L'avare, de Molière : toujours d'actualité...
L'avare, de Molière : toujours d'actualité...

Publié par Luce Langis le Lun. 20 mars 2017 à 18h00 - Contenu original
Théâtre, Jean-François Casabonne, Molière, Suggestions de sortie, Théâtre Denise-Pelletier

Crédit photos: Théâtre Denise-Pelletier: Page Facebook officielle

Du 15 mars au 8 avril, le Théâtre Denise-Pelletier présente L'Avare de Molière. Cette comédie de caractère, écrite en prose et présentée pour la première fois en 1668, à Paris, demeure toujours d'actualité. Dans une mise en scène de Claude Poissant, avec l'excellent Jean-François Casabonne, dans le rôle-titre d'Harpagon, et une belle distribution d'une dizaine de personnages, cette pièce maîtresse du théâtre de Molière constitue un excellent divertissement.



Le thème de l'avarice a été traité dans de nombreuses pièces de théâtre et séries télévisées, mais l'archétype de ce vice revient très certainement à Molière, avec son Harpagon. Cet homme d'une soixantaine d'années, père d'un garçon et d'une fille, refuse que son fils marie la femme qu'il aime, parce qu'elle n'a pas de dot à offrir. À l'époque, tout mariage exigeait que le père de la mariée offre une dot (très) substantielle au futur marié. Riche bourgeois très avare, Harpagon en vient donc à entrer en conflit direct avec son fils, et même à le renier, pour ne pas qu'il marie cette fille. Selon la coutume de l'époque, les mariages étaient, pour la plupart, « arrangés », surtout en ce qui concernait les filles. C'étaient les parents qui choisissaient l'époux de leur fille, et les intérêts pécuniaires prenaient une très grande place dans ce choix. Si cette dernière refusait le choix de son père, elle devait bien souvent entrer au couvent et y finir ses jours comme religieuse. En ridiculisant et en invalidant ces mariages forcés, Molière montre son opposition à cette tradition cruelle. Ce grand dramaturge a toujours dépeint les us et coutumes de son époque, en s'en faisant le miroir et le critique.



À l'époque où la pièce a été écrite, sous le règne de Louis XIV, l'argent se faisait rare. Les gens du peuple peinaient à joindre les deux bouts, et devaient souvent emprunter aux riches bourgeois. Bien que le prêt usurier exagéré était prohibé, il était tout de même toléré. C'est ainsi que plusieurs bourgeois s'enrichissaient sur le dos du peuple. A cette époque, la limite de 5% d'intérêt avait été édictée, mais, dans la pièce, Harpagon demande 25% d'intérêt à son propre fils! Ce qui est nettement exagéré...





Une autre caractéristique du théâtre moliéresque est l'utilisation de valets et de servantes comme intermédiaires aux propos du personnage principal. Le valet est le confident, le porte-parole, le faire-valoir de ce dernier, et c'est par lui que passe le personnage principal pour faire connaître ses intentions et ses pensées les plus secrètes et inavouables. Ils sont le trait d'union entre le personnage principal et le public et servent souvent à nous montrer les défauts du personnage principal. Ainsi, dans l'Avare, Frosine (Sylvie Drapeau) fait ressortir la naïveté d'Harpagon; La Flèche (Gabriel Szabo), sa suspicion maladive; Maître Jacques (Samuel Côté), sa pingrerie domestique.



Les quiproquos constituent également un trait caractéristique du théâtre de Molière et de son époque. Le malentendu créé entre deux personnages - mais dont le spectateur connaît la réponse – provoque le rire chez l'auditoire. Ainsi, dans l'Avare, Harpagon et son valet Valère (Jean-Philippe Perras) parlent d'une « cassette » volée. Pour Harpagon, il s'agit de son argent, contenu dans une petite boîte, et pour son valet, il s'agit plutôt d'Élise, sa bien-aimée. Ainsi, pendant quelque cinq bonnes minutes, le quiproquo se développe et prend des proportions insoupçonnées, au grand plaisir du public.


Bref, l'Avare, de Molière, présenté au Théâtre Denise-Pelletier, constitue un spectacle réjouissant, drôle et revigorant, qui n'a pas pris une ride.