De sa voix, Mykalle se dévoile
De sa voix, Mykalle se dévoile

Publié par Esther Hardy le Ven. 5 mai 2017 à 16h50 - Contenu original
Musique, Esther aux premières loges, Gloria, Mykalle Bielinski, Théâtre La Chapelle

Crédit photos: Guillaume Peyre

Avec une puissance vocale d’une beauté rare, Mykalle Bielinski présente son spectacle Gloria au Théâtre La Chapelle de la rue Saint-Dominique jusqu’au 7 mai. Inspirée par sa mythologie personnelle alliant spiritualité et identité, Mykalle nous dévoile le fruit d’un travail d’orfèvre de la voix. Cette artiste auteure et interprète a créé une expérience multimédia innovatrice avec toutes les fibres de son cœur.


Déjà présenté à deux reprises, à l’OFFTA (OFF Festival TransAmériques) en 2015, et au Festival Mois Multi à Québec en 2016, Gloria touche le public qui en redemande.




Mykalle a participé à plusieurs productions théâtrales. Nous avons eu la chance de l’entendre à deux reprises dans la pièce « Antigone au printemps » présentée au Théâtre Denise-Pelletier en avril, et la pièce « Photosensible » présentée au Théâtre Prospero l’an dernier. À ces deux occasions, nous avons été étonnés de son incroyable voix.


Mykalle a un instrument qui touche dès qu’elle se met à chanter. La splendeur de sa voix est telle qu’on la qualifie d’angélique. Inspirée de sa quête personnelle, elle a conçu un spectacle porteur de sens avec musique électronique, projections d’images, chant théâtral et polyphonie qui nous font voyager dans un espace sacré.


C’est après de nombreuses recherches sur sa sonorité, après avoir suivi de multiples ateliers jusqu’en Bulgarie que Mykalle a tranquillement trouvé à la fois son style de prédilection et sa sonorité. Elle chante latin, français, anglais, danois, russe et bulgare.




Elle s’est créé un lieu à l’intérieur d’un cyclorama (une tente circulaire ouverte) dans lequel les spectateurs s’assoient sur des coussins tournés vers le centre, où Mykalle chante et, tel un chef d’orchestre, dirige l’aspect multimédia pour nourrir d’images et de poésie son public.


Pour mieux connaître l’artiste et les dessous de son spectacle, nous l’avons rencontrée :


Entrevue avec Mykalle Bielinski


Esther Hardy – Ton nom de famille, Bielinski, est-ce d’origine polonaise?


Mykalle Bielinski: Oui du côté de mon père, il est français de descendance polonaise et ma mère est québécoise. Mykalle est mon vrai nom, c’est un dérivé de Michel.


EH - Tu chantes, néanmoins ton spectacle va au-delà d’un concert?



MB : À la base avec le chant, je voulais créer une ambiance scénique. Il y a la narration qui s’installe avec le chant, car mon spectacle est une série de chansons et de poèmes. Mais afin de traiter du propos, toute la dimension de l’image est essentielle pour moi. Je voulais l’incarner dans un espace scénographique où il y a des gens. Et où on bouscule le rapport frontal entre le spectacle et les spectateurs pour qu’on soit dans un seul et même espace ensemble.


En plus, parce qu’on est dans le cercle, ça porte un sens particulier. On est dans la yourte, dans une forme de petite chapelle. Les symboles sont vite associés à un espace circulaire. Il y avait une idée de créer une scénographie 360 degrés où il n’y a pas de toit. Ce n’est pas un dôme, c’est vraiment un panorama ouvert avec trois entrées et trois grands écrans qui nous entourent.


EH - Trois écrans de chaque côté des spectateurs, ils peuvent donc se tourner et en ont un de chaque côté, puis un autre derrière eux, comme au planétarium. Et toi tu es au centre?


MB: Oui c’est ça. Je suis dans le paysage plus que dans la voûte. C’est ouvert en haut, donc, il y a de l’énergie qui passe. Il y a quelque chose d’ouvert.


EH - As-tu eu une formation en chant?


MB : J’ai une formation de comédienne à l’UQÀM, et j’ai toujours fait de la musique en parallèle. J’ai suivi des cours de chant au début de la vingtaine. Mais ce qui m’a beaucoup interpellée dans ma formation théâtrale, ce sont des influences où il y avait du chant sur scène. C’est ce que je suis vraiment allée chercher. J’ai beaucoup tripé sur Grotowski, Eugenio Barba, etc. où il y avait une façon d’emmener la chanson dans l’espace scénique et de travailler le corps de manière athlétique. Tout ça m’a bien interpellée. Le désir de travailler la voix de manière théâtrale et musicale m’est aussi venu de mon travail en poésie. Pour moi, le texte est musical, la voix est théâtrale. C’est un travail d’interprétation.


Durant le spectacle, les chansons ont des fonctions dans la trame narrative. Et là, on rejoint le chant sacré. Il y a là une façon de communier ou de prier. Que ce soit dans le mantra, le chant classique ou polyphonique, ou les grands cœurs russes orthodoxes. Donc, d’aller chercher le sublime dans la voix. Ce sont toutes ces influences-là qui viennent teinter mon interprétation en chant.


C’est pourquoi je dis qu’il y a beaucoup de théâtralité dans le chant. J’ai des voix préenregistrées et de la musique qui me supporte. J’ai une seule voix, donc sur scène, je ne me multiplie pas live. Mais, j’ai créé des chœurs que j’ai enregistrés avec ma propre voix. Et pour la musique, ce sont toutes des pièces interprétées que j’ai « remixées ».


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Si le chant a le pouvoir de vous émouvoir moindrement, je vous suggère fortement d’assister à ce spectacle Gloria au Théâtre La Chapelle jusqu’au 6 mai, et peut-être plus, car compte tenu de sa popularité, on pense déjà à ajouter des supplémentaires.