exercer et de mettre en scène leur créativité. Il reste encore plus d’une semaine à l’événement qui réunit le théâtre, la lecture, la danse et la musique. La 11e édition du festival présente une série de spectacles presque chaque jour et ce qu’au 17 août. Pour découvrir les présentations à venir, visitez leur site internet.