Le retour de Don Juan
Le retour de Don Juan

Publié par Esther Hardy le Mar. 7 mars 2017 à 4h30 - Contenu original
Théâtre, Danielle Proulx, Esther aux premières loges, Évelyne de la Chenelière, Évelyne Rompré, Florent Siaud, Maxim Gaudette, Théâtre Prospero, Ödön Von Horvath

Crédit photos: Nicolas Descoteaux

Le Théâtre Prospéro accueille sur ses planches le séducteur le plus célèbre de l’occident jusqu’au 25 mars. La pièce « Don Juan revient de guerre » de l’auteur croate Ödön Von Horvath et mise en scène par Florent Siaud, nous offre une fenêtre sur la période suivant la Première Guerre mondiale. Entouré d’une belle brochette de comédiennes : Danielle Proulx, Évelyne de la Chenelière, Évelyne Rompré, Kim Despatis, Marie-France Lambert et Mylène St-Sauveur, le grand tombeur Don Juan revit par le talent de Maxim Gaudette dans une Allemagne bouleversée.


Florent Siaud, jeune metteur en scène des vieux pays, nous a concocté une mise en scène marquée par le symbolisme… Les amateurs de peintures seront d’autant plus choyés et reconnaîtront certaines œuvres expressionnistes dans les mimiques et les postures physiques des personnages. Ils seront touchés par l’évocation de la célèbre peinture « Le Cri » d’Edvard Munch.


Maxim Gaudette, Évelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré



Situé, entre la guerre 14-18 et celle de 39-45, la pièce « Don Juan revient de guerre » nous plonge dans cette période où l’Allemagne se remet tranquillement de ses blessures et est partagée entre le désir des plaisirs faciles, avec celui d’éviter de souffrir en pansant ses blessures.

C’est d’abord un Don Juan brisé, marqué par la guerre et par ses erreurs de jeunesse qui revient du combat. Suivant son premier règne, l’auteur évoque ses déboires et aventures sur une gent féminine qui résiste d’abord à tomber sous son charme et se laisse ensuite entraîner dans les recoins de sa propre noirceur, espérant être séduite dans l’ombre de ce tombeur toujours aussi magnétique.


Marie-France Lambert et Maxim Gaudette



J’ai été fascinée par la puissance d’évocation des souffrances qui tel un grand cri de douleur jamais exprimé, se manifeste néanmoins avec puissance. Toute la pièce est une grande fresque, peinte sous l’adroite et précise main du metteur en scène qui sait exactement comment façonner son art en utilisant tous les symboles adéquats. La richesse de ses images est surprenante, impressionnante même. Le talentueux Florent Siaud modèle chacune de ses scènes avec une adresse qui déborde de puissantes impressions.

Le thème des souffrances des femmes victimes collatérales de guerre est omniprésent sur la scène québécoise des théâtres de la saison actuelle. Si vous vous souvenez, à l’automne dernier, la pièce « Une femme à Berlin » a été présentée à l’Espace Go, elle était également jouée par Évelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré. De plus, dans le cadre de Montréal en Lumière, la pièce « La femme comme champ de bataille » a été présentée au MAI (Montreal, Arts interculturels). Cette dernière pièce traite directement des conséquences dévastatrices de la guerre chez les femmes.


Mylène St-Sauveur et Maxim Gaudette



Dans les dernières décennies, les victimes masculines des guerres ont souvent été évoquées au cinéma. Néanmoins, on entend beaucoup moins parler de femmes, de ces victimes faciles sacrifiées des peuples défaits. Cette prise de conscience sociale est un changement de culture de bon aloi qui nous éveille et nous ébranle. Il va de soi que les femmes victimes de guerre violées à répétitions doivent faire preuve d’une extraordinaire résilience pour réussir à survivre.


« Don Juan revient de la guerre » est à l’affiche du Théâtre Prospéro jusqu’au 25 mars.