L’amour au premier vol; un regard tourné vers l’horizon infini
L’amour au premier vol; un regard tourné vers l’horizon infini

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Lun. 17 avril 2017 à 17h00 - Contenu original
Littérature, Roxane Laurin

Crédit photos: Marcel Broquet

Roxane Laurin a autrefois été vice-présidente d’une PME, mannequin, photographe et comédienne, mais depuis le passage troublant du cancer dans sa vie en 2008, elle se voue à l’écriture à temps plein. Ce passage obligé a largement influencé son désir de vivre, de se retrouver, de se ressourcer. Dans son deuxième roman, L’amour au premier vol, elle nous raconte intimement la rencontre de ses parents, amants de l’aviation, en parallèle à sa lutte contre le cancer.

De sa plume romanesque et sincère, l’auteure Roxane Laurin nous livre son histoire par L’amour au premier vol, entre ciel et mer, où le temps s’arrête et laisse la vie reprendre son cours. Il n’est pas rare qu’après une épreuve aussi douloureuse que celle d’une lutte acharnée contre le cancer, on ressente le besoin viscéral de s’accrocher à ses racines, à son histoire, celle d’avant nous, celle d’où l’on vient.

Épuisée, mais bien vivante, Roxane Laurin s’enracine sur le bord de la mer, à la suite de ses traitements, se ressource près de ses parents pour qui elle ressent un amour inconditionnel et reprend son souffle au rythme de leur histoire et de son histoire à elle, celle dont elle est auteure; l’histoire de sa vie.


Un souffle léger comme une plume

« Est-ce pour oublier ''l’intrus'' à l’intérieur de moi que je me lance dans un projet d’écriture où l’amour charnel et professionnel de mes parents fusionne en une passion commune qui m’habitera pour les prochains mois à venir? Ai-je besoin de retourner à la source de ma vie, de mon souffle pour convaincre le ''monstre'' que je suis délibérément vivante et que je le resterai? Quoi qu’il en soit, ai-je besoin d’une raison pour immortaliser une histoire d’amour digne d’un film? »

Les confidences de Roxane Laurin nous amènent à la rencontre de ses parents, aviateurs professionnels, dont l’amour a su braver tempêtes et vagues pour survivre. Leur récit parsemé de souvenirs nous rappelle la fragilité de la vie et la nécessité de « faire avec » les bourrasques mises sur notre chemin. Lorsque la vie prend un virage auquel on ne s’attendait pas, comment peut-on s’en sortir? Par la foi en soi? En la vie?

« Laisse-moi te dire, Roxane, que j’ai connu des sensations plus agréables au cours de ma vie. Ça fait vraiment bizarre de se retrouver la tête en bas (…) Ça fout littéralement la trouille! (…) comme si la Terre fonçait sur nous. Imagine un peu…Être en avion et ne plus voir le ciel au-dessus de soi (…) Il faut être prêt à toute éventualité. Au cas où, accidentellement, un pilote se trouverait dans cette fâcheuse position, il doit savoir comment s’en sortir. »

« Savoir comment s’en sortir »…

Est-ce possible que nous soyons dotés de tous les « outils » nécessaires pour survivre à toute éventualité, survivre à tout brouillard sur notre route, à toute déviation non prévisible? Dans quelle mesure sommes-nous les pilotes de notre vie? Comment peut-on se laisser emporter par les vagues sans tenter de tout contrôler, sans craindre de perdre pied, dans un parfait saut de la foi?

On ressent à travers les confidences de l’auteure non seulement beaucoup d’admiration envers ses parents, mais aussi une reconnaissance infinie pour les ailes qu’ils lui ont léguées de par leur amour pour la vie, de par leur foi inébranlable en l’existence. L’histoire de ses parents miroite sur ses pas comme un balisage lumineux sur sa route. L’auteure se laissera donc guider par ses parents phares.


La mer et le ciel comme horizon infini

« En foulant les milliers d’éclats de soleil qui fracassent la multitude de grains de sable jalonnant le rivage, je songe à la chance que j’ai, d’être ici, vivante… et de goûter au bonheur de faire revivre la riche existence de mes parents. »

Les confessions de Roxane Laurin sur ses états d’âme, ses maux physiques, ses jours de pluie et ses éclaircies, s’ancrent sur papier comme un carnet de vol légué au vent; ses pas s’enracinent sur le sol de sable, témoins de son existence, de son combat, la mer bénissant chaque souvenir soufflé à son oreille comme un baptême de l’air, de vie, de renaissance.

L’auteure touche la vie, sans limites, comme si chaque vague portait en elle un mouvement unique, un nouvel horizon, que le ciel et la mer ne faisaient qu’un pour lui offrir d’infinies possibilités.

En écoutant les souvenirs de ses parents, elle souligne plusieurs traits communs entre le combat contre le cancer et l’imprévisibilité des conditions aériennes. L’atterrissage peut être cahoteux, le vol tumultueux, mais ce qui importe, c’est de toujours tenir les commandes, être alerte, vivre le moment présent sans anticiper et toujours demeurer ancré dans la réalité. Être maître de son envol.

L’auteure est très honnête quant aux ondulations que ses traitements lui ont fait vivre; elle témoigne de ses périodes de grands acharnements et de ses remontées, de l’épais brouillard qu’est la maladie, de l’espoir qui demeure toujours fragile.

Son introspection est entière, authentique, et son écriture poétique gagnerait à être scénarisée. À la fin de notre lecture subsiste une pensée; celle de profiter de tous les moments que nous offre la vie, apprendre de nos combats, savourer le bonheur, saisir le jour et ne pas craindre la nuit.

Prendre les commandes de sa vie.

« Faire avec » les conditions extérieures de nous.

Choisir ses ailes.

L’amour au premier vol
Roxane Laurin
Marcel Broquet éditeur