Ballet BC Un triptyque à la virtuosité éclectique
Ballet BC Un triptyque à la virtuosité éclectique

Publié par Rédaction atuvu.ca le Ven. 7 avril 2017 à 8h30 - Contenu original
Danse, Ballet BC, Danse contemporaine, Danse Danse

Crédit photos: Michael Slobodian

Avec plus d’une quarantaine d’œuvres à son actif depuis 2009, les danseurs du Ballet BC seront cette année à Danse Danse jusqu’au 8 avril pour incarner trois pièces aux univers captivants, crées par trois chorégraphes de renom Emily Molnar, Crystal Pite et Sharon Eyal. Une soirée triple donc, où le public pourra découvrir tout le talent des interprètes du Ballet BC et les propositions aussi captivantes qu’originales de ces trois chorégraphes.

Crée en 1986, le Ballet BC est une des compagnies les plus encensées à l’internationale. En mêlant technique classique et diversité des styles avec précision, virtuosité et rigueur, elle s’affirme en tant que modèle dans le style du ballet contemporain actuel. Avec ces pièces plus flamboyantes les unes que les autres et son répertoire prestigieux, elle développe un style et une approche uniques, où se côtoient des chorégraphes internationaux de renoms comme William Forsythe, Georges Balanchine, Martha Graham, José Navas, Wen Wei Wang … Innovante et audacieuse, la compagnie est devenue une inspiration en création contemporaine au Canada et ailleurs. Création, production, sensibilisation et éducation en danse sont les piliers du Ballet BC, qui contribue aujourd'hui au développement de la danse au Canada.

Depuis 2009, c’est Emily Molnar, ex-membre du Ballet National du Canada, du ballet BC et du Ballet Frankfurt de William Forsythe, qui a pris la tête de la direction artistique de la compagnie. Passionnée par l’enseignement, elle partage avec les artistes et les chorégraphes son intérêt pour la recherche et le développement et sa réflexion sur le rôle de l’artiste dans la société. Reconnue en tant que danseuse, chorégraphe et directrice artistique, elle a permis au Ballet BC d’acquérir une notoriété et d’être primée en 2013 Dance Magazine comme l’une des 25 meilleures compagnies internationales.


16+ A room : Rondeur et esthétique angulaire affirmées pour une pièce percutante.


Créée par Emily Molnar, la pièce 16+ a room s’inspire de la délicatesse des poèmes de Jeannette Winterson et Emily Dickinson et la musique de Dirk Haubrich. Dans un travail de lenteur et d’accélération, la chorégraphe veut faire vivre au spectateur le plein et le vide. Pour se faire, elle décide d’élaborer une scénographie neutre où la simplicité des costumes et l’absence de décors est rehaussée par les jeux d’éclairage subtils, entre le blanc et le noir, entre l’ombre et la lumière.

La chorégraphe choisit de mêler les effets de groupes avec une réinterprétation très intéressante du pas de deux classique. On assiste à un travail remarquable où angles et rondeurs s’associent avec les grands jetés de jambes et l’ouverture des bras et des épaules. C’est donc avec merveille que l’on peut observer l’alliance entre des jambes balletiques, les pointes aux pieds, la grande technicité et des troncs à la stature contemporaine où ressenti et fluidité marquent le phrasé de la chorégraphie.

Les interactions sont omniprésentes dans cette pièce où de nombreux effets de groupes se produisent et se marient.



Solo Echo : pièce intimiste où tensions et unions ne font qu’un.

(Solo Echo) © Michael Slobodian. Interprètes Alexis Fletcher, Christoph von Riedemann.


Interprète et chorégraphe de Vancouver, Crystal Pite a créé des œuvres pour de nombreuses compagnies dont le Ballett Frankfurt, Les Ballets Jazz de Montréal, le Ballet British Columbia, et pour de nombreux artistes indépendants, dont Louise Lecavalier. C’est en 2002 qu’elle fonde sa propre compagnie, Kidd Pivot, au sein de laquelle elle continue sa carrière d’interprète mais aussi de chorégraphe, en cherchant toujours davantage de rigueur, de précision et s’efforce à trouver risques et originalité dans son travail. Plusieurs fois primée, Crystal Pite compte à son actifs plusieurs prix Dora Mavor Moore (2009, 2012), un prix Jessie Richardson Theatre (2006) et reçoit, l’an dernier, le prix Outstanding achievement in dance pour sa chorégraphie A Picture of You Falling.

