L’Histoire des histoires : entrevue avec Joël Casséus
L’Histoire des histoires : entrevue avec Joël Casséus

Publié par Charlotte Mercille le Ven. 14 octobre 2016 à 9h00 - Contenu original
Bibliothèque, Histoire, Hochelaga-Maisonneuve, Littérature, Montréal, Sociologie


Résident du quartier Hochelaga-Maisonneuve, l’écrivain Joël Casséus lancera son dernier roman le 21 octobre prochain à la bibliothèque Langelier, dans le quartier Mercier. À travers un drame familial, Un monde nouveau aborde les questions de l’identité et de l’histoire collective du Québec contemporain. Nous nous sommes entretenus avec l’auteur qui a débuté une résidence d’écriture à la bibliothèque Langelier en septembre.

Un père de famille s’enlève la vie à vingt-six ans, alors que son fils n’en avait que trois. Vingt-trois ans plus tard, Malik tente de comprendre la mort de son père et de départager le vrai du faux dans la nostalgie de l’enfance perdue. Les origines de son père révéleront un secret lourd à porter pour lui et le reste du clan familial.

Joël Casséus a toujours été passionné par l’histoire populaire, ces narrations collectives qui ne s’écrivent pas dans les manuels scolaires. Professeur de sociologie à l’UQÀM et au Collège Vanier, il voit les grands enjeux sociaux à travers les lentilles du quotidien, de la banalité individuelle. « Le roman dépeint l’histoire avec un grand H par l’entremise d’histoires individuelles. Il décrit comment notre passé nous rattrape toujours. Tous les jours, nous faisons des choix et tous ces actes quotidiens forment une histoire plus grande que nous. »

Le deuil de la famille de Malik est en fait une analogie à plusieurs réalités de la société québécoise comme l’injustice face à l’immigration, l’héritage des baby-boomers et la place de l’identité québécoise. « J’ai fait l’exercice d’explorer des enjeux collectifs dans le microcosme intime d’une famille qui a vécu un drame. Est-ce qu’on peut vivre après le gouffre laissé par un suicide? Est-ce qu’on peut se redéfinir comme groupe ou se complaire dans le ressentiment? »

Joël Casséus est en résidence à la bibliothèque Langelier depuis le mois de septembre. Il y organise notamment des ateliers de création avec les usagers de la bibliothèque. Ces ateliers témoignent de la place importante qu’a l’écriture dans une société : « C’est une forme de savoir qui transmet une expérience sensible avec les autres. Écrire, c’est faire en sorte que l’autre dans son étrangeté ne soit plus étranger. »

La résidence est le fruit d’un nouveau partenariat entre le Conseil des arts de Montréal (CAM), les Bibliothèques de Montréal et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ). Le CAM a auparavant orchestré les huit premières éditions. « C’est une expérience extraordinaire de pouvoir analyser comment j’écris et de me questionner tout en communiquant avec les usagers. Je partage avec eux ma vision de la littérature et ça me fait réaliser qu’il y a plus qu’une façon d’écrire. En prenant un échantillon de ce que les gens du quartier vivent, les ateliers s’articulent dans mes projets d’écriture. »

À la bibliothèque, toutes les expériences se valent. « L’écriture est un ensemble d’outils qu’on se donne pour saisir notre expérience et la transmettre aux autres, de voir quelque chose de fascinant dans l’humanité et d’en ressortir plus riches. On est tous des écrivains en devenir. Même durant la préhistoire, on se racontait déjà des histoires. Je crois que c’est ce qui fait notre humanité, notre besoin de raconter. Tout le monde a besoin de le faire. »

Visitez le site de Bibliothèques Montréal pour en savoir plus sur les divers ateliers organisés dans le cadre de la résidence d’écriture de Joël Casséus à la bibliothèque Langelier jusqu’au 20 décembre.