FrancoFolies 2017 | « Amours, délices, orgues »  et les folies de Pierre Lapointe
FrancoFolies 2017 | « Amours, délices, orgues » et les folies de Pierre Lapointe

Publié par Esther Hardy le Mar. 20 juin 2017 à 15h05 - Contenu original
Musique, Éric Bernier, Esther aux premières loges, Festival, Francofolies, Pierre Lapointe, Place des Arts, Sophie Cadieux


Les FrancoFolies ont présenté le spectacle Amours, délices et orgues de Pierre Lapointe dans la magnifique Maison symphonique de la Place des arts du 14 au 18 juin. Mis en scène par nulle autre que la comédienne et nouvellement metteuse en scène, Sophie Cadieux, ce spectacle innovateur sort complètement des sentiers battus, autant pour l’assistance que pour Pierre Lapointe et toute son équipe de création.



Pierre Lapointe



Original par conviction, on constate que Pierre Lapointe s’est adjoint de grands artisans spécialisés dans chacun des domaines suivants : danse, chorégraphie, design, comédie, jeu, musique, orgue de l’orchestre symphonique, etc. En fait, il a fait appel à une équipe extrêmement créative, qui a offert toute une prestation. Pierre tenait à mettre en valeur chacun des artisans, il les a présentés plusieurs fois en soulignant leur important apport respectif.



Sophie Cadieux
Crédits Maude Chauvin



Habitué des Francos avec ses créations surprenantes, Pierre Lapointe est fidèle à lui-même avec ce dernier projet. Dès l’entrée du public dans cette immense salle de 2100 places, tous les concepteurs, artistes, musiciens et même Pierre Lapointe nous étonnent en étant déjà sur scène! Comme s’ils étaient en répétitions dans une conversation détendue, ils semblent insouciants de ce qui se passe dans la salle. Néanmoins, ce n’est qu’une impression! Car au moment opportun, l’éclairage s’assombrit et on entend la voix de Sophie Cadieux à la régie nous décrire ce qui suivra. En nous expliquant leur rôle dans le succès de cette création, elle nous présente d’abord chacun des artisans de cette œuvre commune et nous donne une idée générale du concept.


Parfois seul au piano ou accompagné de ses musiciens, avec sa magnifique voix, Pierre Lapointe interprète ses chansons pimentées de monologues, de danse, de conversations surprenantes et d’exceptionnels moments musicaux. Chaque membre de l’équipe restera sur scène du début jusqu’à la fin du spectacle. Jouant les rôles d’accessoiristes, de danseurs, de musiciens, etc., nous aurons droit à un travail d’équipe où chaque artiste travaille dans la détente et apporte sa contribution avec un souci d’abolir ce qu’on appelle communément le quatrième mur entre la scène et le public. Selon leur rôle et comme mentionné précédemment, Sophie Cadieux assume la mise en scène, l’auteur dramatique Étienne Lepage signe les textes, la designer Matali Crassef conçoit les éléments de décors qui servent aussi d’accessoires, le musicien Jean-Willy Kunz joue de l’extraordinaire orgue, le chorégraphe Frédérick Gravel compose les danses (et danse aussi lui-même avec Pierre), et Alexandre Péloquin veille à « énergiser tout ça » en le ponctuant d’éclairages puissants.



Jean-Willy Kunz



Nous avons eu droit à un spectacle innovateur ponctué de moments forts où les ambiances ont beaucoup varié. Lorsque Jean-Willy Kunz, installé sur le mur du fond au cœur de l’orgue gigantesque, se met à jouer « Mad Rush » de Philippe Glasse, c’était un de ces grands moments. Et lorsque Pierre défie les hommes hétérosexuels en leur demandant de fermer les yeux quarante secondes, et de s’imaginer faire l’amour avec un homme, les applaudissements qui ont suivi étaient, disons-le, un peu plus discrets. Puis, une surprise! Éric Bernier entre en scène et questionne Pierre sur sa façon d’agir, sa philosophie de vie… ce qui crée une scène très cocasse.


Présenté pour la première fois le 9 juin à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm à Québec, Amours, délices et orgues a été créé sur mesure pour la Maison Symphonique, ce premier spectacle a donc permis à toute l’équipe de s’adapter à cette nouvelle version.



Éric Bernier
Crédits Kelly Jacob


Pierre Lapointe et ses collaborateurs ont fignolé la trame de ce spectacle pendant trois ans, chacun de leur côté, pour ensuite se réunir dans les derniers mois. Pierre a su que Sophie Cadieux songeait à aborder le travail de mise en scène, et l'a immédiatement approchée afin de créer un spectacle non pas pour bercer le public sur ses nouveaux titres, mais pour créer un événement, une forme inédite qui viendrait déstabiliser tout le monde. Le désir de Pierre est de créer un contexte où chacun peut aller au-delà de ce qu’il connaît et recevoir réellement de nouveaux éléments dans sa vie pour ainsi devenir plus créatif.


Malgré les deux rappels, Pierre reste réservé sur l’accueil éventuel du public et de son type de spectacle. Lors d’une discussion qui a suivi la représentation de vendredi, il a même mentionné au public, et je paraphrase : « Vous n’êtes pas obligé d’aimer ce spectacle et c’est très bien ainsi, ça va rouler en vous. Et c’est ce qui importe! »


Oui, original! Parfois avec goût, d’autres fois moins! Néanmoins, son désir de déstabiliser son public est indéniablement réussi avec des moments que je garde en réserve pour ceux qui auraient la chance d’y assister éventuellement… Car chacun est reparti avec ses nouveaux éléments dans son petit baluchon… signé l’excentrique Pierre Lapointe!