Chorégraphiée sur une musique de Brahms, la pièce Solo Echo amène le spectateur dans un univers fragile et hivernal où se mêlent neige, individualité et masse humaine. La chorégraphie explore les notions de conflit, d’isolement et de retrouvailles et montre la subtilité du travail du corps où tensions et relâchements créent des instants poétiques précieux. Sensible, l’œuvre amène à questionner la place de l’individu dans un groupe et la nécessité des autres dans nos propres vies. On savoure alors l’individualité corporelle de chaque interprète, qui mène parfois à des constructions délicates où l’union et la fluidité dominent pour donner place à une masse humaine, un tout, un être en soi. La lumière intime et la neige posent un silence qui devient diffus avec la proéminence du piano et la fluidité des corps qui remplissent peu à peu l’espace de la pièce. Le caractère hivernal de la pièce et, plus largement, l’attrait pour les saisons de la chorégraphe n’est pas sans rappeler sa pièce In the event, interprétée par NDT Nederlands Dans Theater, où puissance et chaleur de la nature dominaient l’ambiance.


Bill : Un univers mystérieux pour une pièce captivante.



(Bill) © Chris Randle. Interprètes Scott Fowler et des artistes de Ballet BC


Née en Israël en 1971, Sharon Eyal va danser pendant plus de 17 ans avec la Batsheva Dance Company, dont elle sera directrice adjointe de 2003 à 2004 et chorégraphe en résidence de 2005 à 2012. Récompensée par de nombreux prix dont le prix pour les jeunes créateurs en danse du Ministère de la Culture en 2004 et le prix Landau pour les arts de la scène dans la catégorie danse en 2009, elle a été sélectionné comme Artiste au sein de la Fondation culturelle d’excellence d’Israël. Sharon Eyal fonde sa propre compagnie L - E - V (cœur en hébreu) en 2013 au sein de laquelle elle crée des œuvres en collaboration avec Gai Behar, artiste vidéo, performeur et avant-gardiste dans le domaine de la musique, sur des compositions de Ori Lichtik. L - E – V livre des œuvres sans cesse novatrices, pouvant à la fois être présente à l’Opéra comme dans un club de musique techno. Sharon Eyal crée Bill en collaboration avec Gai Behar en 2010 pour la Batsheva Dance Company mais c’est aujourd’hui le Ballet BC qui l’interprète.

Ce sont tout d’abord des danseurs solistes qui se présentent au spectateur sur une musique pop. A travers une physicalité étrange, ils s’expriment librement et mènent peu à peu le public dans l’univers de la pièce. Au fil des compositions chorégraphiques et picturales, on découvre une masse d’individus, ni vraiment humaine, ni vraiment animale. La pièce tangue sur l’ambiguïté des corps et des mouvements. Vêtus de costumes blancs très saillants, les interprètes détournent des pas classiques de danse pour les redéfinir dans cet univers à la fois étrange et fascinant. La construction chorégraphique joue sur les différents plans de la scène et met en avant des corps difformes, habilement mobiles. L’univers de la création est aussi construit à partir des jeux de lumières très assumés où le jaune canard côtoie le vert clair et le rouge passion. Les étranges créateurs déambulent alors dans cette ambiance, colorée par une musique techno rappelant la science-fiction, la technologie ou le jeu vidéo. Diverses influences ressortent de cette pièce qui pose la question de l’animalité de l’homme, de sa sensualité mais aussi de son aspect davantage robotique et du fait qu’il crée toujours un ensemble autour de lui, avec ses semblables.

Reconnu pour sa virtuosité et ses divers talents, le Ballet BC prouve une fois encore à son public qu’il sait s’adapter à tous types de chorégraphes et que l’innovation et la recherche de mouvements sont ses atouts premiers. Virtuosité et maîtrise sont au rendez-vous de cette soirée éclectique, qui saura ravir l’imagination et la sensibilité de chacun.


Pour plus d'information, visitez le site de Danse Danse


Article rédigé en collaboration spéciale avec Léa VILLALBA