Sacrée Landowska!, un théâtre musical d'outre-tombe
Sacrée Landowska!, un théâtre musical d'outre-tombe

Publié par Éric Champagne le Lun. 7 mars 2016 à 23h59 - Contenu sponsorisé
Musique, Bach, Catherine Perrin, ECM+, John Rea, Musique classique, Musique contemporaine, Suggestions de sortie


Il ne s’agit pas à proprement parler d’une nouvelle création, mais on peut parler d'une « recréation » car cette reprise, 15 ans après sa première, adopte une forme souple et mature, une seconde vie pleinement justifiée. Il s'agit bien ici du théâtre musical Sacrée Landowska, mémoires modernes [d'outre-tombe] de John Rea, dont l'année Hommage à ce dernier sert de prétexte parfait pour cette nouvelle mouture. Nous retrouvons aux commandes les artistes de la première version, à savoir Catherine Perrin au clavecin et jeux scéniques et Véronique Lacroix à la direction, qui ont désormais la chance de reprendre l’œuvre avec un certain recul, luxe rare sur la scène des musiques contemporaines québécoises!


Ce théâtre musical est brillant et astucieux. John Rea y dévoile par fragment – sorte de courtepointe d'écrits de Landowska – une personnalité musicale fascinante, injustement oubliée. Nous devons à cette musicienne la réhabilitation du clavecin au XXe siècle, tant dans l'interprétation de la musique ancienne que dans son utilisation pour des créations contemporaines. D’ailleurs, le Concerto pour clavecin de Manuel de Falla, commande de Landowska, s'insère admirablement au théâtre musical pour en former une sorte de postlude. Il est étonnant d'entendre Landowska dire qu'il faut quitter le style pour plonger dans l'émotion, ce qui fait d'elle une musicienne éminemment moderne pour son époque, non seulement dans son approche de l'interprétation du répertoire baroque mais aussi dans ses démarches créatrices auprès des grands compositeurs de son temps.





La partition de Rea collecte non seulement les souvenirs de Landowska mais regroupe de larges réminiscences de son monde musical. Citations, collages, pastiches... les genres et styles vibrionnent dans tous les sens, conviant les fantômes de Bach, Chopin, Schœnberg et même Poulenc à ce grand banquet musical. Le tout est bien sûr construit avec finesse et intelligence, dans une trame qui soutient admirablement la parole comme une bonne musique de film soutiendrait une image, avec autant d'équilibre que de puissance.


La mise en scène de Jean Marchand, parfait collaborateur pour ce type de projet, est simple mais solide, axant l'essentiel du propos dans l'interprétation juste des textes de Landowska et dans l'alternance fluide entre les épisodes récités et les plongeons musicaux. Le tout est rehaussé par les éclairages magiques de Martin Sirois, créant à des moments clés du théâtre musical des images aussi marquantes que poétiques.


On se régale de l'interprétation rythmée et colorée du Concerto pour clavecin de Manuel de Falla, partition surprenante et brillante du compositeur espagnol. Ce concerto mérite assurément d'être plus largement connu. Et on ne peut pas nier notre plaisir de jouir du magnifique contrepoint que Bach a élaboré dans son second Concerto Brandebourgeois. Équilibré et cohérent, ce programme musical forme un tout aussi divertissant qu'instructif.


Le 6 mars 2016, à Longueuil, devant une salle comble, l’ECM+ a entamé avec ce spectacle une tournée de 7 concerts, chose magnifique (et rare pour ce type de production) qui permettra à un plus large public de goûter à ce programme original et diversifié. Pour un néophyte, c’est une occasion exceptionnelle de s’initier à la musique pour clavecin ainsi qu’à un certain répertoire moderne/contemporain. C’est assurément un spectacle pour tous et surtout un spectacle à l'image de Landowska, où la musique ancienne et la musique contemporaine se côtoient autour du clavecin dans une simplicité aussi évidente que désarmante. Car au fond, de la musique, c'est ben juste de la musique!




La tournée au Québec se poursuivra jusqu'au 17 avril 2016 avec deux dates à Montréal, les 6 et 7 avril. Voir les offres sur atuvu.ca