Questions réflexions : Sylvie Moreau
Questions réflexions : Sylvie Moreau

Publié par Charles Moquin le Jeu. 9 février 2017 à 0h00 - Contenu original
Théâtre, Portrait, Questions réflexions, Sylvie Moreau


Dans la série d'entrevues Questions réflexions, Charles Moquin rencontre des personnalités de la scène culturelle et les interroge sur leurs valeurs, leurs principes individuels ou sociaux, leur vision du monde, sur des questions de société ou des sujets philosophiques.



ENTRETIEN AVEC SYLVIE MOREAU
Syvie Moreau est actrice scénariste .


Est-ce qu’il faut être passionné pour bien performer? Un bon technicien non passionné peut-il y arriver aussi?

La passion n'est absolument pas incompatible avec la technique. On pense trop souvent que c’est l'un ou c’est l’autre.


Que pensez-vous des gens qui jouent avec une oreillette ou qui chantent en playback?

C'est se donner un handicap. Devenir dépendant d'un outil extérieur à soi. Si on a les moyens d'apprendre le texte, c'est paresseux.


Recherchez-vous davantage la ressemblance ou la différence dans vos relations personnelles et dans votre vie en général? Et votre quotidien de quoi est-il fait? Le monde vers quoi devrait-il tendre?

Je suis attirée par un certain radicalisme. Des gens qui ont les idées claires , qui revendiquent comme moi. J'ai toujours été entourée de marginaux, de grandes gueules affirmées, qui s’assument. Je n’admire pas tant, qu’ils soient d'accord avec moi, mais qu’ils prennent la parole. J’aime la discussion et je n’en ai pas peur. Et j’aborde chaque personne à intelligence égale. C’est comme cela que l’on m’a élevée. J'ai aussi un côté modérateur dans ma nature profonde, qui fait que j'aime m’entendre avec les gens .


Est-ce que l’habillement en dit long sur les gens?

Dans le contexte d'événements, de paraître , je ne crois pas. Les gens sont davantage dans la codification . C’est dans l’habillement de tous les jours que l’on peut distinguer leur personnalité.


Êtes-vous plutôt dans l’acceptation ou la confrontation aux gens, au temps, aux insuccès?

Je suis beaucoup dans la tolérance, dans la résilience . Par contre, il y a des choses qui me sont insupportables et inacceptables, dont la condescendance, qui peut me faire confronter les gens. Mais je peux bien contrôler mes émotions et être rationnelle. Ce qui déstabilise souvent les hommes . Et dans une discussion sur un sujet déjà très sensible , mieux vaut garder son calme.


Souffrez-vous de la rage au volant?

Non. J'ai beaucoup de civilité. C’est ma façon de me calmer.


Qu’est-ce qui prime pour vous au restaurant, la gentillesse du service ou qualité de la nourriture?

La gentillesse du service. Je suis incapable de me plaindre au restaurant. C'est mon côté judéo-chrétien.


Êtes-vous davantage attirée par des gens pour qui la vie coule de source ou par ceux qui sont davantage tourmentés ?

Tout dépend du tourmenté. J’ai de la difficulté avec les gens qui ne s’aident pas. Et je ne pourrais pas côtoyer des pessimistes, des fatalistes. La vie coule de source pour pas grand monde, mais je suis attirée par des natures ensoleillées. Je vais côtoyer des gens qui vivent dans la vie ; des actifs.


Jusqu’où la liberté d’expression selon vous peut-elle aller?

Jusqu'au respect de l'autre. Il y a en a qui n'ont plus de sensibilité. On mélange les épanchements et la liberté d'expression.


Votre but dans la vie est-il d’être heureuse?
Oui.


Le dicton ‘’le malheur des uns fait le bonheur des autres ou vice versa’’ s’applique-t-il à vous ? en vous comparant ou qu’inévitablement une réussite se fait au détriment de quelqu’un?

Non. Je suis pour se déterminer soi-même. Donc se responsabiliser de sa vie. C’est nous le moteur . Je suis ma jauge. Et souvent, la source de mes propres projets . J'en ai bavé pendant dix ans et cela m'a construite aussi . On me choisit pour ma particularité et non pas au détriment d’une autre. J’ai d’ailleurs très peu fait d’auditions dans ma carrière.

Qu’est-ce que l’amour?

Une envie très forte de partager avec quelqu’un en particulier .


L’être humain est-il foncièrement bon ou mauvais?

Il est paresseux. Je vais dire bon...


Seriez-vous prête à faire condamner un innocent pour sauver un ami?

Si mon ami est coupable, c'est évident que non.


Est-ce que le suicide assisté devrait être accessible à qui en ressent le besoin sans autres considérations?

Oui. Car c’est à toi les oreilles. C'est ton corps, c'est ta volonté. Tu n'as pas en toi le goût de vivre, le désir d’aller demander de l’aide. Moi je prône la responsabilité.


Croyez-vous que Bertrand Cantat peut continuer à s’exprimer artistiquement?

Oui. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais je peux comprendre ces élans là. C’était deux “ destroys” ” extrêmement toxiques ; individuellement et l’un pour l’autre , qui se sont entre détruits . Et c’est très bien lui, qui aurait pu finir le crâne fracassé.


Un défaut un vrai?

Teigneuse. Je ne lâche pas le morceau . Et je peux envenimer une situation.


Que pensez-vous de la recherche sur les cellules souches?

Je crois que je suis en accord avec les avancées médicales.


Estimez-vous que l’homme doit continuer de protéger la biosphère ou se modifier pour vivre dans un nouvel environnement ?

Je ne suis pas en faveur de prolonger la vie indéfiniment. Je trouve cela stupide devenir éternel. Je crois qu’il faille accepter la mort. C’est ce qui fait que l'on est vivant; que l’on va bien vivre. La peur de mourir est un moteur de vie pour moi.


Croyez-vous à une vie après la mort?

Pas vraiment.


Avez-vous peur de la mort?

Oui. Depuis très très petite; obsédée de la mort. J'ai une sœur jumelle qui vient de mourir. L’amour de ma vie. Ma grande terreur de la mort, pour moi, était liée à la perspective de la disparition de ma sœur; et ça, depuis que je suis enfant. Je lui en ai parlé, vers l'âge de 17 ans et on s'est donné la permission de continuer à vivre en dépit de la disparition un jour de l'autre, en la portant en soi. J'ai d'ailleurs, réglé beaucoup de choses avec la mort, en accompagnant ma sœur jusqu’à la fin.


Est-ce qu’il y a un avenir pour le français au Québec?

Bien oui. Je crois que oui. Mais si le français est appelé à mourir, c'est que la sève ne montera plus.

Sur quoi travaillez-vous actuellement

J'ai une obsession de Marcel Proust et de "À la recherche du temps perdu'' depuis
trente ans. Ça été une révélation incroyable pour moi. C'est comme s'il me faisait découvrir le monde, en parlant de l'intimité humaine. J'ai d'ailleurs, été aussi très fascinée par le personnage. Il a quand même décidé de se coucher, et d'écrire pendant huit ans et il est mort au bout de sa dernière ligne. Et finalement j'en fait un spectacle. Proust dans sa chambre qui rêve son œuvre et les personnages qui apparaissent .

“Dans la tête de Proust” Du 21 février au 15 mars au théâtre l’espace libre.